Observatoire des prix et des marges : L'aval ne serait pas coupable !

François d'Alteroche

D'après les premières conclusions de l'observatoire des prix et des marges, les industriels et la distribution ont su répercuter au consommateur la hausse de leurs coûts. Pas les producteurs !

Plus 1,06 €/kg de carcasse. Ce chiffre correspond à l'augmentation de la marge brute agrégée industrie et distribution par kilo d'équivalent carcasse ces dix dernières années. Ce montant est lié pour moitié à l'impact des mesures prises après la crise de l'ESB. Les 50 à 60 centimes restants correspondent à d'autres charges que les industriels et la grande distribution ont su répercuter sur le prix acquitté par le consommateur. Ces données sont les principales conclusions formulées par l'observatoire des prix et des marges. Elles ont été dévoilées le 6 janvier. En précisant tout d'abord que ces éléments ne constituaient qu'une « première étape », Philippe Chalmin, président de cet observatoire, a surtout précisé que ces données sur la répartition des plus-values seront complétées « d'ici la fin du printemps » par d'autres éléments.

D'après les conclusions de l'Observatoire, l'augmentation de 1,06 €/kilo correspond pour l'essentiel à des charges supplémentaires. (F. d'Alteroche)

D'après les conclusions de l'Observatoire, l'augmentation de 1,06 €/kilo correspond pour l'essentiel à des charges supplémentaires. (F. d'Alteroche)

Le coût de l'ESB

Après avoir indiqué quel a été le mode opératoire qui a permis aux économistes de FranceAgrimer d'aboutir à ces chiffres, Philippe Chalmin est allé plus loin dans les explications.
Côté prix à la production, « en dehors des fluctuations saisonnières et des différences sensibles entre systèmes laitiers et allaitants, les prix ont fait preuve d'une assez grande stabilité. Le niveau des prix de 2010 correspond à peu près à la moyenne de la première décennie du XXIè siècle. » Les éleveurs n'ont donc pas su (ou plutôt pas pu) répercuter la hausse de leurs coûts de production sur le prix de vente de leurs animaux. Il n'en est pas de même pour les secteurs de l'abattage transformation et de la distribution.
Sans avoir pour l'instant réussi à dissocier les marges respectives de ces acteurs clés de la filière viande, différentes explications ont été avancées pour expliquer cette hausse de 1,06 € de la marge brute agrégée par kilo d'équivalent carcasse. « L'analyse des courbes d'évolution de la marge brute met en évidence une rupture de l'ordre de 50 centimes en 2002, suivie d'une stabilisation puis d'une nouvelle hausse s'étalant de 2005 à 2009. Ceci illustre bien l'impact des mesures prises au moment de la crise de l'ESB en 2001 puis en 2005 au moment de l'entrée en vigueur du ‘paquet hygiène' », a indiqué Philippe Chalmin. Sur les dix années prises en compte par l'observatoire, l'approche en matière de traçabilité et de contrôle sanitaire de la viande bovine a modifié la nature même du produit acheté par le consommateur. Ce dernier intègre désormais une forte dimension de services supplémentaires en matière de sécurité alimentaire (test ESB, élimination de certains matériaux à risque…) et ces derniers ont forcément un coût qui a été répercuté sur le prix acquitté par le consommateur.

 

 

 

Nouvelles charges

Pour expliquer les 50 à 60 centimes restants et arriver aux 1,06 € de marge agrégée supplémentaire, l'Observatoire met ensuite en avant de nouvelles charges, elles aussi répercutées aux consommateurs. Mais à ce stade du travail, Philippe Chalmin a souligné qu'il n'était pas encore possible de quantifier précisément la part de responsabilité de chacune d'entre elle dans la hausse des prix à la distribution. Il s'est donc contenté de les énumérer.
Vient d'abord la montée en puissance des contraintes environnementales. Les abatteurs ont dû mieux gérer les effluents. Cela se serait traduit par la construction de nouvelles stations d'épuration. « Nos modes de consommation ont également changé. Les abattoirs industriels vendent de plus en plus de produits élaborés et de moins en moins de viande en carcasse. C'est lié à l'évolution des pratiques d'achat. Les Français achètent davantage de viande conditionnée en barquettes et des produits de plus en plus élaborés (carpaccio, steak haché, brochettes…) souvent préparés, conditionnés et emballés loin des lieux de vente. » Cela génère davantage de transport, de logistique et de frais d'emballage qui ont été répercutés sur le prix du produit. L'observatoire met aussi en avant la hausse des coûts du personnel pour les entreprises. Philippe Chalmin a donc pointé du doigt à la fois le passage aux 35 heures et le manque d'attractivité des métiers de la viande. Cette désaffection des jeunes générations pour le travail et la découpe des produits carnés oblige les entreprises à proposer des salaires attractifs s'ils veulent recruter du personnel qualifié. Le dernier argument invoqué pour expliquer les coûts supplémentaires concerne la hausse du prix de l'eau et des énergies.

Pas de gagnants

D'après les conclusions de l'observatoire, il n'y aurait donc pas de véritable grand gagnant tout au long du long chemin entre l'étable et le panier du consommateur. « Que ce soit pour l'industrie ou la distribution, il n'y a pas aujourd'hui de marge de profitabilité qui ait considérablement augmenté. Il semble que l'augmentation de la marge brute constatée entre 2000 et 2010 soit liée à des charges nouvelles correspondant à des services et à des contraintes supplémentaires. Ce que le consommateur a payé en plus correspond à ses exigences propres en matière de traçabilité, de sécurité sanitaire et de facilité d'utilisation des produits. Cela correspond également aux exigences de la société en matière d'environnement et à la hausse normale sur dix ans de postes comme la main-d'oeuvre ou l'énergie », indiquait Philippe Chalmin le jour de la remise du rapport.
Ces premières conclusions laissent pour l'instant perplexes bien des éleveurs. Pour en savoir davantage, l'observatoire va donc poursuivre ses travaux. L'objectif sera alors d'essayer de mieux comprendre quelle a été l'évolution de la marge brute entre les deux secteurs de l'industrie et de la distribution ces dix dernières années.

 

 

 

Pour en savoir plus

Pour consulter l'intégralité du rapport préliminaire réalisé par l'observatoire de la formation des prix et des marges, il est possible de télécharger le document dans son intégralité sur le site de FranceAgrimer. http://www.FranceAgriMer.fr/Projet-02/04infos_eco/observatoire/fil-bov/2011_01_06_NoteRapportMin.pdf

Source Réussir Bovins Février 2011

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