[Vidéo] Avis d'expert : "limiter la production de lait en Europe pourrait permettre de sortir de la crise"

Anne Sophie LESAGE

[Vidéo] Avis d'expert : "limiter la production de lait en Europe pourrait permettre de sortir de la crise"

Comment se porte la filière laitière depuis le début de l'année? Comment est-il possible, de mettre en œuvre une limitation de production ? Faut-il que les éleveurs se tournent vers d'autres modèles? Eléments de réponse avec Baptiste Lelyon, Experts filières Productions Animales, Crédit Agricole SA.

 

Comment se porte la filière laitière depuis le début de l’année ?

Baptiste Lelyon : "Depuis plus d’un an maintenant, les cours des produits industriels laitiers sont en forte baisse. Le prix de la poudre de lait écrémé s’établit à 1532 $ par tonne en mars, soit une baisse de 33 % par rapport à l’année précédente. Cette situation est due en premier lieu à une très forte augmentation de la production laitière et principalement en provenance d’Europe. Sur les 4,2 millions de tonnes de lait produites en plus en 2015 par les 3 principales zones exportatrices, l’Union Européenne a produit 3,4 millions de tonnes supplémentaires. Certains pays comme l’Irlande ou les Pays-Bas voient leur collecte progresser de plus de 15% au mois de février 2016. La France affiche certes une production moins dynamique, mais elle augmente néanmoins de 5% en février.

En conséquence, le prix du lait payé aux éleveurs baisse fortement. Il est désormais passé nettement sous la barre des 300 €/1000 litres. Le prix du lait standard était de 288 €/1000 litres en janvier. Il devrait continuer de baisser dans les mois à venir sous l’influence du tunnel de prix avec l’Allemagne."

La commission Européenne a ouvert la porte à une limitation de production ? Comment est-ce possible à mettre en œuvre ?

B.L. : "Pour essayer de réduire les volumes de lait qui arrivent sur le marché mondial, la Commission Européenne a en effet permis aux états membre d’avoir recours à une disposition spécifique qui permet de déroger au droit européen de la concurrence. En pratique, les états qui le souhaitent peuvent instaurer une limitation de la production laitière."

Retour déguisé aux quotas laitiers ?

B.L. : "Il ne s’agit pas d’un retour des quotas laitiers puisque la mesure est temporaire, pour une durée de 6 mois. En outre, elle est sur une base volontaire alors que les quotas laitiers s’appliquaient de manière réglementaire à tous les états."

Serait-ce suffisant pour sortir de la crise ?

B.L. :"Potentiellement, cette mesure pourrait permettre de sortir de la crise laitière. Mais tout dépend de la manière dont elle sera mise en œuvre. La base du volontariat en limite fortement la portée. Seule une application collective du dispositif permettra de réduire de façon significative la collecte laitière. Une chose est certaine, la France ne se lancera pas seule dans une régulation de la production si les autres grands pays producteurs de lait ne jouent pas le jeu. Cela avait eu lieu en 2009 et les acteurs de la filière se souviennent encore des effets d’une régulation individuelle."

Faut-il que les éleveurs se tournent vers d’autres modèles ?

B.L. : "La crise actuelle est sévère et certains éleveurs cherchent en effet des solutions pour trouver des marges de manœuvre supplémentaires. Outre la maitrise des coûts de production permettant de limiter l’impact de la chute des prix, les éleveurs laitiers regardent attentivement des modèles de production alternatifs, permettant d’obtenir une meilleure valorisation tels que l’Agriculture Biologique où les circuits courts.

Si ces modes de production offrent en effet une valorisation plus élevée du lait, ils ne sont pas forcément adaptés à tous les éleveurs. La production biologique nécessite une grande maîtrise technique et, pour que la conversion soit réussie, elle ne peut pas être basée uniquement sur des arguments économiques, mais l’éleveur doit être convaincu de la démarche. De même, la valorisation de la production en circuit court est synonyme d’un changement de métier pour les éleveurs. Ceux-ci passent de producteurs à producteurs, transformateur et commerçant. Cela nécessite d’acquérir des compétences complémentaires pour transformer et surtout vendre le produit fini. De plus, cette démarche s’adresse principalement à des exploitants situés dans des zones péri-urbaines qui bénéficient d’une demande plus importante. Ces modèles de production alternatifs offrent donc des perspectives intéressantes pour les éleveurs, mais ils constituent encore une niche, qui certes augmente mais ne pourra pas absorber l’ensemble des volumes."

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Commentaires 5

marin 347

surtout apprennent a nous passer de ses soi-disant expert qui ont amené l agriculture a la faillite depuis des années

goria

Pourquoi toujours baisser le prix a la production? pourquoi ne baisse t'on jamais le salaire des directeurs? Ils perçoivent plus de 20.000 euros, que font'ils avec cette somme tous les mois.

CLOCHE215

qui a supprimé les quotas et dans quel but??? le résultat,il est maintenant connu...et chaque i.... était apte à prévoir ce que l'on connait!!!

pietin 113

Si l'état (ou l'Europe)m'achéte tout ou partie de mon contrat,ce sera ça de moin sur le marché!A bon entendeur salut!

COEUR440

beaucoup tros de monde passe au bio ;ce n ai pas solution les prix vont baisser automatiquement

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