Mieux piloter son irrigation en groupe et avec des sondes

Véronique Bargain

Mieux piloter son irrigation en groupe et avec des sondes
Le coût des six sondes s'est élevé à 1700 euros, subventionné à hauteur de 50 % par l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne. L'abonnement GPRS et la révision du matériel coûtent 50 euros par an. - © AGR'Eau Val de Loir

Dans le Sud de la Sarthe, neuf exploitations se sont regroupées pour mieux piloter leur irrigation à l'aide de tensiomètres.

"Un système fiable et pratique"

Nicolas Courtois, éleveur à La Bruère-sur-Loir dans la Sarthe, irrigue 40 ha de maïs. « L'irrigation est nécessaire pour sécuriser le fourrage. J'avais déjà des tensiomètres mais il fallait aller les relever au champ et comme il y en avait peu, les données étaient moins fiables. Avec AGR'Eau Val de Loir, j'ai pu m'équiper de deux jeux de six sondes car je cultive du maïs sur deux sites aux sols très différents. Je regarde les courbes trois fois par semaine. Je m'en sers notamment pour déclencher le premier tour d'eau et après les pluies, pour savoir quand recommencer. Cela permet aussi de savoir si j'ai apporté assez d'eau. Cette année, avec 30 mm, la courbe n'a pas bougé car les sols étaient très secs. Mais en moyenne depuis 2013, j'économise au moins un tour d'eau. C'est intéressant aussi de pouvoir échanger dans le groupe, de travailler ensemble sur les chiffres, de voir comment on peut s'améliorer. »

Créé en 2012, le groupe AGR'Eau Val de Loir regroupe neuf exploitations de polyculture-élevage avec irrigation et adhérentes à un GDA du Sud Sarthe. « Ces exploitants voulaient mieux gérer l'irrigation principalement sur maïs, explique Laëtitia Temen, de la chambre d'agriculture de la Sarthe, intervenante technique pour le groupe. Ils souhaitaient aussi avoir des références et pouvoir mieux communiquer sur l'irrigation auprès des non irrigants et du grand public. »

En 2013, les exploitations se sont équipées de tensiomètres pour lesquels ils ont reçu une aide de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne. Chaque exploitant dispose d'un ou deux jeux de six tensiomètres, trois à disposer à 30 cm de profondeur et trois à 60 cm de profondeur. Une formation leur a été apportée par le fournisseur, Challenge Agriculture, et par la chambre d'agriculture sur la façon de poser les sondes et l'emplacement à choisir, qui doit être représentatif de la parcelle. L'agriculteur entre ensuite sur un serveur quelques données sur la parcelle (texture du sol, variété, date de semis, date de floraison, durée du tour d'eau, stade de la culture lors de la pose) qui permettent l'établissement de courbes avec des seuils de déclenchement et des seuils de stress hydrique. Les données des sondes sont transmises à un boîtier puis, par GPRS, à un serveur où elles sont traduites sous forme de courbes.

Chaque agriculteur peut en permanence consulter ses courbes sur son ordinateur ou son smartphone. Les données sont consultables aussi par Laëtitia Temen qui envoie chaque semaine aux membres du groupe un bulletin faisant le bilan sur les neuf exploitations. Les données d'AGR'Eau Val de Loir servent aussi pour le conseil à l'irrigation du maïs pour l'ensemble des irrigants sarthois. Quatre fois par an, des rencontres du groupe sont organisées : en début de campagne pour faire le point sur le matériel qui est révisé chaque année, en cours de campagne pour un profil de sol, à l'arrêt de l'irrigation, et à l'automne pour un bilan de campagne.

Un ou deux tours d'eau en moins

Depuis 2013, les neuf exploitations irriguent donc leur maïs à partir des tensiomètres et des échanges au sein du groupe. En 2017, quatre exploitations ont également installé des sondes sur du blé. « Les courbes sont très visuelles et faciles à interpréter, souligne Guillaume Loyer, agriculteur référent du groupe. Elles permettent d'utiliser moins d'eau et de l'apporter mieux. Pour ma part, je démarre l'irrigation un tour plus tard qu'avant et je fais le premier tour à demi-dose. Et en fin de campagne, j'arrête en général un tour plus tôt. » En moyenne, de 2013 à 2016, les neuf exploitations ont démarré l'irrigation du maïs 8-10 jours plus tard, économisé un ou deux tours d'eau et réduit les quantités apportées. Les quatre exploitations ayant utilisé les tensiomètres sur blé en ont également été très satisfaites.

« Aucun de nous ne reviendrait en arrière, assure Guillaume Loyer. On est plus serein et plus efficace. C'est un outil d'aide à la décision très bénéfique. Le fait de travailler en groupe est aussi très intéressant. Comme nous avons différents types de sol, équipements, techniques, cela permet d'échanger, de comparer, de réfléchir. » Les neuf exploitations communiquent aussi plus facilement sur leurs pratiques d'irrigation, dans des journées techniques et des comices agricoles.

Source Réussir Lait

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