République de l'élevage de l'ex-bloc soviétique : La Biélorussie modernise ses exploitations laitières

Annick Conté*

La Biélorussie n'a pas connu une déstructuration de ses kolkhozes suite à la chute du régime soviétique. Le gouvernement a fait de la production laitière une priorité.

En Biélorussie, petit pays coincé entre l'Union européenne et la Russie, l'élevage laitier est presque une tradition. Du temps de l'URSS, la Biélorussie est en effet devenue la république de l'élevage du bloc soviétique, tout comme l'Ukraine devenait son grenier à blé. Elle s'est alors spécialisée dans la production de lait de vache, mais aussi de viande de porc et de volaille. Depuis une dizaine d'années, une véritable dynamique autour de la production laitière s'est créée sous l'impulsion de l'État.

Mais « les fermes laitières telles qu'on les conçoit en France n'existent pas, explique Anne Mottet, de l'Institut de l'élevage. Plus de 80 % des surfaces et des vaches laitières sont en effet détenues dans de très grandes structures agricoles de 3000 à 10 000 hectares. » Il s'agit d'anciens kolkhozes. Ce sont aujourd'hui des sociétés coopératives dont le directeur est sous contrat avec l'État. Elles sont donc toujours fortement contrôlées. Et globalement elles ont peu évolué depuis l'indépendance de la république. Ces « kolkhozes » font vivre la quasi totalité de la population rurale. Ils emploient généralement plus de 200 personnes. Leur rôle dépasse largement le cadre de l'emploi et de la production agricole : c'est un pilier important de l'encadrement social et politique du pays. « C'est par eux que les salariés accèdent bien souvent aux soins médicaux, à l'éducation des enfants, voire même au logement. » Des 2500 kolkhozes en activité en 1990 au moment de la chute du système soviétique, il en reste aujourd'hui 1900, dont près de 1600 détiennent des vaches laitières.

 

En progression depuis 2000

À l'opposé de ces grandes coopératives, on trouve aussi en Biélorussie une multitude de microstructures familiales où la production est autoconsommée et les surplus vendus sur les marchés locaux. Leur surface est plafonnée par l'État à un hectare. « Dans les faits, elles font souvent entre un et trois hectares, car les familles paysannes récupèrent souvent le lopin d'un membre de la famille parti vivre à la ville », constate Anne Mottet. Leur nombre est estimé à 1,13 million (en 2006) mais seulement 225 000 d'entre elles détiennent des vaches laitières (200 000 une seule vache et 25 000 deux vaches). À peine un cinquième du cheptel biélorusse (17 %) est donc élevé dans ces microstructures. La famille dispose souvent d'une autre source de revenu, la plupart du temps un salaire d'ouvrier au « kolkhoze » voisin.
Quant aux rares exploitations agricoles de statut privé qui existent en Biélorussie, peu d'entre elles ont du lait. Elles exploitent en moyenne une cinquantaine d'hectares qu'elles louent auprès du soviet rural. Leur nombre diminue d'année en année et leur existence n'est pas encouragée par l'Etat.

83 % du lait biélorusse est produit dans 1600 anciens kolkhozes. L'État fixe un prix plancher pour le prix du lait. (A. Mottet)

83 % du lait biélorusse est produit dans 1600 anciens kolkhozes. L'État fixe un prix plancher pour le prix du lait. (A. Mottet)

 

Programme de construction d'étables

Contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres anciennes républiques soviétiques, le passage à l'économie de marché n'a pas vraiment eu lieu en Biélorussie. Cette république, restée très proche de son gigantesque voisin russe, a mis en place un régime autoritaire, très encadré, qui, pour l'élevage, a plutôt eu un effet bénéfique. Même si elle a souffert du démantèlement du bloc économique de l'Est (Comecon), celui-ci ne s'est donc pas traduit par une déstructuration de l'agriculture comme en Ukraine.
Certes, entre 1990 et 2000, la production laitière biélorusse a presque été divisée par deux. Mais la tendance s'est inversée au début des années 2000. Notamment grâce à la réorganisation du secteur agricole par le gouvernement pour qui la production laitière est une priorité. Le dernier programme a été lancé en 2005 pour une période de cinq ans. Baptisé « La renaissance de la campagne », il repose sur le développement d'un modèle de « ville agraire » avec toutes les infrastructures nécessaires (école, hôpital, loisir…) pour tenter de fixer les populations rurales.

