Une réforme nitrates à double impact pour l’élevage laitier

Costie Pruilh - Réussir Lait Octobre 2012

Une réforme nitrates à double impact pour l’élevage laitier
Ajuster le temps passé à l’extérieur à la part d’herbe dans la ration, pratiquer le vêlage précoce… sont de leviers pour tenir le seuil des 170 kg N org. © E. Bignon

L’avenir du pâturage, d’une part, l’avenir de l’élevage laitier en zone intermédiaire, d’autre part, sont les deux grosses inquiétudes des professionnels, alors que le gouvernement français cherche à sortir du contentieux européen.

Deux contentieux, deux sujets d’inquiétude pour les éleveurs laitiers. Pour les zones vulnérables, « la France sera condamnée sur son classement 2007 des communes. Elle doit éviter de repartir en contentieux sur son nouveau zonage. Celui-ci sera effectif à partir de janvier 2013. Soit la Commission européenne le jugera correct, et c’en sera fini du contentieux, soit la France sera recalée et repartira dans un contentieux, avec une possible sanction financière et une nouvelle réforme du zonage », rappelle Philippe Jeannot, du ministère de l’Écologie. Pour prendre en compte l’eutrophisation marine (un des reproches de la Commission), les bassins hydrographiques ont défini des seuils, encore en discussion, par exemple 11,5 mg/l sur Loire Bretagne. Ce nouveau critère, et tous les autres critères déjà connus de la directive nitrates, conduisent les Dreal (direction régionale de l’environnement) à proposer de nouveaux classements de communes en zone vulnérable, et à refuser certains déclassements demandés par la profession agricole. En région, notamment en zones intermédiaires, les responsables agricoles sont très inquiets. C’est par exemple le cas sur le bassin Adour Garonne, en Maine-et-Loire, dans la Sarthe, en Lorraine, dans la Somme, sur une partie de l’Auvergne… « Ces extensions de zonage, sans soutien aux mises aux normes, risquent d’avoir des conséquences sur le maintien de l’élevage laitier et d’entraîner des retournements des prairies », souligne la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Le projet de classement des communes est encore en discussion.

Vérifiez votre situation par rapport aux 170 kg d’azote

L’autre contentieux, c’est le programme d’action. Entre septembre 2012 et septembre 2013 (démarrage des 5e programme d’action régionaux), les nouvelles règles nationales en matière d’épandage se surajoutent à celles des 4e programmes d’action départementaux. Les plans d’épandage doivent aussi prendre en compte les nouvelles normes de rejets des vaches laitières(1), ainsi que les nouveaux outils et références qui permettent de calculer avec précision les doses d’azote à apporter aux cultures. Ces nouvelles références sont données par le Gren, Groupe régional d’expertise nitrates (rendez-vous sur le site internet de votre Draaf). Ces prochains mois, il vous faudra vérifier que vous répondez à la nouvelle réglementation, trouver des solutions en cas de dépassement du seuil des 170 kg N org/ha SAU, et faire votre Plan prévisionnel de fumure. C’est tout le travail actuel des organismes de conseil. « Les éleveurs ayant un projet d’installation, d’agrandissement, de conversion en bio… doivent vérifier s’ils sont dans les clous avant d’engager leur projet, précise Patrick Edeline, de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Le problème est que nous n’avons pas encore les règles de contrôle de l’administration. On ne peut pas pour l’instant complètement sécuriser les gens. » « Les modifications de période d’épandage ne devraient pas être trop perturbantes à long terme. Par contre, la modification des rejets des vaches laitières va poser un problème structurel à l’élevage herbager dans son ensemble. Aux herbagers intensifs pour respecter dès aujourd’hui le seuil des 170 kg, mais aussi aux plus extensifs qui perdent de la souplesse pour faire évoluer leur atelier lait », dépeint Jean-Baptiste Dollé, de l’Institut de l’élevage.

Les herbagers coincés dans leurs évolutions

La situation sera très tendue pour les exploitations spécialisées élevage, déjà proches des 170 kg N org/SPE (surface potentiellement épandable), et dont la SPE représente plus de 85 % de la SAU. « Il n’est pas sûr que ces nouvelles règles engendrent une baisse des surfaces en herbe. Car si une exploitation choisit de réduire la surface pâturée, elles pourra être coincée au niveau de ses capacités de stockage. » La clé du problème est la fin de la procédure contentieux. « Si la réforme satisfait Bruxelles, la France pourra alors demander une dérogation aux 170 kg N org pour les prairies. Mais si la France est condamnée, elle devra revoir toute sa réforme. Et tout sera à recommencer », pointe la chambre d’agriculture du Pas-de-Calais.

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Commentaires 1

Ehbbee

Rien compris! Normal, c'est la PAC!
Quelqu'un peut parler francais?

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