Prix du lait sur le marché mondial et le marché intérieur : le grand écart

Costie Pruilh - Réussir Lait Mai 2013

Prix du lait sur le marché mondial et le marché intérieur : le grand écart
Les hausses de coûts de production et de prix du lait ont du mal à être répercutées vers l’aval, jusque dans les rayons des GMS. Pointés du doigt : la distribution et la LME qui a renforcé leur pouvoir. © J.-C. Gutner

Les signaux sont au vert sur le marché mondial, mais les producteurs ne le sentent pas encore sur leurs factures de lait ! Le marché intérieur fonctionne mal. Les hausses de coûts et de prix ont du mal à être répercutées vers l’aval.

Mi-avril, les cotations françaises avaient pris le chemin de l’envolée, dans le sillon de la flambée des enchères Fonterra. Entre le 1er et le 7 avril 2013, elles étaient pour la poudre maigre à 2900 euros/tonne (+ 130 euros par rapport à la semaine précédente), pour la poudre grasse à 3370 euros (+ 240 euros en deux semaines), le lactosérum dépassait la barre des 1000 euros la tonne, et les prix de vente de beurre communiqués le 10 avril étaient à plus de 4000 euros. « La collecte des cinq principaux pays exportateurs (Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande, USA et Union européenne) continue de baisser, et cette baisse s’accentue en Europe. Même la collecte allemande baisse fin mars. Il n’y a plus de stocks dans les entreprises, alors même que la croissance de la demande mondiale est toujours aussi forte. Les acheteurs, qui attendaient le pic de collecte, se précipitent pour couvrir leurs besoins. La pénurie de lait au niveau mondial va durer au moins six mois, en attendant la reprise de la collecte de l’hémisphère sud à compter d’octobre », analyse Gérard Calbrix, économiste d’Atla (association pour la transformation laitière française). La valorisation beurre poudre en France ressort à 320 euros/1000 l en mars. « Elle va continuer à augmenter. »
Si on suit les formules pour le calcul du prix du lait à partir des indicateurs économiques du Cniel, le prix du lait d’été devrait tourner autour de 360-370 euros/1000 litres. Et celui de l’année 2013 est attendu autour de 330-335 euros/1000 litres, soit le niveau annuel moyen de 2008.

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Une logique de conflit épuisante. © V. Motin / L'Agriculteur normand

Pénurie de lait : le lait spot et les cotations s’envolent

En plein contraste, le marché intérieur souffre. La crise économique pèse sur les volumes de vente et les chiffres d’affaires réalisés dans les pays européens en difficulté. A ce contexte, s’ajoute en France une guerre des prix entre enseignes de distribution, que les publicités comparatives alimentent. Carrefour et Casino sont particulièrement agressifs, pour se rapprocher des prix de Leclerc.
L’issue des négociations entre transformateurs et distributeurs, pour les marques, s’est soldée par une absence de hausse globalement. Et les négociations en cours pour les MDD, sont très dures, selon Atla.

Une hausse des tarifs aura lieu, mais quand ?

Dans ce contexte, les transformateurs préviennent leurs producteurs qu’ils ne pourront pas appliquer les indicateurs et calculs Cniel s’ils ne parviennent pas à répercuter les hausses du prix du lait à la distribution. Le prix du lait et les producteurs ne sont donc pas sortis d’affaire !
Ceci dit, « une hausse des tarifs de tous les produits laitiers interviendra (lire aussi page 14 – ‘La question à’). Tout l’enjeu est d’arriver à l’obtenir d’ici fin juin, avant les vacances d’été et la forte hausse du prix du lait. Elle interviendra car les distributeurs seront obligés de l’accepter : les disponibilités en produits laitiers s’amenuisent ; les transformateurs commencent à arrêter de livrer certains produits ou envoient des courriers pour prévenir d’arrêts de livraison ; les premiers prix commencent déjà à augmenter », développe Gérard Calbrix.
Si le rapport de force est clairement du côté de la grande distribution, celui des producteurs face à leur entreprise reste particulièrement faible, et ce déséquilibre est accentué par leur dépendance économique. Les éleveurs vivent difficilement avec des charges en forte hausse depuis de nombreux mois, qu’ils ne parviennent pas à répercuter sur l’aval de la filière.
Le gouvernement propose une modification de la LME (loi de modernisation de l’économie) portée en juin dans le cadre de la loi de consommation, pour pouvoir inclure dans les contrats négociés entre producteurs, transformateurs et distributeurs des « clauses de renégociation qui intègrent l’évolution des coûts de production. »

