Les « mégafermes » sont les plus sensibles aux aléas

Costie Pruilh - Réussir Lait Septembre 2012

Les « mégafermes » sont  les plus sensibles aux aléas

Huit cas types pour huit pays. À partir de la base de données du réseau IFCN (International Farm Comparison Network), Jean-Luc Reuillon, de l’Institut de l’élevage, compare la compétitivité de différents modèles d’élevages laitiers dans le monde.

Pour en savoir plus

Les « mégafermes » sont  les plus sensibles aux aléas

Voir l’article « L’autonomie alimentaire, un atout en période de hausse », paru dans Réussir Lait, n° 258, mai 2012, page 12.

Coûts de production, rémunération du travail et du capital… quelles sont les différences entre les résultats de différents types d’exploitations laitières dans le monde ? Jean-Luc Reuillon, de l’Institut de l’élevage, et expert pour le réseau IFCN*, a retenu huit cas types sur les 156 de la base de données de l’IFCN, pour évaluer la rémunération de leurs facteurs de production propres —c’est-à-dire le travail des associés, le capital et le foncier en propriété —, avec ce qui reste, une fois que l’on retire du produit total les charges courantes et les amortissements.

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Deux modèles : les fermes familiales et les « mégafermes »

Jean-Luc Reuillon distingue deux modèles d’exploitation, les fermes familiales et les « mégafermes » capitalistiques, qui n’ont pas les mêmes objectifs en termes de rémunération. « L’objectif des fermes familiales (les cas types français, allemand, néerlandais, canadien) est de rémunérer la main-d’œuvre familiale. Ces cas types dégagent un résultat intéressant aux mille litres, mais le multiplicateur (volume de lait produit) est relativement faible (500 000 à 1 million de litres). Les cas français, allemand et néerlandais se valent, avec des coûts de production de l’atelier laitier autour de 400 €/1 000 l (chiffres 2010). Les cas français et allemand parviennent à rémunérer les facteurs de production, au prix qu’ils estiment. Ce n’est pas le cas pour le cas type des Pays-Bas, dans lequel le foncier en propriété et le travail familial sont estimés à un coût d’opportunité supérieur (charges supplétives élevées correspondant aux conditions du pays). Le cas type canadien, malgré une dépendance aux aliments achetés et des charges courantes élevées (environ 370 €/1 000 l) s’en sort grâce à un prix du lait élevé (520 euros) », détaille Jean-Luc Reuillon. La résilience aux crises des fermes familiales repose sur le fait qu’elles les passent en se rémunérant moins.
« L’objectif des fermes capitalistiques (les cas types danois, américain, néo-zélandais, argentin) est de rémunérer le capital. Elles actionnent le levier volume. C’est un modèle fragile, car on peut gagner beaucoup, mais aussi perdre beaucoup ! Le cas type danois, avec un coût de production hors charges supplétives élevé (380 €/1 000 l) est un exemple. Il reste 23 euros pour rémunérer des charges supplétives estimées à 58 euros, ce qui est insuffisant, et les rend fragiles. En 2008 et 2009 ce résultat était négatif, et multiplié par un gros volume, cela a engendré pour ces exploitations de gros problèmes financiers, qui ont nécessité pour certaines une aide importante des banques. »

L’Argentine et la Nouvelle-Zélande tirent leur épingle du jeu

Le cas type des USA dispose en 2010, de 8 €/1 000 l pour rémunérer ses facteurs propres de production, constitués surtout par du capital. « Ce modèle californien, très dépendant d’aliments extérieurs, est très sensible au prix des matières premières, qui pourraient rester à des prix durablement élevés, au vu de l’utilisation croissante du maïs dans l’approvisionnement énergétique des USA. Ces élevages tiennent essentiellement parce qu’ils emploient une main-d’œuvre à bas coût, en situation précaire. »
À l’inverse, le cas type néo-zélandais tire son épingle du jeu avec un volume produit important associé à un résultat de 80 €/1 000 l pour rémunérer les facteurs de production. « Son coût de production reste bas (250 euros), grâce à un système basé sur le pâturage. Ceci dit, en Nouvelle-Zélande, les coûts alimentaires sont en hausse, et sont à présent proches du niveau européen, du fait notamment de la hausse du prix des fertilisants, et de l’utilisation de plus en plus fréquente de tourteaux de palme comme concentrés pour les vaches. Par contre, il n’y a quasiment pas de frais de mécanisation et de bâtiment. » Le cas type argentin, également autonome sur le plan alimentaire (coût alimentaire de 65 €/1 000 l), affiche une bonne rémunération de ses facteurs propres, à plus de 100 €/1 000 l.
Cette analyse montre entre autres que l’autonomie alimentaire est un atout dans un contexte de renchérissement des matières premières. « La France est bien placée sur ce critère, grâce à ses exploitations de polyculture-élevage et son foncier encore relativement disponible et peu onéreux au regard d’autres pays. »
« La baisse actuelle du prix du lait et la hausse du prix des intrants renforcent encore ces conclusions », conclut Jean-Luc Reuillon.

* Le réseau IFCN (International Farm Comparison Network) est un réseau international d’experts dans le domaine laitier. Une cinquantaine de pays y participent. La méthode IFCN de calcul du coût de production, semblable à celle de l’Institut de l’élevage, est harmonisée entre les pays. La base de données compte 156 cas types d’exploitations laitières et rassemble leurs données technico-économiques. Pour la France, il y a quatre cas types : un en montagne (39 vaches), un de polyculture-élevage (60 vaches), un spécialisé lait de plaine système maïs-herbe (50 vaches), et un avec robot de traite (120 vaches).

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