Recourir aux extraits de plantes, oui mais…

Emeline Bignon - Réussir Lait Novembre 2012

Recourir aux extraits de plantes, oui mais…
Romarin officinal. © Jean-François Picard/Inra

Utilisés en nutrition animale, les extraits de plantes présentent beaucoup d’inconnues. Selon le mode de récolte de la plante et le procédé d’obtention, leurs compositions et donc leurs propriétés s’avèrent différentes.

Les extraits de plantes sont à la mode dans les formulations. Mais difficile d’y voir clair quant à leurs effets sur les animaux. Des références existent in vitro et montrent des effets favorables, mais les publications d’essais in vivo restent rares. Par ailleurs, le petit monde des extraits de plantes apparaît bien complexe. Notamment celui des huiles essentielles. « Une huile essentielle n’est pas composée d’une seule molécule mais de plusieurs dizaines ou centaines. Par exemple, le carvacrol, le thymol, l’anéthol ne sont pas des huiles essentielles, mais des molécules que l’on retrouve dans certaines huiles essentielles », a précisé Denis Bellenot de l’Iteipmai (Institut technique interprofessionnel des plantes à parfum, médicinales et aromatiques), lors de la dernière assemblée générale de l’Afca-Cial à Angers devant nombreux fabricants de compléments. « Selon le mode d’extraction (entraînement à la vapeur d’eau, distillation sèche, ou procédé mécanique approprié sans chauffage), l’huile essentielle obtenue ne présentera ni les mêmes composés, ni les mêmes propriétés. » L’expert a illustré son propos par l’exemple du romarin. Si un entraînement à la vapeur d’eau fournit de l’huile essentielle de romarin à proprement parlé, l’utilisation d’un solvant, éthanol ou hexane, donne respectivement un extrait riche en acide rosmarinique ou en carnosol.

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Denis Bellenot, de l’Itepmai. « Il est très difficile de juger de l’efficacité de tel ou tel extrait de plante, tant la complexité des principes actifs est grande. »

« Bref, parler d’extrait de romarin ne suffit pas à savoir de quoi il s’agit », insiste Denis Bellenot en indiquant que pour certaines plantes, le mode de récolte induit également des extraits de composition différente. « Nous disposons dans la littérature de nombreux essais mentionnant le recours à tel ou tel extrait de plantes, mais ces derniers ne peuvent être valorisés faute d’informations suffisamment précises quant à leur nature exacte. »

Un manque de données objectives suffisamment précises

Pour corser davantage encore les choses, une même molécule n’affiche pas les mêmes propriétés selon l’environnement dans lequel elle se trouve. « Devant la complexité du fonctionnement des principes actifs et le manque de remontées d’informations suffisamment détaillées, il est difficile d’obtenir la reconnaissance d’une efficacité, poursuit l’expert. Des effets sont admis certes, notamment sur les fermentations microbiennes du rumen, mais sans identifier réellement quelles sont les molécules en cause. Dès lors, il n’est pas étonnant que l’administration se retranche derrière le principe de précaution. » Selon Denis Bellenot, le frein principal à l’utilisation d’extraits de plantes en alimentation animale est économique. Les études pour monter un dossier d’enregistrement pour démontrer démontrer l’efficacité d’un principe actif s’avèrent en effet très coûteuses.

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