Les producteurs de lait ont envie de croire à l'avenir de leur exploitation

Laurent Dominique - Réussir Lait février 2013

Les producteurs de lait  ont envie de croire à l'avenir de leur exploitation

Résultats d’une enquête menée fin 2012 pour le Cniel auprès de 832 éleveurs laitiers. Même s’ils avouent leur difficulté à se projeter, 54 % des éleveurs sont encore optimistes quant à l’avenir de leur exploitation.

Les producteurs de lait  ont envie de croire à l'avenir de leur exploitation

Les éleveurs laitiers sont passionnés par leur métier mais les con-traintes sont perçues comme de plus en plus prégnantes. C’est ce que révèle l’enquête qualitative et quantitative, effectuée pour le Cniel, sur l’état d’esprit des producteurs de lait menée par ADquation auprès de 832 éleveurs laitiers(1) du 12 novembre au 5 décembre derniers. Il est clair que la crise de 2009 a laissé des traces. La fin des quotas ainsi que la volatilité des prix préoccupent. La contractualisation ne rassure pas toujours.
Parmi les contraintes, le « suivi administratif et réglementaire » est mal perçu. Il est vécu comme une « perte de liberté », un des piliers de leur motivation. Quant aux primes, elles suscitent un sentiment partagé. D’un côté, les éleveurs estiment en avoir besoin. De l’autre, ils préféreraient vivre de « la rémunération de leur produits, ce qui est plus valorisant ». En mode mineur, les éleveurs interviewés condamnent « la dépendance » vis-à-vis du transformateur auquel on confère un « pouvoir de décision fort » notamment sur la fixation du prix du lait. « On est un peu les esclaves des laiteries » ; « c’est eux qui commandent » sont des déclarations qui ont été citées dans les entretiens menés par ADquation(2). Ce sentiment d’impuissance face aux entreprises est aussi ressenti face à la grande distribution. Pour 54 % des éleveurs, le prix du lait est décidé par les industriels. Pour 18 %, par la grande distribution. L’interprofession laitière n’est citée que par 11 % contre 36 % en 2008 au sujet de la défense du prix, preuve que les producteurs ont compris que les accords interprofessionnels fixant le prix du lait ont vécu.

Les producteurs de lait  ont envie de croire à l'avenir de leur exploitation

De la stabilité des prix quitte à gagner moins

Face à un environnement économique jugé de plus en plus complexe avec une forte volatilité des prix, les revenus sont jugés trop faibles avec un prix du lait « n’ayant pas évolué depuis de nombreuses années » et des charges qui augmentent de manière exponentielle. Soixante sept pour cent des producteurs de lait préfèrent la stabilité des prix quitte à gagner un peu moins. Mais 26 % d’entre eux sont prêts à accepter une volatilité plutôt qu’une sécurité à prix plus bas. Il s’agit notamment des éleveurs bretons (32 %) et des moins de 40 ans (31 %).

La réflexion est engagée sur l’optimisation du système de production avec comme clé de voûte la réduction des charges et la maîtrise des coûts de production. C’est un axe stratégique que 8 éleveurs sur 10 mentionnent. Par rapport à la précédente étude, en trois ans, 20 % des producteurs sont passés d’une priorité de productivité à une priorité de réduction des coûts. Toutefois, 67 % des éleveurs déclarent pouvoir augmenter leur production de lait. Il s’agit notamment des producteurs de Normandie (80 %) et de Bretagne (73 %). Globalement, cette possibilité est citée par les éleveurs à la tête de troupeaux de plus de 50 vaches en zone de plaine.

Manque de compétitivité de la filière française

Interrogés sur leur perception de la filière laitière française, 93 % producteurs de lait la juge économiquement importante au moins au niveau régional. Les avis sont plus partagés concernant la compétitivité : 55 % sont convaincus d’un manque de compétitivité de la filière laitière notamment les régions Charentes-Poitou et le Centre.

Dans ce contexte difficile, les éleveurs ressentent un manque de soutien. Au niveau professionnel, à la question « qui défend le mieux les intérêts des producteurs aujourd’hui ? », les sondés répondent spontanément la FNSEA 14 % et la FNPL pour 12 %. Même, les syndicats sont cités par un tiers des producteurs. Mais 28 % des producteurs considèrent qu’ils ne sont défendus par personne.

Les producteurs de lait  ont envie de croire à l'avenir de leur exploitation

Davantage d’autonomie alimentaire d’ici cinq ans

D’ici à cinq ans, 57 % des éleveurs envisagent logiquement de produire davantage d’aliments pour leur troupeau et 27 % d’entre eux se déclarent engagés dans cette stratégie. Le ciseau entre le niveau des charges et du prix du lait est problématique pour bon nombre d’éleveurs. L’appel à des prestataires extérieurs pour la conduite des cultures ou la récolte est envisagé pour 39 % des producteurs. Cette solution est préférée à l’augmentation du nombre de salariés.

La fin des quotas préoccupe les éleveurs qui s’attendent majoritairement à une « déstructuration de l’activité (concentration laitière dans certaines régions, disparition des petits élevages) avec en parallèle une instabilité accentuée du prix du lait ». La fin des quotas est perçue de façon négative.
Cinquante-quatre pour cent des producteurs de lait se disent optimistes quant à l’avenir de leur exploitation. Ils représentaient 63 % en 2008. Les optimistes évoquent différentes raisons comme la « structure de leur exploitation » incluant un niveau de charges optimisées, la conviction que le marché présentera toujours des opportunités et la situation géographique notamment pour les zones d’appellation. Les pessimistes évoquent un prix du lait trop faible par rapport aux coûts des intrants et une trop faible rentabilité.

Un peu moins de la moitié de producteurs « fonceurs »

Leur attitude face à la conjoncture actuelle est duale. Un peu moins de la moitié des producteurs a un profil plutôt fonceur. Cet état d’esprit domine chez les moins de 40 ans. Parmi cette catégorie, 60 % estiment que leur laiterie leur laissera la possibilité d’évoluer, et 30 % qu’ils ne seront pas vraiment libres de leur décision. Un peu plus de la moitié est plutôt attentiste. Ce profil est très présent dans le Sud-Ouest (70 %) et supérieur à la moyenne chez les éleveurs en EARL. Le moral des éleveurs est comparable à celui des autres catégories CSP+ (chefs d’entreprise, cadres, artisans, commerçants) dont ils se rapprochent en tant que chefs d’exploitation.
Les éleveurs laitiers font donc mentir Fernand Raynaud et son sketch qui veut faire passer les agriculteurs pour les éternels insatisfaits de la population française. Les producteurs de lait ont envie d’y croire et souhaitent poursuivre leur activité.

(1) Échantillon représentatif d’éleveurs ayant au moins 20 VL.   
(2) Une réunion de groupe et 13 entretiens approfondis.

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