Produits laitiers : L'Argentine, un ténor laitier bridé par le « boom » de la culture du soja

Franck Mechekour

Un milieu favorable, des coûts de production très faibles, une productivité qui peut doubler sans gros investissements… Le lait a des atouts, mais aussi un gros concurrent avec le soja.

« L'Argentine sera-t-elle demain un acteur majeur sur le marché mondial des produits
laitiers ? » Telle est la question centrale de l'étude menée par l'Institut de l'élevage pour le
compte du Cniel(1).
La filière laitière du pays possède effectivement d'énormes atouts pour s'imposer sur le
marché mondial. Tout d'abord, le bassin laitier est localisé dans la Pampa, une vaste plaine
grande comme la France bénéficiant « de conditions climatiques et naturelles
exceptionnelles », note Gérard You, de l'Institut de l'élevage.
Ensuite, les coûts de productions sont extrêmement faibles, « aux alentours de 100 euros
pour 1000 litres de lait ». Le système de production est très majoritairement extensif. « Il
repose sur un élevage en plein air et sur du pâturage toute l'année. »





16,5 millions d'hectares de soja

Troisième atout : « le système laitier argentin possède encore d'importantes réserves de
productivité sans investissement ni équipement supplémentaire ». Selon les experts du
secteur, une amélioration de la productivité des surfaces fourragères, de l'alimentation et de
la gestion des troupeaux permettrait quasiment de doubler la productivité laitière des
surfaces fourragères utilisées.
Enfin, la filière « possède un potentiel de transformation très performant, conforme aux
normes internationales et capable d'absorber bien plus que la collecte nationale ».
Une analyse plus fine du contexte montre cependant que la production laitière du pays doit
aussi faire face à de sérieux obstacles. Le boom de la culture du soja est de loin son plus
redoutable concurrent. « La très bonne rentabilité de la culture du soja, malgré le
prélèvement de taxes sur les exportations, incite de nombreux propriétaires à produire ou
faire produire davantage de soja. » Cette culture se développe au détriment des prairies
permanentes et temporaires. Les surfaces cultivées en soja ont ainsi augmenté de 12
millions d'hectares entre 1990 et 2007 pour atteindre 16,5 millions d'hectares. La
monoculture du soja n'est d'ailleurs pas sans poser des problèmes en termes de «
dégradation de la qualité agronomique des sols et de pollution par accumulation de
glyphosate ». La progression du soja stimule l'intensification laitière dans les exploitations
qui veulent maintenir leur cheptel.




La production de fromages absorbe environ 40 % du lait produit et s'exporte de plus en plus vers la Russie, les USA, le Japon… (P. Chotteau)

La production de fromages absorbe environ 40 % du lait produit et s'exporte de plus en plus vers la Russie, les USA, le Japon… (P. Chotteau)

 

Pénurie de vachers

« Le second handicap au développement de la production laitière est l'absence de politique
nationale, publique comme interprofessionnelle, claire et incitative sur le long terme. » Bien
mieux : pour alimenter ses caisses, contenir l'inflation et maintenir la paix sociale dans un
pays qui a été gravement touché par une crise économique au début des années 2000, le
gouvernement taxe les exportations de denrées agricoles. Ces taxes ont contribué à
protéger le marché intérieur « des effets de l'envolée des cours mondiaux en 2007 ».
Par ailleurs, les pouvoirs publics investissent insuffisamment dans des infrastructures
(route, électricité…) destinées au milieu rural. Les bons vachers se font rares et les
candidats sont peu nombreux en raison de conditions de vie difficiles (isolement, peu de
services) dans les exploitations.
« Les propriétaires s'impliquent de moins en moins dans la gestion de leur élevage. » Ils
sont par contre « de plus en plus guidés par des considérations financières voire rentières
».



Evolution chaotique

Au final, la production laitière suit les évolutions chaotiques du pays. Elle devrait « repasser
le cap de 10 millions de tonnes en 2008 et retrouver à l'horizon 2010 son niveau record de
10,6 millions de tonnes atteint en 1999. « Dans ce cas de figure, le disponible exportable se
maintiendra aux alentours de 2 millions de tonnes, soit 20 % de la production nationale, si le
redressement de la consommation se poursuit modérément. » A contrario, à plus long
terme, le disponible exportable pourrait « fondre comme beurre au soleil si la production ne
suit pas le redressement de la demande intérieure, notamment dans l'hypothèse d'une très
grande fermeté des cours mondiaux des matières premières agricoles et le maintien des
mesures de protection du marché intérieur ».
Dans ce cas, l'Argentine « restera un opérateur mondial de second rang spécialisé dans les
poudres grasses ».


Source : (1) Dossier Economie de l'Elevage. « Filière laitière en Argentine, sous le joug du soja
»

Source Réussir Lait Elevage Septembre 2008

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