[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

Crédit-Agricole- Service Expertise

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

Il a chuté de plus de 20 % en dix mois et ce n’est peut-être pas terminé : tout concourt à ce que les éleveurs laitiers européens pâtissent d’un prix du lait qui se rapproche des plus bas niveaux observés depuis dix ans : disparition des quotas qui cantonnaient le droit à produire, production en hausse dans tous les pays exportateurs, coup d’arrêt à la hausse de la demande asiatique, sans oublier l’embargo russe. Pourtant, toutes les prévisions concordent pour affirmer que les produits laitiers ont un bel avenir dans le monde. Le fait nouveau, mais prévu depuis longtemps, c’est la volatilité du prix, conséquence d’une exacerbation nouvelle de l’équilibre offre-demande. Confrontés à une telle incertitude, comment les producteurs, dont les charges restent lourdes et face à l’obligation d’accroître leur productivité, peuvent-ils espérer à la fois une rémunération suffisante et l’atténuation des soubresauts qui vont être de règle dans les confrontations des marchés mondiaux ? La solution passe par diverses formes de contractualisation, sans doute au détriment d’une certaine liberté de vendre et de bénéficier à plein des périodes d’euphorie...

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?
 

L’été 2015 a de nouveau vu les éleveurs laitiers français manifester fortement leur mécontentement, après les propositions de prix des industriels : autour de 300 € par 1.000 litres, ce qui est insuffisant pour assurer une rémunération à nombre d’entre eux, une fois l’ensemble des charges acquittées. Peu de temps avant, le président de la FNPL, principal syndicat de producteurs, avait refusé de rester plus longtemps à la tête d’une interprofession laitière dont il récuse l’attitude des autres parties prenantes, industriels privés et coopératifs. Les reproches qu’adressent les producteurs aux transformateurs ne changent pas : aucune prise en compte des contraintes financières de leurs livreurs, une répercussion des baisses de prix sans compensation à la hausse, et d’une manière générale, des prix imposés, plus que proposés à la négociation.

3re

Une fois de plus, c’est sur sommation des pouvoirs publics et à leur demande insistante que les industriels ont finalement octroyé fin juillet une hausse de 4 centimes par litre ne s’appliquant, au demeurant que sur les produits MDD et premiers prix destinés à la distribution, et en écartant une partie des fromages, en attendant un nouveau rendez-vous. Et l’on sait déjà qu’en fonction de l’évolution prévisible des cours mondiaux des produits industriels, que soulignent les enchères conduites par le groupe néo-zélandais Fonterra, références incontournables aux yeux des grands acteurs du négoce international, la tendance baissière devrait persister, sans guère de doute, jusqu’à l’hiver prochain.

Fin 2008, l’Autorité de la Concurrence avait mis un point final à des négociations interprofessionnelles régionalisées qui s’appuyaient - à l’époque - sur des indices déterminés par l’interprofession elle-même. La chute des cours mondiaux avait alors entraîné une baisse très forte des prix pratiqués que seule l’autorité publique avait alors tempérée en imposant un relèvement en juin 2009, au grand dam des industriels. A l’époque, tout comme aujourd’hui, le traditionnel « suivi » de l’évolution des cours du lait allemand par le lait français - avec deux mois de délai - avait été mis à mal, faisant se croiser les deux courbes de prix au profit de la rémunération du lait hexagonal. A moins d’une « préférence » pour la production française, bien équivoque dans le contexte européen et d’ailleurs dénoncée par les Allemands, il est à craindre que comme il y a sept ans, on en voie rapidement les conséquences : une nouvelle hausse des importations de lait de consommation, structurellement produit moins cher outre-Rhin. Mais dans un sens, la situation est désormais plus grave. Car entre-temps, les quotas ont disparu. 

LIBERTÉ DE PRODUIRE, MAIS À QUEL PRIX ?

La suppression des quotas signifie tout simplement que l’on encourage désormais celui qui produit plus et vend plus. Il n’est pas assuré que cela aurait été le choix de tous les acteurs français de la filière, mais c’est assurément celui de l’Union européenne, dont la France ne saurait aujourd’hui se désolidariser. La stratégie européenne est simple et cohérente : dans un monde où la demande en produits laitiers est aujourd’hui forte, car tirée par la demande des émergents, un produit comme le lait, à la fois basique, complètement substituable et d’une richesse extrême en ce qui concerne la variété des débouchés a tout son avenir devant lui. Or, les régions définitivement aptes à dégager des excédents ne sont guère nombreuses : les États-Unis, les grands États d’Océanie et... l’Europe. Et plus précisément en Europe, trois régions : d’abord les trois pays du Nord-Est que sont les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne – auxquels devrait s’adjoindre bientôt la Pologne ; ensuite, l’Irlande ; et puis la France, si sa filière laitière s’en donne les moyens.

4re

Ces volumes supplémentaires sont destinés à fournir des produits industriels : poudre maigre ou grasse, beurre, lactosérum, fromages industriels tels le cheddar. Ils n’ont pas vocation à répondre à une demande directe du consommateur mais sont indispensables à la confection de produits plus élaborés, dont ils constituent une composante importante, et dont la diversification, présente et à venir, est assurément très riche.

Ces produits industriels sont directement exposés à la conjoncture des marchés internationaux. Leurs cours n’est pas structurellement bas, mais en revanche tout à fait volatil et à peu près imprévisible au-delà de quelques mois, voire quelques semaines. Cela est dû au fait que la survenance relativement brutale d’événements - sécheresse estivale en Australie, épidémie dans les élevages américains, ou même volonté nationale de « pousser » la production en vue d’engranger des devises par un pays peu présent (le Brésil par exemple) sur le marché international - aura une incidence rapide sur les cours de ces matières, qui vont flamber ou se détériorer très rapidement. Dans l’immédiat, c’est, de façon simultanée : la croissance des volumes produits partout dans le monde, un coup d’arrêt de la demande chinoise et la poursuite de l’embargo russe, qui provoquent un excédent de l’offre. On est aux antipodes des produits élaborés que l’addition d’un terroir, d’un processus de fabrication et d’un contingentement maîtrisé préserve de fluctuations brutales.

