Viande bovine : Gros malaise sur les prix des veaux de huit jours

Franck Mechekour

La crise du veau de boucherie plombe les cours des veaux laitiers de huit jours dont l'offre abonde sur le marché. La situation ne devrait pas s'améliorer dans les mois à venir.

Des veaux de huit jours vendus moins de 100 euros, c'est quasiment « une référence historique », soulignait Jean-Claude Guesdon, chef du département économie de l'Institut de l'élevage début septembre. Mais à la cotation de la semaine 38 (du 15 au 19 septembre), « les veaux mâles de 45 à 50 kg s'échangeaient en moyenne à 69 euros et les femelles à 48 euros », indique Mélanie Richard de l'Institut de l'élevage. « Pour les veaux mâles, cela représente une baisse de 44 % par rapport à 2007 et de 56 % par rapport à 2006. ». Certains veaux laitiers sont même vendus moins de 30 euros.








Les veaux mâles s'échangeaient courant septembre à 69 euros soit 56 % moins cher qu'en 2006. (P. Cronenberger)

Les veaux mâles s'échangeaient courant septembre à 69 euros soit 56 % moins cher qu'en 2006. (P. Cronenberger)

Deux tiers des veaux mâles laitiers

La situation n'était pas meilleure cet été, chez nos voisins européens. « En Espagne, certains veaux sont actuellement vendus autour de 20 euros ", précise Mélanie Richard.
Malheureusement, les indicateurs de tendance ne permettent pas de lever les craintes sur la durée de la crise qui sévit en France. « Les prix des veaux laitiers de huit jours sont très liés au marché du veau de boucherie », note Caroline Monniot de l'Institut de l'élevage.

Les deux tiers des veaux mâles laitiers sont en effet dirigés vers la production de veaux de boucherie. « Cette production a été dynamisée fin 2005 et début 2006 par la grippe aviaire. La consommation a alors augmenté tout comme la production. Mais cette dynamique s'est effondrée à partir de fin 2006. Et ce secteur est désormais en crise depuis l'année dernière en raison de l'augmentation importante des coûts de production et d'une baisse de la consommation. Dans un contexte économique plutôt difficile, les consommateurs se détournent de la viande de veaux de boucherie qui est chère à l'achat. »

La situation n'était pas meilleure cet été, chez nos voisins européens. « En Espagne, certains veaux sont actuellement vendus autour de 20 euros », précise Mélanie Richard. Malheureusement, les indicateurs de tendance ne permettent pas de lever les craintes sur la durée de la crise qui sévit en France.

« Les prix des veaux laitiers de huit jours sont très liés au marché du veau de boucherie », note Caroline Monniot de l'Institut de l'élevage.
Les deux tiers des veaux mâles laitiers sont en effet dirigés vers la production de veaux de boucherie. « Cette production a été dynamisée fin 2005 et début 2006 par la grippe aviaire.
La consommation a alors augmenté tout comme la production. Mais cette dynamique s'est effondrée à partir de fin 2006. Et ce secteur est désormais en crise depuis l'année dernière en raison de l'augmentation importante des coûts de production et d'une baisse de la consommation. Dans un contexte économique plutôt difficile, les consommateurs se détournent de la viande de veaux de boucherie qui est chère à l'achat. »

À titre d'exemple, la SVA-Jean Rozé accuse une baisse d'activité de 5 % par rapport à 2007. Gérard Beaudoin, le responsable des achats note cependant que la part des veaux laitiers (25% actuellement) devrait légèrement augmenter parce que « cela permet de produire des veaux gras à moindre coût. Et d'ajouter : actuellement courant septembre) nous achetons des veaux de huit jours autour de 100 euros. Les croisés type Prim'Holstein x Charolais sont achetés entre 200 et 350 euros et les veaux bien conformés de races allaitantes partent entre 350 et 400 euros. Mais les veaux laitiers légers et mal conformés ne valent rien sur le marché. »

Cotation des veaux Holstein . (Source : Office de l'élevage)

Cotation des veaux Holstein . (Source : Office de l'élevage)

 

Trois gros intégrateurs

Selon Joël Briand, responsable commercial de Ter'élevage, « le prix du veau de huit jours est sous la grande influence des trois plus gros intégrateurs que sont Denkavit, Sobeval(Groupe VanDrie) et Tendriade (groupe Lactalis). Et de préciser : Tendriade tend à réduire sa production. Ceci laisse à penser que les deux grands groupes hollandais seront de plus en plus influents sur le marché des veaux de huit jours. »
Les veaux laitiers sont d'autant plus difficiles à écouler que l'offre est plutôt abondante
depuis juillet. Les éleveurs ont en effet gardé plus de vaches pour produire les rallonges
laitières octroyées lors de la dernière campagne. « Fin juillet, il y avait environ 50 000 femelles de plus dans les élevages par rapport à juillet 2007, alors qu'habituellement on assiste en France comme en Europe à une diminution du cheptel de 1 à 2 % par an », note Gérard You de l'Institut de l'élevage. Ce phénomène conjoncturel amplifie un excédent structurel lié à la concentration des vêlages au printemps et en fin d'année.




Une ampleur surprenante

« Que le veau ne soit pas bien payé en septembre, ce n'est pas une nouveauté. C'est
l'ampleur de la baisse du prix qui est surprenante, souligne Jean-Claude Guesdon. Les prix
ne peuvent pas baisser plus bas sinon les producteurs laitiers vont, dans la mesure du
possible, garder leurs veaux pour faire du jeune bovin. » Pour Joël Briand de Ter'élevage,
cette stratégie présente d'ailleurs des atouts. « Le prix du jeune bovin se maintient très bien
depuis deux ans. Et cela ne m'inquiète pas que les éleveurs gardent des veaux pour faire
du jeune bovin, car il y a un marché pour ce type d'animaux. »
L'Institut de l'élevage note cependant une augmentation importante de la production de
jeunes bovins au cours du premier semestre 2008 (+ 6 % par rapport à 2007 et + 18 % par
rapport à 2006). Une hausse essentiellement liée au cheptel allaitant, les exportations de
broutards vers l'Italie ayant été bloquées par la fièvre catarrhale ovine.
« Mais les mâles laitiers participent aussi à la hausse (+ 15 000 têtes) en raison de la
baisse du nombre de veaux orientés vers la filière veaux de boucherie l'an dernier suite à la
crise de rentabilité engendrée par l'explosion des coûts d'alimentation ». Ces sorties
abondantes de jeunes bovins limitent la progression des prix. Et cette hausse ne permet
finalement pas « de compenser la forte augmentation des coûts de production ».



Un futur plutôt sombre

Produire des jeunes bovins n'est certainement pas une solution miracle mais plutôt « un pari
sur l'avenir », selon Jean-Claude Guesdon. « On ne peut pas savoir ce que seront les prix
dans 18 mois. À long terme, nous avons des raisons d'être optimistes parce que l'offre en
viande bovine est insuffisante alors que la demande est réelle. Mais il est difficile de
mesurer l'impact de la crise économique sur cette dynamique. » Le futur du veau de huit
jours est encore plus difficile à cerner, mais il s'annonce plutôt sombre. Les experts
interrogés estiment en effet dans leur ensemble qu'il n'y a pas de raisons pour que la
situation s'arrange à court terme.
« Si la crise devait durer, comment feront les organismes de collecte pour couvrir leurs frais
de collecte, de tri et de livraison ? Et dans ces conditions, à quel prix pourront-ils payer les
veaux aux éleveurs ? », s'interroge Joël Briand.


Source Réussir Lait Elevage Novembre 2008

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