Valoriser la chaleur et l’herbe

Michel Portier - Réussir Lait Juin 2012

Valoriser la chaleur et l’herbe
Coupler méthanisation et séchage en grange impose de mener parallèlement deux projets impactant fortement le fonctionnement de l’exploitation. © A.-C. Verger

Le séchage en grange est un moyen de valoriser la chaleur produite par la méthanisation, à condition de revoir son système d’exploitation.

Chiffres clés

• 200 à 300 tonnes de foin peuvent être séchées par la chaleur issue d’une unité de méthanisation de 100 kWe.• 5 000 euros par an de prime à l’efficacité énergétique sont induits par un séchoir qui utiliserait 20 % de la chaleur produite d’une installation de 100 kWe, dont 60 % de la chaleur est valorisée au total.Source : Segrafo Ouest - www.segrafo.com

La valorisation de la chaleur produite par la cogénération est un aspect décisif dans la rentabilité d’une installation de méthanisation, la prime à l’efficacité énergétique pouvant représenter plus de 20 % du prix de rachat de l’électricité produite. Le chauffage de bâtiments d’élevage et/ou d’habitations est souvent le premier débouché exploré. Celui-ci ne permet cependant une utilisation de la chaleur que sur une moitié de l’année. Ainsi, pour les éleveurs, le séchage en grange est complémentaire avec des besoins de chaleur concentrés au printemps et en été. Autre intérêt de cette source de chaleur, elle est indépendante des conditions climatiques, contrairement aux habituels séchoirs solaires dont l’efficacité est fonction de l’ensoleillement. Si l’apport de chaleur est constant, « les besoins du séchoir ne sont pas du tout linaires sur une saison. On arrive rapidement à saturation en période de pointe au printemps, alors qu’on ne valorise pas suffisamment en été et à l’automne. Pour une unité de méthanisation de 100 à 250 kW, on estime qu’un séchoir est capable d’utiliser entre 10 à 20 % de la chaleur produite », relativise Yann Charrier, ingénieur conseil indépendant, spécialiste dans la conception des installations de séchage.

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Le réseau d’eau chaude issu du cogénérateur alimente un échangeur eau/air qui réchauffe l’air aspiré par les ventilateurs de l’installation de séchage. © M. Portier

Une production de chaleur linéaire pour des besoins irréguliers

« Dans certaines régions, on peut envisager de faire la jonction à l’automne, entre la fin de période de séchage du foin et le début du chauffage des bâtiments, par la mise en œuvre d’un séchoir basse température pour le maïs ou les céréales. » Autre limite du séchage en grange, sa mise en œuvre la nuit – le méthaniseur fonctionnant 24/24 h – est limitée par l’humidité relative de l’air. Cette dernière étant plus élevée la nuit, le pouvoir évaporatoire de l’air et donc l’efficacité du séchage est plus faible.
La relation entre le projet de méthanisation et celui du séchage en grange impose d’estimer précisément les quantités de foin à sécher au fil de la saison, afin de déterminer la surface du séchoir et les besoins en énergie. « Il est nécessaire de raisonner au plus juste, car ce n’est pas la prime à l’efficacité énergétique qui va financer le séchoir. Il ne faut pas voir le séchage comme un débouché, mais comme un moyen de valoriser son herbe. Cela implique le plus souvent de remettre en cause son système d’exploitation », avertit Yann Charrier. Pour le spécialiste, le projet de séchage en grange doit être raisonné de manière indépendante. « Le risque est de voir des exploitations intensives, ne travaillant pas l’herbe, se lancer dans le séchage en confiant leur projet au concepteur de l’unité de méthanisation. Cette approche est vouée à l’échec ! »

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