Tuberculose bovine : La faune sauvage joue les trouble-fête !

Franck Mechekour

La tuberculose bovine est depuis 2004 en recrudescence. Même si les bovins demeurent le principal vecteur, le rôle de la faune sauvage inquiète. La France craint de perdre son statut de pays indemne.

La France est considérée comme officiellement indemne de tuberculose bovine depuis 2001, « malgré la persistance de quelques foyers en élevages », précise un groupe d'experts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dans un rapport sorti en avril dernier. « Cependant, depuis 2004, le nombre de ces foyers connaît une augmentation régulière, notamment dans certains départements comme la Côte-d'Or et la Dordogne. » Il n'est malheureusement pas toujours possible de bien identifier « la part prise par une réemergence vraie de celle liée à une meilleure détection de l'infection ».

Abattage sélectif des bovins en Côte-d'Or et Dordogne

Quoi qu'il en soit, tout l'enjeu pour la France consiste à conserver ce statut ô combien nécessaire à la commercialisation d'animaux hors de nos frontières. « Il est important de souligner qu'actuellement en France, les bovins domestiques demeurent le réservoir primaire(1) de l'infection à M. bovis(2). Par conséquent, l'éradication la plus rapide possible de l'infection en élevage reste le meilleur moyen de lutter contre cette maladie », insistent les experts de l'Anses.
En complément du déploiement d'efforts portant sur la surveillance (tuberculinations, inspections systématiques des carcasses en abattoir), il a été décidé il y a trois ans de recourir à l'abattage sélectif des animaux sous conditions très particulières et strictes en Côte-d'Or et Dordogne. L'efficacité de cette mesure est en cours d'évaluation.
Reste que la recontamination par la faune sauvage inquiète. Des cas de tuberculose à M. bovis ont en effet récemment été détectés chez certaines espèces sauvages dont le sanglier, le cerf, le blaireau et le renard à proximité des foyers domestiques. Et le rôle de la faune sauvage dans la transmission et/ou le maintien de la tuberculose bovine dans certains foyers domestiques « font débat sur le terrain ». Les controverses portent notamment « sur l'influence des densités de populations, de l'écosystème, des pratiques de chasse, mais également des méthodes d'élevage qui ont évolué ces dernières années. »
Dans ce contexte, la Direction générale de l'alimentation (DGAL) a saisi en juin 2010 l'Anses afin qu'un groupe d'experts planche sur cette problématique et sur « les moyens de maîtrise envisageables au regard des données disponibles sur le sujet ».

Répartition des 97 foyers de tuberculose en 2009. (Sources : Anses, DGAL)

Répartition des 97 foyers de tuberculose en 2009. (Sources : Anses, DGAL)

La répartition des cas est semblable à celle des années passées. Côte-d'Or, Dordogne, Camargue et Pyrénées-Atlantiques-Landes constituent les principales zones concernées par la tuberculose bovine.

Sangliers et blaireaux sous haute surveillance

Les modalités, les circonstances et l'importance des contaminations entre animaux domestiques et sauvages « sont complexes et dépendent de nombreux facteurs », souligne le groupe d'experts. Ceci explique d'ailleurs la diversité des situations épidémiologiques rencontrées en France actuellement.
La densité des espèces sauvages en est un. Compte-tenu des taux d'infection encore relativement peu élevés de la faune sauvage en France et du caractère localisé de ces infections, « la priorité est d'éviter que l'infection ne se pérennise dans les populations de sangliers ou de blaireaux en conduisant à la création d'un réservoir primaire comme cela a pu être observé dans d'autres pays comme par exemple, le blaireau en Grande-Bretagne et le sanglier en Espagne ».
Les experts de l'Anses préconisent, en complément des mesures d'éradication de la tuberculose dans les cheptels bovins, de réguler notamment les densités de population des sangliers « qui sont clairement en forte augmentation depuis quelques années ». L'abattage ciblé des blaireaux et « se préparer dès aujourd'hui à la possibilité d'engager une vaccination des blaireaux par le BCG en cas de diffusion de l'infection des blaireaux autour des zones d'abattage », font également partie des solutions envisagées par le groupe d'experts de l'Anses.

Malgré le possible impact de la faune sauvage, l'éradication la plus rapide possible de l'infection en élevage reste le meilleur moyen de lutter contre cette maladie.(C. Faure / Périgord Hebdo)

Malgré le possible impact de la faune sauvage, l'éradication la plus rapide possible de l'infection en élevage reste le meilleur moyen de lutter contre cette maladie.(C. Faure / Périgord Hebdo)

(1) Espèces de mammifères capables d'entretenir à elles seules l'infection dans le milieu naturel et de la transmettre aux autres espèces réceptives et/ou sensibles, domestiques ou sauvages.
(2) Exception faite des cervidés en forêt de Brotonne en Normandie

Source Réussir Lait Juin 2011

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