Les exploitations de polyculture élevage sont très efficaces économiquement, mais…

Annick Conté - Réussir Lait Novembre 2011

Source : Agreste Rica et LEI FADN - Traitement Institut de l'élevage.
Résultat courant avant impôts/UTA non salariée (euros/uta)

Une étude de l’institut de l’élevage montre que les exploitations de polyculture élevage utilisent finalement peu un atout de taille : la complémentarité entre productions. Comment y remédier ?

Des interactions croissantes entre ateliers lait et cultures

L’Institut de l’élevage s’est penché sur les exploitations laitières de polyculture élevage de l’Est de la France et sur la trajectoire qu’elles ont suivi depuis une dizaine d’années. « Quatre stratégies ont été identifiées avec des interactions croissantes entre les ateliers lait et cultures » explique Dominique Caillaud.. Dans le modèle dominant - voie n° 1 -, où l’intensification laitière est au service des cultures, il y a juxtaposition de deux ateliers assez indépendants.. La voie n° 2 privilégie des itinéraires techniques économes tout en maintenant une bonne productivité grâce à la simplicité du système.. La voie n° 3 est à la fois économe et autonome (arrêt du maïs, autoconsommation de céréales, diversification de l’assolement) avec une perte de productivité. . La voie n° 4 franchit un pas supplémentaire avec l’agriculture biologique.Sur le plan économique, les voies n° 2 et n° 4 sont celles qui s’en sortent le mieux. Sur le plan environnemental, ce sont les voies 3 et 4 qui tirent leur épingle du jeu. « L’optimum économique ne coïncide pas avec l’optimum environnemental sauf à aller jusqu’au bout de la logique avec l’agriculture biologique » conclut Dominique Caillaud. Attention, le différentiel de production peut être coûteux, c’est le cas de la voie n° 3. 

En France, et c’est une spécificité française, les exploitations de polyculture élevage sont une composante importante de la filière laitière. Elles détiennent un quart des vaches laitières, et ce chiffre reste stable. Dans les autres pays européens, la polyculture élevage est anecdotique(1) et le nombre de vaches de ces exploitations mixtes s’est vu réduit de moitié depuis les années 90. Pour l’Institut de l’élevage, ces exploitations mixtes sont « une réussite française indéniable mais paradoxale. Elles ont de bons résultats économiques à l’échelle européenne, et sont de taille supérieure à la moyenne. La politique laitière française leur a permis de s’agrandir, mais elles sont dans des zones parfois peu laitières où la restructuration est la plus forte et où la concurrence entre productions est importante », explique Christophe Perrot de l’Institut de l’élevage. Tout l’enjeu, pour les filières et les territoires, est de savoir « comment les stabiliser, et optimiser leur fonctionnement. »

(1) Réseau d'information comptable agricole.

Des exploitations de polyculture élevage de taille plus importante

L’avantage environnemental théorique n’est pas souvent valorisé

La question se pose d’autant plus dans le contexte actuel de nouveaux défis alimentaires, énergétiques et environnementaux. A priori, ces exploitations de polyculture élevage ont, par rapport aux exploitations spécialisées, un avantage environnemental lié à la complémentarité des productions (transport, cycles de nutriments…). « Mais cet avantage théorique n’est pas au rendez-vous dans une majorité d’exploitations. »
Par contre, elles ont un intérêt économique certain. Si l’on se penche sur les chiffres du Rica ou des réseaux d’élevages, elles sont sur la dernière décennie plus rentables que les exploitations françaises spécialisées, mis à part en 2009 pendant la crise (voir Réussir Lait juillet-août 2011 p. 70). « Leur coût de production du lait est plus faible, essentiellement parce que la productivité du travail y est plus forte (la baisse du coût du travail est de 12 €/1 000 l), analyse Christophe Perrot. Mais les charges opérationnelles sont supérieures à celles des spécialisées (surtout les aliments achetés +4 €/1 000 l) ; ces exploitations préfèrent vendre plus de céréales. Il y a par contre peu d’économies sur les charges de mécanisation, un peu plus sur les charges « très fixes » comme les bâtiments (-3 €/1 000 l sur les charges de structure). »

Un modèle dominant très productif avec juxtaposition des deux ateliers

Ces exploitations mixtes ont majoritairement suivi une même trajectoire, en développant un système très productif et efficace, comme le montrent les données du Rica entre 2002 et 2008. « La politique laitière française et la conjoncture les ont conduites à privilégier la croissance, l’intensification et les gains de productivité du travail. »
Une minorité, 20 % d’entre elles, ont toutefois exploré des voies différentes, plus herbagères, avec moins de croissance, moins d’intrants, plus d’autoconsommation. Mais elles sont économiquement pénalisées par une moindre productivité du travail ; l’écart a été important en 2008.
« La taille des exploitations de polyculture élevage fait qu’elles sont restées dans le modèle dominant, et qu’elles continuent sur cette trajectoire en continuant à réduire le pâturage », conclut Christophe Perrot. « Mais si ce modèle dominant est économiquement très rationnel, il est moins ‘vertueux’ sur le plan environnemental ». Mettre en place un accompagnement politique et du conseil pour favoriser les trajectoires productive/économe (voie n° 2) et bio (voie n° 4) : tel semble donc être le défi à relever si l’on veut garder des exploitations de polyculture élevage moins gourmandes en intrants, misant davantage sur la complémentarité des productions.

(1) 5 à 10 % dans l’Ouest de l’Allemagne, 8 % en Italie, 5 % au Royaume-Uni,
4 % au Danemark.

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Commentaires 1

COLETTE

Une exploitation polyculture elevage est pour l'environnement très bénéfique,elle évite les pollutions dues à l'intensification des élevages concentrés sur la même région.Economiquement c'est aussi un avantage, en 2009 malgré une super récolte,les céréales n'ont rien rapporté.

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