Pakistan : Transformation quasi inexistante et déficit en lait prononcé

Rita Lemoine - Revue Laitière Française

La production et la fabrication locales peinent à répondre à la demande croissante de lait et de produits laitiers. Les opportunités sont réelles pour les entreprises françaises.

À la croisée des chemins, entre l'Inde, les pays du Golfe, l'Asie centrale et la Chine, le Pakistan est un marché porteur de 165 millions de consommateurs. S'il est vrai que ce pays se situe dans des zones parmi les plus instables du monde (aux portes de l'Afghanistan, conflit du Cachemire), il ne mérite pas entièrement l'image sombre qui prévaut à l'extérieur, estime Anne Bernard, d'Ubifrance, qui s'est rendue sur place dans le cadre d'une étude Ubifrance commandée par le Cniel. « Cette image ne reflète pas véritablement la réalité du pays », insiste-t-elle.

Le lait, avec un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars US en 2006-2007, est le premier poste pour l'économie agricole pakistanaise.

Le lait, avec un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars US en 2006-2007, est le premier poste pour l'économie agricole pakistanaise.

Attirer les investisseurs étrangers

En effet, le Pakistan bénéficie d'une élite hautement éduquée, formée dans les universités les plus prestigieuses, notamment au Royaume-uni, affiche un taux d'alphabétisation de 64 %, compte une classe moyenne vigoureuse qui représente 10 à 15 % de la population (pas loin de 25 millions de personnes) et enregistre une augmentation du pouvoir d'achat de 13 % entre 2002 et 2006. Par ailleurs, les pouvoirs publics lancent des mesures pour attirer les investisseurs étrangers.
Ainsi Nestlé a inauguré en 2007 sa plus grande usine laitière avec 50 millions de dollars US d'investissement pour 2 millions de litres de lait par jour. Son objectif à terme est d'atteindre 3 millions de litres par jour. Tetrapak est présent depuis 25 ans avec une usine ultra-moderne. Carrefour a annoncé en 2008 sa volonté de s'y installer, etc.
Côté lait, le Pakistan produit environ 38,7 milliards de litres. Ce chiffre serait surestimé de 10 à 20 %, selon Anne Bernard. TetraPak et Nestlé évaluent pour leurs parts la production à 20 milliards de litres en se basant sur le cheptel de 47 millions de têtes officiellement recensées. Mais « le cheptel est sous-estimé », remarque Anne Bernard.

Quel que soit le niveau exact de la production, tous les violons s'accordent pour dire que le déficit en lait est prononcé. Le gouvernement table sur une croissance de la demande de 3 à 3,2 % par an sur les cinq années à venir, alors que la consommation en 2006-2007 a été de 190 litres par habitant. Tetrapak prédit une production en croissance de 3 % par an pour une demande en croissance de 4,5 % par an.
Le Pakistan compterait 8,5 à 14 millions d'élevages laitiers. Il s'agit d'élevages familiaux de une à dix têtes (vaches et bufflonnes). À l'autre extrémité on trouve plusieurs « cattle colonies » avec des milliers de têtes dans les zones urbaines et périurbaines destinées à leur approvisionnement. Il s'agit d'un système singulier où les propriétaires sont des hommes d'affaires. Les animaux sont gardés le temps d'une lactation, puis abattus pour la plupart.
Entre ces deux systèmes, il existe des élevages à vocation commerciales de 50 têtes à 1500 têtes dont une quarantaine est dotée de salles de traite mécaniques essentiellement dans le Penjab, le principal bassin laitier. Pour le reste des élevages, la traite est manuelle même dans les colonies. Sans parler de l'absence du froid à la ferme, alors que l'état des routes ne permet pas un acheminement rapide du lait.

(A. Bernard)

(A. Bernard)

 

Qualité du lait problématique

De ce fait entre autres, l'approvisionnement en lait de qualité est problématique. La collecte est confiée en partie à des intermédiaires parfois peu scrupuleux : le lait fait l'objet de diverses adultérations à ce niveau. Or ces intermédiaires de collecte sont importants dans le dispositif. Même les « cattle colonies » en dépendent.
Les industriels se trouvent donc obligés de s'engager dans la collecte. Ainsi Nestlé dont l'objectif n'est pourtant pas d'investir dans l'élevage, a monté une ferme école de 200 vaches laitières pour aider les agriculteurs à conduire un élevage. La société Engra a installé une ferme de 1500 vaches et compte en monter dix autres à moyen terme. Le groupe saoudien Al Marai a l'intention de se lancer avec un groupe laitier pakistanais, dans plusieurs fermes pour un total de 100 000 têtes.
L'industrie transformerait seulement 3 % du lait produit essentiellement en lait UHT, lait pasteurisé et en poudre. « Le lait UHT est un énorme marché potentiel au Pakistan. Si l'absence de chaîne de froid milite en sa faveur, il n'est pas encore bien accepté, y compris pour les classes aisées », commente Anne Bernard. C'est pourquoi Nestlé investit dans d'importantes opérations de marketing. La capacité installée en lignes UHT serait aujourd'hui de 2 millions de litres par jour et la production annuelle de 600 millions de litres.

(A. Bernard)

(A. Bernard)

 

Le lait liquide au coeur de la consommation

Le lait liquide et le lait en poudre sont au coeur de la consommation pakistanaise. Le besoin des grandes agglomérations en lait est énorme. L'agglomération de Karachi consomme plus de 5 millions de litres par jour de « loose milk », lait vendu sur le marché informel. Ce circuit domine la distribution de laits liquides et la transformation du lait à domicile en yaourt et en fromage frais (paneer) reste ancrée dans les habitudes.
Toutefois, le yaourt et les boissons laitières à caractère nutritionnel fabriqués industriellement se placent au rang des segments jugés porteurs. Et si la fabrication de fromage reste limitée à quelques produits basiques : fromage fondu et mozzarella en bloc, celle-ci connaît un développement important estimé à 30 % par an. Les Pakistanais consomment par ailleurs traditionnellement du fromage type cottage cheese.
Le Pakistan compte seize à dix-sept usines, mais onze seulement seraient opérationnelles pour une capacité de l'ordre de 7 millions de litres par jour. Les équipementiers français sont très attendus.

(A. Bernard)

(A. Bernard)

 

Source Réussir Lait Elevage Juillet-Août 2009

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