Les Hollandais bridés par les contraintes environnementales

Emeline Bignon - Réussir Lait Juillet-Août 2012

Les Hollandais bridés par les contraintes environnementales
Soumis à une forte pression vis-à-vis du phosphore et de l’ammoniac, les Pays-Bas mettent le paquet sur les moyens de diminuer les surplus de minéraux. Crédit photo : Projet vaches et opportunités

Le modèle laitier néerlandais a fait ses preuves. Mais demain,la réglementation environnementale risque d’entraver la croissance attendue de la production. Sa progression ne devrait pas dépasser les 10 à 15 %.

Chiffres clés

• 12 millions de tonnes de lait (soit près de 50 % de la production française)
• 17 000 exploitations laitières
• 600 000 litres par exploitation
• 7 500 litres par vache
• 400 000 litres par UMO
• 12 000 litres par hectare de SAU

Vus de notre lorgnette, les éleveurs laitiers néerlandais affichent une redoutable efficacité technique et économique. Spécialisation des fermes, concentration du lait par hectare, productivité du travail… permettent aux producteurs du pays du gouda de tirer leur épingle du jeu. Les éleveurs se préparent à l’après 2015 et le quota se négocie aujourd’hui encore à 0,80 €/kg. Faut-il avoir peur des Pays-Bas ? Vont-ils nous inonder de lait ? Ils seraient prêts à produire 20 % de lait supplémentaire d’ici 2020. Une perspective prometteuse, mais pas forcément compatible avec les exigences environnementales.
Comme d’autres de nos voisins, les Pays-Bas bénéficient d’une dérogation européenne sur la directive nitrates. Jusqu’à fin 2013, les éleveurs sont autorisés à épandre sur leurs prairies 250 kg d’azote organique par hectare épandable (au lieu des 170 kg sans dérogation), à condition que 70 % de leur SAU soit en herbe. Et le pays s’est engagé à plafonner la production d’azote et de phosphore organique au niveau de 2002. Sans cette dérogation, difficile d’envisager un développement de la production aussi dynamique.

Des travaux déterminants en vue des évolutions réglementaires à venir

« Nos travaux de recherche visent à diminuer l’impact environnemental des élevages tout en réduisant les coûts grâce à une meilleure gestion des effluents », explique Franz Aarts de l’université de Wageningen lors d’un récent voyage d’études organisé par la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. C’est tout l’objet du programme européen Dairyman, démar-ré en 2009 à l’initiative des Pays-Bas. Le but est d’échanger entre producteurs de sept pays (Allemagne, Belgique, France, Irlande, Irlande du Nord, Luxembourg, Pays-Bas) pour améliorer les pratiques en termes de gestion de l’azote, du phosphore, des phytos, de maîtrise des GES, de biodiversité… Mais ces travaux sont également déterminants en vue des évolutions réglementaires à venir. Pour les Pays-Bas, tout l’enjeu est de convaincre Bruxelles de la pertinence du maintien d’une dérogation pour l’azote en mettant en avant les progrès obtenus sur la qualité de l’eau sous le régime actuel. Et ce, grâce à une intensification raisonnée de la production laitière. « Notre souhait serait d’abandonner les normes d’émission et de fertilisation et de retravailler à partir de la balance des minéraux, basée sur la comptabilité des entrées et sorties d’azote et phosphore organiques et minéraux à l’échelle d’une exploitation », précise Franz Aarts.

Travailler à partir des balances azote et phosphore

« Le bilan azoté des exploitations laitières a été divisé par deux entre 1995 et 2008, cela sans impacter le niveau de production à l’hectare, poursuit le chercheur. L’excédent reste toutefois supérieur à celui observé dans les fermes pilotes du réseau Dairyman (162 kg N/ha) produisant en moyenne 19 300 l/ha grâce à une maîtrise des flux d’azote. » Les éleveurs optimisent leur système en limitant l’achat d’aliments et en travaillant sur la longévité des animaux pour limiter le nombre d’élèves et donc les excrétions. Sur l’élevage De Kleijne, ferme-pilote située à Landhorst en sols sableux, le stockage et l’épandage performant des déjections animales ont permis de supprimer les achats d’engrais minéraux. « Nous sommes passés d’une efficacité de 20 % d’utilisation de l’azote par les cultures à 60-70 % grâce à une meilleure gestion des effluents. » Les producteurs misent entre autres sur des solutions technologiques. « Nous utilisons un séparateur de phase en commun, explique Marinus de Vries, éleveur à Stolwijk. En séparant la phase liquide du lisier (riche en azote) et la phase solide (riche en phosphore), cela nous permet d’exporter nos excédents de phosphore à moindre coût vers des zones déficitaires. »
Sur cette exploitation située dans les polders, un quart des prairies de l’exploitation est classé en zones naturelles protégées au regard de la faune et de la flore qu’elles abritent. « Nous devons respecter des contraintes spécifiques sur ces parcelles, poursuit l’éleveur. La filière est attentive aux attentes sociétales. Il est important d’actionner différents leviers pour préserver une bonne image de l’élevage. »

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Commentaires 1

dasa

le modele néerlandais a fait ses preuves, une redoutable efficacité technique et économique. Spécialisation des fermes, concentration du lait par hectare, productivité du travail.... quel modele fait vraiment ses preuves sans tenir compte de son environnement? le modele c'est donc de produire a tout prix ?

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