Leur ambition pour la filière laitière

Patricia OLIVIERI

Ils ont étudié l’évolution de la filière laitière cantalienne depuis 2010 et dressent un constat plutôt alarmant. Le 5 avril, les JA du Cantal présenteront leurs pistes.

Le constat est implacable : en l’espace de dix ans, le nombre d’installations aidées en production laitière a été pratiquement divisé par trois dans le Cantal. On en comptait pas loin de 90 en 2003. L’an dernier seuls 39 projets (sur 75 installations) ont été présentés en commission. Et 2013 s’annoncerait sous de plus sombres auspices. Une érosion, qui, ajoutée à l’explosion des charges(1), suscite une inquiétude grandissante dans les rangs des responsables JA. “D’autant que la situation des entreprises œuvrant dans le département n’est guère plus florissante”, relève Christophe Baduel, responsable du groupe lait du syndicat et l’un des rapporteurs du rapport d’orientations 2013 des JA qui sera présenté le vendredi 5 avril à Condat. Pour étayer leur état des lieux de la filière laitière cantalienne sur la décennie écoulée, ce jeune producteur de lait installé il y a seulement deux ans à Marcenat et ses quatre collègues(2) ont non seulement analysé une batterie de données et statistiques recueillies auprès de l’administration, de la Chambre d’agriculture, du Cif, du Sidam..., mais ils sont aussi allés rencontrer les dirigeants des entreprises, du moins celles qui ont accepté de leur répondre. Soit cinq transformateurs en tout et pour tout, qui n’ont pas souhaité que leur nom soit cité, hormis le groupe 3 A... Ils ont aussi sondé leurs pairs, une dizaine de jeunes producteurs de lait, sur leur situation et leurs aspirations.

3,5 € / h de rémunération

Sans surprise, ces derniers font part de la piètre rentabilité actuelle de l’élevage laitier. Et la majorité ajoute qu’ils ont dû s’adapter pour tenter de conserver une marge qui reste “limite” voire “indécente”. D’ailleurs, ils ont fait leurs comptes : en intégrant charges et annuités, leur revenu ne dépasse pas 3,5 € de l’heure. Modification de la ration, développement de la production de céréales autoconsommées, vêlages à deux ans,... font ainsi partie des adaptations apportées à leur système, tandis que d’autres ont misé sur la transformation fromagère mais au prix d’un temps de travail encore majoré. Sans surprise non plus, ces jeunes producteurs attendent avant tout que le prix du lait atteigne 350 € les 1 000 litres pour au minimum couvrir la hausse des charges et réclament que le prix pratiqué par chaque entreprise soit totalement transparent. Et pour ceux engagés dans les AOP d’Auvergne, une hausse conséquente de la plus-value (aux environs de 100 €/ t) est jugée impérative. Second motif d’inquiétude avec la suppression programmée des quotas : la répartition des volumes entre les entreprises et la part potentielle réservée à l’installation. “Aujourd’hui, il n’y a aucune lisibilité là dessus”, regrette Christophe Baduel. Quant aux entreprises (privées et coopératives rencontrées), le verdict des rapporteurs est sévère, même si les JA sont conscients de leurs propres difficultés : “Certaines cherchent à se moderniser, à trouver de nouveaux produits pour mieux valoriser le lait non AOP, alors que d’autres se contentent de gérer le quotidien, en misant sur une stratégie de volumes.” Ce qui a aussi interpellé le groupe de JA, c’est le fait qu’aucune ne se soit engagée sur une hausse du prix du lait dans un avenir proche : “Finalement, on sent bien que même sans entente officielle, elles se suivent toutes, aucune ne veut prendre le risque de donner davantage à ses producteurs”, avance Christophe Baduel. Forts de ces éléments, les JA formulent aujourd’hui une série de propositions, dont ils conviennent que certaines ont sans doute plus de chances d’aboutir que d’autres. En premier lieu, ils demandent qu’à la disparition des quotas, les installations restent prioritaires dans la politique d’attributions laitières des entreprises et ce, dans le cadre d’une discussion concertée avec le jeune, l’entreprise et son organisation de producteurs. Ce que seraient prêts à faire une majorité des transformateurs rencontrés. Sur la valorisation du lait, les JA n’ont pas fait leur deuil  d’une construction commune du prix du lait entre représentants des producteurs, des entreprises et des GMS, construction qui tiendrait compte des variations de charges.

Christophe Baduel, l’un des rapporteurs, le confie : sans la transformation de son lait en saint-nectaire, il ne s’en sortirait pas, deux ans après s’être installé.

Innover, exporter...

Ils estiment par ailleurs essentiel de travailler à des projets industriels pour valoriser le lait blanc en soumettant l’idée d’une fabrication accrue de fromages à pâte molle, pasteurisés et de petits formats, pourquoi pas sous appellation Montagne, en visant ainsi un produit standard pour développer les marchés export. Autre piste, reprenant un dossier étudié par les Criel du Sud-Loire mais resté à cette heure lettre morte : une tour de  séchage pour transformer le lait en poudre et approvisionner des marchés demandeurs (Maghreb, Asie, Amérique du Sud...). Concernant les filières AOP, et notamment l’AOP cantal, il est proposé d’approfondir la stratégie de communication et commercialisation pour une meilleure visibilité du produit en grandes surfaces notamment. Et les JA sont prêts à mettre la main à la pâte : ils ont ainsi déjà prévu d’être les ambassadeurs du fromage cantal lors de prochaines Européennes du goût à Aurillac et d’animations en magasins. Revoir le format des fourmes, le conditionnement, s’adapter aux nouveaux modes de consommation (portion sous vide, tranche pour sandwich...) sont d’autres évolutions qu’ils jugent nécessaires. “Il peut y avoir un avenir et un beau pour la production laitière dans nos régions, mais il faut que les entreprises s’alertent et se réveillent tout de suite, si elles laissent passer six mois, ce sera trop tard...”, glisse Christophe Baduel.
 (1) L’indice Ipampa en production vache laitière est passé d’une base 100 en 2005 à plus de 135 fin 2012. (2) Clément Raymond (Labesserette), Jean-François Cussac (Saint-Flour), Sylvain Brun et Richard Rodier (Mauriac).
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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