Distribution et transformation proposent des mesures d’urgence pour les éleveurs

Les producteurs ont multiplié les actions en magasins, pour une répercussion plus immédiate de la flambée de leurs coûts. En attendant une solution pérenne, par le biais de contrats (bipartie, tripartite) et de la modification de la LME, ils ont obtenu la tenue d’une table ronde et des propositions précises des distributeurs, sans doute acculés à se positionner.
Au jour où nous mettions sous presse (11 avril), des avancées pointaient du côté de la distribution et de la transformation. Le médiatique PDG de Système U, Serge Papin rappelait que « 2 à 3 centimes de plus pour aider les éleveurs laitiers est un non sujet ». Il proposait une réponse qui s’inspire du commerce équitable pour garantir que la hausse de tarif profite bien aux producteurs, et d’augmenter le prix du lait de 3 c/litre pendant six mois.
Intermarché avait annoncé qu’à compter du 10 avril, l’enseigne achètera son lait à marque propre (1er prix et Pâturages) 2 centimes plus cher le litre, ce qui porte à 3 centimes l’augmentation du prix d’achat depuis le début de l’année 2013 (+4,5 c pour le lait bio). Intermarché indique que cette hausse du prix du lait de consommation s’inscrit dans sa démarche de partenariat avec le monde agricole. L’enseigne rappelle qu’elle participe au programme « Éleveur laitier de France » qui promeut l’origine française de son lait MDD. A ce propos, André Bonnard, de la FNPL, a proposé l’idée d’ajouter une autre promesse à la signature « Éleveur laitier de France » : la prise en compte des coûts de production des éleveurs français.
Enfin, Michel-Édouard Leclerc proposait la constitution d’un fonds d’urgence de 180 millions d’euros, pour revaloriser le prix du lait payé aux éleveurs de 2 à 3 centimes le litre pendant trois mois. Il proposait un financement à 49 % par les enseignes de la grande distribution et à 51 % par les industriels (51 % de la production laitière étant destinée à l’export et à l’industrie).
De leur côté, les grands transformateurs proposaient la mise en place, par eux-mêmes, d’une hausse technique (donc hors négociation) de deux centimes d’euros à valoir par les distributeurs et à répercuter aux producteurs. Une mesure qui nécessiterait l’accord de l’ensemble des distributeurs.

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Commentaires 5

pietin 113

qu'attendez vous ?
rejoignez l'office du lait et France milkboard
pour des laitiers demain dans nos campagnes...

MAI2013

bjr
la solution aujourdhui c est la greve de production ;mais qui en est capable du point de vue financier ;personne et tout ceux qui s engraisse a nos depend le savent bien ;alors pourquoi feraient ils des efforts pour nous payer nos produits a leur juste valeur

eleveur 15

Au 15 mai toujour pas de hausse du prix,que des effet d'annonce

jp

encore rien de sur a l horizon
quand est ce qu on va suivre les idees d apli entierement petit apetit on voit qu ils ont raison un prix du lait calcule sur nos couts de production seul moyen pour respecter nos producteurs de lait

eleveur 61

TOUT CECI CONFIRME BIEN QUE LA GRANDE DISTRIBUTION ET LES TRANSFORMATEURS SE FONT DES PROFITS IMPORTANT SUR LE DOS DES PRODUCTEURS.CETTE SITUATION NOUS PERMET DE VOIR QUI SONT NOS PARTENAIRES .LES GMS ET TRANSFORMATEURS ONT DECLARE LA GUERRE AUX PRODUCTEURS .

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