Le spectre qui fait parler le lait

P. OLIVIERI

Le spectre qui fait parler le lait

Cantal conseil élevage, en partenariat avec le Lial, est impliqué dans le projet Optimir, qui devrait permettre d’ici peu la prédiction de nouveaux paramètres en élevage laitier.

 

Pour certains, cela pourrait encore évoquer de lointains souvenirs de cours de physique-chimie, pour d’autres rien d’autre qu’une étrange courbe aux allures de ­sismographe. Ce spectre est en fait celui émanant d’un échantillon de lait analysé par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier. Une technologie au nom barbare utilisée depuis la fin des années 80 au Lial (Laboratoire interprofessionnel d’analyses laitières) d’Aurillac pour mesurer les taux en matière grasse (TB) et matière protéique (TP) des laits ainsi que les résultats en cellules de quelque 410 000 échantillons de lait de vache (et chèvre) collectés par Cantal conseil élevage dans le département.

Des acides gras du lait à la santé de la vache

 

Ce qui est devenu au fil des ans un outil de routine pourrait faire entrer le monde des analyses laitières et du conseil en élevage dans une nouvelle ère : celle d’une prédiction fine d’un certain nombre de critères sur la seule base de ce petit échantillon de lait. “Le déclic a eu lieu avec un premier programme, Phenofinlait, porté par un consortium français, associant l’Inra, l’Institut de l’élevage, les organismes de conseil en élevage, le Cniel. Avec l’idée d’utiliser ces spectres pour prédire, grâce à des équations, de nouveaux critères analytiques, à commencer par la composition du lait en acides gras, protéines du lait ou encore le génotypage des animaux”, expose François Fayolle, directeur de Cantal conseil élevage. Un programme auquel le Lial a été associé mais uniquement sur le volet lait de chèvre et de brebis. Ce qui n’a pas permis de vérifier si les résultats obtenus dans l’ouest de la France sur le volet acides gras notamment étaient transposables au lait de vaches des troupeaux du Massif central conduits à l’herbe. Un élément pas neutre quand on sait, qu’à terme, les grilles de paiement du lait pourraient s’inspirer de ces indicateurs de composition en acides gras d’intérêt nutritionnel. Aussi, quand en 2008 germe le projet d’un autre programme - Optimir piloté par les entre­prises de conseil en élevage - destiné à déterminer des alertes sur l’état physiologique des animaux à partir de ces mêmes spectres infrarouge, le Contrôle laitier cantalien s’inscrit dès le départ aux avant-postes avec un objectif : pouvoir prédire, sur la base du spectre d’un échantillon de lait, une modification de l’état d’une vache et notamment si l’animal est gestant ou non.  Encore faut-il alimenter avec des spectres locaux la base de données commune aux partenaires servant à vérifier l’exactitude et la viabilité des équations prédictives. Ce sera chose faite d’ici quelques semaines grâce à un partenariat noué par Cantal conseil élevage avec un de ses fidèles partenaires : le Lial. Concrètement, d’ici fin mars, l’ensemble des spectres des échantillons analysés seront transférés à l’Arsoe déjà doté de toutes les données sur les animaux laitiers permettant de réaliser ces prédictions.

Des outils pour valoriser les laits du Massif central

 

Objectif : d’ici fin 2012 - début 2013, proposer à tous les producteurs adhérents du Contrôle laitier (en appui technique) cette analyse complémentaire sans surcoût. “Aujourd’hui, on peut dire, 35 jours après l’insémination, qu’une vache est non gestante avec une fiabilité de 80 %. L’enjeu est d’accroître encore ce pourcentage”, précise François Fayolle. Mieux, le système permet entre 35 et 79 jours après vêlage de conseiller, avec 99 % de fiabilité, de ne pas inséminer l’animal. Ce qui permet de réduire le nombre de paillettes utilisées. À terme, il est aussi question de se pencher sur la santé de la vache et de sa mamelle : “A priori, on pourra prédire, deux jours avant, qu’une vache va faire une mammite”, souligne le directeur de Cantal conseil élevage qui reconnaît cependant que cet indicateur est plus difficile à valoriser dès lors qu’on ne passe pas chaque jour en élevage. De nouvelles équations à l’étude permettront également d’identifier sur la seule base du spectre si un troupeau est en acidose, de même que la présence de BHB, le béta hydroxy butyrate, un des prédicteurs de la cétose chez la vache laitière. Et donc d’adapter la conduite et l’alimentation du troupeau en conséquence. Une vraie révolution dans le conseil en élevage dont est pleinement convaincu le laboratoire interprofessionnel. “Si le Lial a suivi Phenofinlait et Optimir, c’est que nous sommes persuadés que ce sont des outils d’avenir pour les producteurs de lait, notamment en zone de montagne”, relève Jean-Vincent Gauzentes, directeur du Lial. Des outils modernes que les filières fromagères locales pourraient aussi valoriser pour mettre en avant les atouts nutritionnels des laits produits sur la base des prairies du Massif central. D’ailleurs, Cantal conseil élevage et le Lial se sont rapprochés de structures de recherche afin de voir comment valider la fiabilité des analyses d’acides gras dans le contexte pédo-climatique local et lier ces résultats avec les conditions de production du lait de la région.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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