Suivi vétérinaire : Comment prévenir et combattre la douleur bovine

Annick Conté

Recommandations du groupe Boreve. Les bovins ont mal, même s'ils le montrent peu. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, accessibles aux éleveurs, permettent de traiter les douleurs modérées, mais sont insuffisants pour les douleurs plus intenses.

La douleur existe chez les bovins aussi. Elle est moins visible que chez d'autres espèces. On a tendance à penser qu'une vache venant de subir une césarienne, parce qu'elle retourne manger à peine recousue, n'a pas mal. Rien n'est moins sûr. Les interventions chirurgicales, qu'elles soient de routine ou non, sont douloureuses. La quasi-totalité des maladies le sont aussi, même les maladies métaboliques.
De façon générale, toute inflammation génère de la douleur. Pourtant, la prise en charge de la douleur des bovins est très limitée. Réunis sous l'égide du SIMV (Syndicat du médicament vétérinaire et réactif) et avec le financement de trois laboratoires(1), un groupe de six enseignants d'écoles vétérinaires et de vétérinaires praticiens, baptisé Boreve, s'est penché sur la question. Le fruit de ce travail est rassemblé dans vingt-six recommandations qui seront disponibles prochainement sur Internet.

Une évaluation subjective de la douleur suivant une échelle de quatre paliers est proposée par le groupe Boreve. Elle est basée sur des signes comportementaux. (J.-M. Nicol)

Une évaluation subjective de la douleur suivant une échelle de quatre paliers est proposée par le groupe Boreve. Elle est basée sur des signes comportementaux. (J.-M. Nicol)

Une évaluation de la douleur avec une échelle de quatre paliers

Le groupe Boreve s'est en particulier intéressé à l'évaluation de l'intensité de la douleur. Il recommande, par analogie avec les autres mammifères, y compris les humains, de l'évaluer selon une échelle subjective de quatre paliers :
0 (absence de douleur), 1 (douleur légère), 2 (modérée), 3 (intense). La douleur chirurgicale étant d'emblée évaluée comme une douleur modérée à sévère. La persistance est aussi à prendre en compte dans l'évaluation, pas seulement l'intensité, précise-t-il. Cette échelle d'évaluation est basée principalement sur des signes comportementaux, avec le risque de voir varier le résultat d'un individu à l'autre. Elle permet de définir des protocoles de traitements contre la douleur en trois paliers.

Des anti-inflammatoires non stéroïdiens pour les douleurs faibles à modérées

Quatre familles d'analgésiques sont utilisables chez les bovins : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les morphiniques (seul le butorphanol n'est pas interdit chez les bovins), les sédatifs analgésiques (alpha-2-agonistes), et les anesthésiques locaux.
Pour le groupe Boreve, les AINS représentent le minimum que l'on peut faire contre les douleurs légères et modérées. Il existe de nombreuses données obtenues dans d'autres espèces et quelques études chez les bovins lors d'écornage, de castration ou de mammites qui démontrent leur intérêt. Mais lors de douleurs intenses, leur effet peut être insuffisant. Le groupe propose donc des protocoles adaptés selon les trois paliers d'intensité de la douleur : le palier 1 avec un AINS seul, le palier 2 avec un anesthésique local ou le butorphanol, le palier 3 en y associant en plus un sédatif (tous les traitements devant être prescrits par un vétérinaire). Et il recommande une réévaluation de la douleur deux fois par jour.
L'utilisation combinée de plusieurs médicaments avec des modes d'action différents permet d'optimiser la réussite du traitement, souligne-t-il, car la douleur est un phénomène complexe impliquant dans l'organisme de nombreux relais, récepteurs et substances chimiques.
Le groupe recommande aussi un traitement précoce de la douleur. Il est plus difficile de traiter une douleur chronique, installée depuis longtemps, qu'une douleur aigüe qui vient juste d'apparaître. Les traitements sont plus longs et souvent moins efficaces. Un traitement précoce favorise la guérison. D'où aussi l'intérêt de traiter la douleur en prévention, avant les interventions connues comme douloureuses, l'écornage par exemple.

(1) Boehringer Ingelheim, Merial, Vétoquinol.

Source Réussir Lait Mai 2010

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