Observatoire des prix et des marges : qui va la valeur ajoutée ?

Costie Pruilh

Les observatoires de prix français et européens doivent permettre de savoir qui profite de l'écart de prix entre la ferme et l'assiette.

Le prix du lait est annoncé autour de 210 euros pour 1 000 litres pour le deuxième trimestre 2009. La colère est à son comble dans les fermes. Ce prix est bien en dessous des prix de production moyens, estimés à 300 euros pour 1 000 litres sur l'année 2009, hors rémunération du travail et des capitaux (source Cogedis). Et ce qui exacerbe la colère des éleveurs, c'est le différentiel de prix entre le lait qui part de la ferme et celui que l'on trouve dans les rayons de supermarché. D'où les manifestations actuelles en grandes surfaces, et les actions de communication comme « Qui se gave le plus », organisée par les Jeunes Agriculteurs. Sur leur site www.quisegaveleplus.com, ils présentent la répartition des prix sur une bouteille de lait UHT. « En grande surface, on trouve à 1,05 euro le litre un lait de marque et à 0,75 euro un lait en MDD, alors que le prix du lait au producteur était de 0,30 euro en 2008. Cherchez l'erreur ! »

Comprendre la formation des prix

Suite à la flambée des prix de l'an dernier, différents travaux ont été conduits pour comprendre la formation des prix de la viande (enquête UFC Que Choisir) et des produits alimentaires (rapport du CES et rapport Besson), et formuler des propositions. Tous constatent que les prix à la consommation augmentent quand le prix des matières premières est en hausse, mais qu'ils ont du mal à baisser quand le prix des matières premières rebaisse. Et « l'écart se creuse entre les prix agricoles et les prix en rayon », soulignent la FNSEA et l'UFC Que Choisir.

Pour que l'observatoire marche, il faut que toute la filière joue le jeu. Or les transformateurs et les distributeurs n'ont pas intérêt à divulguer leurs marges. (J.-C. Gutner)

Pour que l'observatoire marche, il faut que toute la filière joue le jeu. Or les transformateurs et les distributeurs n'ont pas intérêt à divulguer leurs marges. (J.-C. Gutner)

 

Que tout le monde joue le jeu

Christiane Lambert, rapporteur de l'étude du CES (Conseil économique et social)(1) et vice-présidente de la FNSEA, explique que l'avis du CES a du poids. « Il inspire les décisions législatives. Les conclusions sont qu'il est urgent de mettre en place des mécanismes européens et nationaux pour lutter contre la volatilité des prix agricoles et ses conséquences économiques. Le CES demande à savoir comment les prix se forment, pour trouver des solutions permettant de rééquilibrer le partage des marges. Un observatoire des prix et des marges permettra d'alerter sur des marges abusives les autorités en charge du contrôle des bonnes pratiques commerciales. » L'observatoire a pour but d'expliquer la construction des prix. On prend par exemple une bouteille de lait et on regarde quel est le prix de la matière première, on calcule la marge du producteur, les coûts de transformation, de logistique, de recherche et développement, la marge du transformateur, les frais du distributeur, la marge du distributeur… jusqu'au prix constaté en rayon.
Aujourd'hui, il existe un tel observatoire pour les productions porcines, qui aurait du mal à fonctionner de l'avis de quelques observateurs. « Il faut que tout le monde joue le jeu. Or les transformateurs et les distributeurs n'ont pas intérêt à divulguer leurs marges. » La mise en place d'un observatoire des prix et des marges pour le lait de consommation est prévue pour juillet.

Dans son rapport, le CES s'est essayé à l'exercice, avec l'aide de différentes sources industrielles. Un schéma montre que sur une bouteille de lait UHT de marque nationale, la grande distribution se réserve une grosse part (0,40 euro de marge), mais les industriels parviennent aussi à dégager 40 % de marge (0,25 euro de marge). Pour une bouteille en MDD (marque distributeur), les marges de la transformation (0,12 euro) et de la distribution (0,25 euro) sont plus faibles. « Ce qui est logique, car les MDD copient les marques. Elles n'ont pas les frais de recherche et développement des industriels. En outre, les distributeurs travaillent sur un champ large de produits agroalimentaires (économies d'échelle), contrairement à un industriel qui a une gamme de produits plus réduite », souligne Stéphane Gouin, maître de conférence à Agrocampus Rennes.
Le rapport du CES indique que « pour le lait de consommation, le rapport de force est équilibré entre la grande distribution et les transformateurs ; les industriels sont regroupés autour de deux grands pôles (Sodiaal et Lactalis). » Mais sur d'autres segments où l'offre est plus atomisée, le rapport de force est davantage en faveur de la grande distribution, et la répartition des marges est peut-être plus inégalitaire. Pour les producteurs en tout cas, la marge est des plus maigres (0,04 à 0,08 euro par litre).

Très peu pour l'éleveur

Le schéma de la bouteille de lait est un peu simpliste. La transformation des excédents de lait du printemps en produits industriels n'est pas prise en compte, ni les coproduits (crème, beurre) issus de la transformation. Leur valorisation varie beaucoup d'une entreprise à l'autre. Les coûts de collecte, de transformation… sont différents d'un transformateur à l'autre.
Les marges données par ce schéma sont des estimations moyennes qui donnent un ordre d'idée. Mais au fond, le flou persiste. Il est en effet aujourd'hui impossible d'évaluer la marge des uns et des autres, et les distributeurs et transformateurs s'accusent mutuellement de ne pas répercuter les baisses de prix actuelles.
Enfin, les indices Insee et autres qui existent aujourd'hui sont insuffisants pour réaliser une telle analyse des marges. C'est pourquoi l'observatoire des prix et des marges est très attendu.

(1) Le CES réunit des représentants d'agriculteurs, de l'industrie agroalimentaire, des consommateurs… Il est consulté par le législateur.

Source Réussir Lait Elevage Juin 2009

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