Politique laitière : Davantage d'aides et de valeur ajoutée pour la montagne

Annick Conté

Les exploitations et filières laitières de montagne auront encore plus que par le passé intérêt à se démarquer des produits de masse pour compenser l'écart structurel avec la plaine.

Les régions ne sont pas toutes égales devant la réforme de la PAC et les décisions prises à l'OMC. Le desserrement de la contrainte des quotas laitiers pourrait doper la compétitivité des systèmes de plaine, au détriment de zones moins aptes à s'adapter à un contexte concurrentiel et volatil. « Simplicité de conduite, souplesse, sécurité face aux aléas ne sont pas l'apanage des systèmes laitiers de montagne », a rappelé Christophe Perrot de l'Institut de l'élevage le 3 décembre dernier lors des Rencontres recherche ruminants. Des difficultés implicitement reconnues dans le bilan de santé puisqu'il laisse aux États un panel d'options pour soutenir les régions difficiles. Les projections sur 2012, réalisées par l'Institut de l'élevage, prévoient des exploitations moyennes de 210 000 litres en montagne-piémont (+ 40 000 l) contre 325 000 litres en zone d'élevage de plaine (+ 70 000 l) et 350 000 litres en zone de polyculture-élevage (+ 90 000 l).

En montagne, les aides directes actuelles ne compensent pas les handicaps naturels : elles sont du même niveau qu'en plaine, en incluant l'ICHN. (A. Conté)

En montagne, les aides directes actuelles ne compensent pas les handicaps naturels : elles sont du même niveau qu'en plaine, en incluant l'ICHN. (A. Conté)

Un décalage qui s'accroît depuis 2000

Dans un scénario où les rapports de prix entre productions agricoles seraient défavorables au lait, ces valeurs moyennes pourraient être respectivement de 260 000, 380 000 et 440 000 litres. « En effet, les éleveurs laitiers de montagne sont aussi jeunes que les autres », souligne Christophe Perrot. Le contraste plaine-montagne s'accroît fortement depuis 2000. En 2005, 41 % des exploitations ayant moins de 100 000 litres se situaient en zone de montagne-piémont et seulement 9 % des exploitations de plus de 300 000 litres. Ce décalage structurel est en partie compensé par la diversification des activités et la recherche de valeur ajoutée via la production de fromages sous AOC. D'après les estimations de l'interprofession laitière, un tiers du lait produit en montagne est transformé en fromages AOC.

43 % d'aides de second pilier

Malgré tout, les exploitations de plaine et de montagne n'atteignent pas le même niveau de revenu. La productivité du travail (exprimée en valeur ajoutée par travailleur) est inférieure à celle des exploitations de plaine depuis la sécheresse de 2003(1). L'écart de rémunération du travail est particulièrement sensible dans le Massif central hors piémont en raison de la faible dimension des exploitations et du prix du lait légèrement inférieur à la plaine.
Or les aides publiques actuelles ne rééquilibrent pas la balance. « Elles ne compensent en rien ces écarts de productivité du travail malgré le versement d'indemnités compensatrices de handicap naturel (ICHN) et la souscription plus fréquente de contrats agri environnementaux, constate Christophe Perrot. Les aides directes totales sont quasi équivalentes en montagne et en plaine pour les exploitations spécialisées. » Elles s'élèvent environ à 15 000 euros par unité de main-d'oeuvre en 2006 dont 43 % de second pilier pour la montagne (29 % pour la seule ICHN).

Combiner trois leviers

Pour faire face au contexte plus concurrentiel, Christophe Perrot propose de combiner trois leviers. Tout d'abord renforcer les stratégies classiques d'amélioration de la valeur ajoutée, via les AOC, qui consistent à proposer des produits à forte typicité élaborés avec des modes de production spécifiques et reconnus. Mais les AOC ne suffiront pas à écouler tout le lait de montagne. Peut-être y-a-t-il une carte à jouer avec le bio ou d'autres démarches montagne. Il propose parallèlement un accompagnement politique spécifique (aides directes et aides à l'investissement) pour compenser les handicaps naturels, les systèmes moins souples et plus sensibles aux aléas. Ainsi qu'un mode de gestion collective des filières de qualité, en prix et volumes.

(1) Analyse du Rica sur la période 2000-2006.

Source Réussir Lait Elevage Janvier 2009

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