Marchés du lait : Le marché à terme pour garantir un prix

Costie Pruilh

Avec la dérégulation des marchés, les fluctuations de prix seront plus fortes. Les marchés à terme permettent de garantir un prix minimum, et de se protéger de fortes baisses.

Avec le désengagement de Bruxelles de la gestion des marchés agricoles, les fluctuations
de prix commencent à marquer le paysage. Et le peu d'outils de gestion restant se
réduisent au fil des ans, comme les quotas laitiers voués à disparaître en 2015.
Pour la filière laitière française, la régulation des marchés est un enjeu majeur. « Ce sont
des activités qui demandent de gros investissements, et qui ont besoin de lisibilité sur les
prix. La filière veut donc éviter de trop fortes hausses ou baisses », résume Carole
Humbert, chargée de mission pour la FNCL (fédération des coopératives laitières).
Producteurs et transformateurs cherchent des outils pour sécuriser le marché du lait et des
produits laitiers. Outre la contractualisation et la constitution d'un fonds mutualisé,
l'interprofession étudie les contrats à terme, les options sur les marchés à terme et les
systèmes d'assurance des risques. Ces trois systèmes ont l'avantage d'être compatibles
avec les contraintes de l'OMC.







L'intérêt pour un transformateur de lait est de garantir la valorisation d'une partie de sa production et ainsi d'assurer un prix du lait aux producteurs. (F. Mechekour)

L'intérêt pour un transformateur de lait est de garantir la valorisation d'une partie de sa production et ainsi d'assurer un prix du lait aux producteurs. (F. Mechekour)

Un filet de sécurité

Les contrats à terme, qui s'échangent sur les marchés du même nom, permettent de se
garantir un prix objectif. Ce sont des marchés virtuels de « promesses de vente ou d'achat
». Les contrats à terme ne sont quasiment jamais honorés : ils ne donnent pas lieu à une
livraison physique de la marchandise. Ils ne servent qu'à s'assurer contre un risque de
variation de prix. Le contrat à terme est un engagement financier entre un acheteur et un
vendeur, de prendre livraison ou de livrer un produit, dans des conditions standard
d'échange : quantité, qualité, lieu et dates de livraison prévues. « Comme ils sont
standardisés et anonymes, ces contrats sont facilement échangeables », souligne
Véronique Pilet, chargée de mission au Cniel.

Pour se protéger des baisses

Comment ça fonctionne ? Prenons un vendeur de maïs qui veut s'assurer un prix correct.
Dès que le prix pour une échéance donnée lui convient, il vend un contrat à terme pour un
volume choisi. Avant l'échéance, et lors de la vente de sa production sur le marché
physique, il rachète sa promesse de vente pour l'annuler. Cela consiste à acheter un
contrat identique. Comme les prix sur le marché physique et les prix sur le marché à terme
évoluent dans le même sens (avec un écart de prix à peu près constant), le gain ou la perte
réalisée sur le marché à terme compense la baisse ou la hausse du marché physique,
assurant dans tous les cas au vendeur son prix objectif (voir l'exemple ci-contre). « Le
vendeur est gagnant si les cours baissent. Si les cours augmentent, il aura perdu l'occasion
de faire une grosse marge brute, mais il aura quand même obtenu son prix objectif »,
commente Véronique Pilet.
Sur les marchés à terme, on peut aussi s'échanger des options. « Les options conviennent
aux opérateurs qui doutent de l'évolution des cours, et qui souhaitent se protéger d'une
baisse, comme se laisser la possibilité de profiter d'une hausse. »





(B. Compagnon / Archives)

(B. Compagnon / Archives)

 

Les options, plus souples

Contrairement aux contrats à terme, les options confèrent le droit, et non l'obligation,
d'acheter ou de vendre une quantité de marchandise prédéterminée, à une date et un lieu
de livraison prédéterminés.
Reprenons notre vendeur de maïs qui souhaite s'assurer un prix minimum. Moyennant le
paiement d'une prime, il va acheter une « option de vente ». Si les cours montent, il ne veut
pas exercer son option, pour bénéficier de la hausse sur le marché physique.
Si les cours baissent, il exerce son option, c'est-à-dire qu'il transforme son option en contrat
à terme. Il procède ensuite comme décrit auparavant et obtient ainsi un prix minimum
garanti.
Pour aller sur le marché à terme, il faut avoir de la trésorerie au départ, car il faut payer des
frais de courtage, un négociateur, un dépôt de garantie, une caution…




Une bonne trésorerie est nécessaire

En France, les assureurs proposent des contrats pour garantir des risques de pertes de
rendement, de destruction de récolte… mais pas de contrat pour s'assurer contre une
perte de chiffre d'affaires due à une baisse des cours. L'assurance du risque économique
existe aux États-Unis et au Canada. Leur système assure un chiffre d'affaires ou une
marge, soit par type de production, soit pour l'ensemble de l'exploitation. L'assurance
revenu fonctionne soit sur une base historique individuelle (historique du chiffre d'affaires de
la ferme par exemple), soit sur des variables exogènes, comme le rendement d'un
département.
« Mais le risque économique n'est pas probabilisable, et systémique (tous les producteurs
d'une grand zone, voire du monde, sont affectés en même temps) ; par conséquent ce
risque n'est pas ‘assurable' par une assurance classique. Pour qu'il puisse exister comme
aux États-Unis et au Canada, ce système nécessite une forte intervention de l'Etat »,
indique Véronique Pilet.
Pour réguler les marchés des produits laitiers, la solution sera sans doute une combinaison
de tout ou partie des outils étudiés : contractualisation, fonds mutualisé, marché à terme,
assurance.



Pièces jointes

Source Réussir Lait Elevage Juin 2008

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