« Dans ces villes agraires, il est prévu la construction ou la rénovation d'étables laitières, précise Anne Mottet. L'objectif est de construire 1372 unités pour un million de vaches. À ce jour, 400 unités ont déjà été construites ou rénovées. Le gouvernement vise sur le papier avec ce plan en 2015 une production de 10 millions de tonnes de lait (contre 6 millions aujourd'hui) avec 1,2 million de vaches. » Le financement provient d'un Fonds républicain de soutien des exploitations agricoles et d'emprunts.
Aujourd'hui l'équipement et les bâtiments sont encore souvent vétustes : près de la moitié des « kolkhozes » ont des bâtiments de plus de 30 ans. La production moyenne par vache se situe autour de 4000 litres de lait par an ; mais elle était descendue à 2500 litres entre 1990 et 2000. D'après l'Institut d'économie biélorusse, seulement 6 % des « kolkhozes » ont une productivité par vache qui dépasse les 6 000 litres. Le cheptel biélorusse a pourtant un bon potentiel génétique. La holsteinisation du troupeau a débuté dans les années soixante-dix avec l'importation de semences de l'Union européenne et du Canada et par croisement avec les races locales.

Un potentiel génétique sous-exploité

« La monte naturelle est interdite en élevage laitier et passible d'amende, souligne Anne Mottet. D'après l'Institut biélorusse, le niveau de génétique atteint permettrait une productivité d'au moins 8500 litres par an. Mais la production est limitée par la qualité médiocre de l'alimentation. » Les points critiques semblent être l'apport protéique et la piètre qualité de l'ensilage de maïs, produit à partir de variétés mal adaptées au pays. La part des prairies est importante (près de 40 % de la SAU), et dans la plupart des « kolkhozes », les vaches sortent au pâturage ; 5 à 10 % seulement des élevages sont en zéro-pâturage. « L'objectif du gouvernement est de maintenir le niveau génétique actuel et d'améliorer la qualité d'alimentation (des fourrages notamment) afin d'arriver à une moyenne de 6000 litres par vache. » La qualité du lait, bien qu'elle se soit améliorée, reste médiocre : le lait de qualité supérieure (moins de 300 000 germes et moins de 500 000 cellules) ne représente que 59 % des volumes collectés par les cinquante-quatre laiteries du pays. Les « kolkhozes » sont contraints de livrer leur lait à l'usine de leur secteur. Ce sont toutes des compagnies d'actionnariat ouvert, théoriquement indépendantes de l'Etat, et quasi-exclusivement à capitaux biélorusses. Mais les industriels russes, déjà un peu présents, montrent un grand intérêt pour la production laitière biélorusse.

L'objectif du gouvernement est de monter à 6000 litres de lait par vache et par an en améliorant l'alimentation, notamment la qualité des fourrages.(A. Mottet)

L'objectif du gouvernement est de monter à 6000 litres de lait par vache et par an en améliorant l'alimentation, notamment la qualité des fourrages.(A. Mottet)

 

De faibles coûts de production

Aujourd'hui, économiquement, les élevages s'en sortent. Les coûts de production restent faibles : 14,30 €/100 kg pour les « kolkhozes » de 650 vaches les moins performants et 11,90 €/100 kg pour les plus performants. Ils sont deux fois plus faibles que ceux des grandes fermes allemandes ou polonaises, avant tout parce que le coût de la main-d'oeuvre reste bas. Mais le prix du lait, déterminé par l'État, est également bas : 18 €/100 kg en moyenne en 2006. « Il est fixé d'après un calcul réalisé par l'Institut d'économie agraire et intègre les coûts de production, les cours des produits laitiers sur les marchés mondiaux et les prix de vente au détail. Ce calcul est ajusté deux fois l'an, en fonction de l'inflation. À titre de comparaison, fin 2008 il était de 29c pour le lait de la classe extra qui ne représente que 1 % du lait collecté, contre 33 c pour le lait français. »
Faut-il craindre la concurrence du lait biélorusse ? Le développement de la production durant les années 2000 a profité exclusivement aux exportations. Elles ont été multipliées par 2,5 entre 2000 et 2007 et sont passées de 18 % à 46 % de la production. Mais pour 85 % de leur valeur (800 millions d'euros au total), elles se font vers la Russie qui absorbe la quasi-totalité des exportations de fromage, lait concentré et beurre. La concurrence avec l'Union européenne se fait donc au niveau du marché russe.

Pas loin de 1500 types différents de produits laitiers sont fabriqués en Biélorussie. Le kéfir et le tvorog y sont les plus consommés.(A. Mottet)

Pas loin de 1500 types différents de produits laitiers sont fabriqués en Biélorussie. Le kéfir et le tvorog y sont les plus consommés.(A. Mottet)

 

Les chiffres clés de la Biélorussie

. 27 % de population rurale ;
. 100 000 vaches allaitantes ;
. 1,45 million de vaches laitières ;
. 4200 l/vache/an ;
. 6 millions de tonnes de lait ;
. 1600 « kolkhozes » produisant 83 % du lait ;
. 225 000 microstructures avec une à deux vaches ;
. 750 vaches en moyenne par « kolkhoze » ;
. 1500 types de produits laitiers représentant 15 % de la production agricole finale ;
. 35 q de rendement en blé.

*d'après une étude de l'Institut de l'élevage - À paraître en octobre 2009.

Source Réussir Lait Elevage octobre 2009

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