Un autre choix aurait pu être fait, à l’image du Canada qui a choisi, tout à l’opposé, de maintenir un contingentement strict et des prix garantis, dans le souci premier de préserver le tissu de production domestique en lien direct avec la demande intérieure. Mais il est sûr que la décision européenne - qui mûrit en fait depuis la fin du siècle précédent, a pour conséquence une exposition aux soubresauts de la confrontation offre-demande. Toute la question est de savoir comment en tirer bénéfice.

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

COMMENT LA FILIÈRE FRANÇAISE S’Y EST-ELLE PRÉPARÉE ?

Toutes les grandes régions laitières européennes citées précédemment ont fait savoir qu’elles se mettaient en ordre de bataille pour aborder ces nouveaux marchés. Des prévisions de croissance proches de deux chiffres ont été annoncées et les dépassements anticipés ont montré de quoi certains pays de l’Union étaient capables - d’où s’est d’ailleurs en suivie une brève polémique sur l’opportunité de sanctionner les dépassements de quotas à la veille de leur abolition. En France aussi, surtout à l’Ouest, on a pu entendre parler de projets d’accroissement de la production en lien avec le potentiel d’un nombre conséquent d’exploitations laitières, parmi les plus performantes.

Le modèle français de l’industrie laitière est original, dans le sens qu’il cumule une gamme très élargie de produits laitiers à forte valeur ajoutée, produits de grande consommation et d’appellations protégées - à laquelle seule, en Europe et peut--être dans le Monde, l’Italie, qui elle, est déficitaire en lait, peut se comparer - et un potentiel excédentaire suffisant pour prendre place parmi les pays exportateurs. Cependant, il apparaît vite que l’exploitation simultanée de ces deux atouts n’est pas facile, surtout s’agissant d’un produit comme le lait.

6e

Il est indéniable que les filières laitières souffrent d’une carence de concertation entre les producteurs et leurs laiteries, alors que leurs sorts sont si intimement liés : les uns livrent quotidiennement un produit fragile, qui doit être protégé immédiatement et conditionné durablement sous quarante-huit heures ; les autres doivent réceptionner un flux très régulier pour satisfaire une demande nettement plus fluctuante, ce qui impose une anticipation très pointue de la destination optimale. En outre, s’agissant d’un produit fongible et substituable comme le lait, il est primordial que la combinaison de la variation des volumes livrés et des cours pratiqués ne vienne pas mettre à mal la valorisation du produit par l’industriel et a fortiori la rémunération de l’éleveur.

Le législateur européen s’en est préoccupé. Il en a résulté l’obligation pour les laiteries d’accepter de contractualiser avec des Organisations de Producteurs (OP). L’objectif est de rééquilibrer le rapport de force tout en assurant aux entreprises de transformation l’approvisionnement dont elles ont besoin. Et on constate qu’en France, après six mois de liberté de produire, les relations créées doivent encore mûrir. Les choix d’OP horizontales (par territoire) ou verticales (par laiterie collectrice), ainsi que leur calibrage, sont encore très incertains.

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

PRIX UNIQUE OU DOUBLE PRIX ?

Pour la grande majorité des entreprises, on constate que se dégagent deux manières d’aborder la question du prix : une partie d’entre elles offre un prix unique au producteur ou à son organisation, tandis que l’autre propose des prix différenciés.

❙ Les premières offriront un prix unique, qui peut se situer plutôt dans le haut de la fourchette pratiquée, grâce aux débouchés dont elles disposent, mais en laissant peu de latitude au producteur en matière de volume. Ce prix moyen unique au producteur est alloué sur la base d’un volume maximal convenu qui pourra intégrer les hausses de production qu’il prévoit, en fonction de ses débouchés.

Beaucoup d’entreprises privées se retrouvent dans ce modèle, pour deux raisons : d’une part parce qu’elles considèrent qu’il leur appartient à elles seules de construire leur calcul de rentabilité ; d’autre part parce que, positionnées essentiellement sur des produits de marques ou d’appellation, elles ne prévoient pas de contribuer plus que précédemment à la fourniture de volumes excédentaires sur le marché des produits industriels, ce qui aurait pour conséquence de mettre à mal leur mix-produit. Les plus importantes, multinationales du lait, voient d’ailleurs que le marché français devient progressivement minoritaire dans l’éventail de leurs activités : elles entendent simplement préserver leurs positions commerciales dans un pays dont la consommation de produits laitiers élaborés stagne, voire décroît doucement.

9e

 

Bien entendu, toutes les laiteries qui adoptent cette formule de double prix ont pour premier objectif de rechercher des nouveaux débouchés valorisants. L’émergence d’une demande asiatique en produits à haute exigence sanitaire, tels les laits maternisés à destination de la Chine, ne doit cependant pas faire illusion : les opportunités existeront, mais peuvent s’avérer limitées à la fois en volume et dans le

❙ Les secondes, à l’inverse, proposent deux prix : le premier - prix A - correspond à leurs débouchés normatifs, souvent valorisants, et s’applique sur un volume qui est en fait un héritage de l’ancien quota. Le second - prix B – est clairement tributaire des cours mondiaux des produits industriels. Il est donc beaucoup plus volatil - ce qui ne signifie pas toujours plus bas, comme on l’a déjà constaté. Les grands groupes coopératifs ont souvent promu ce modèle, à la fois par souci de transparence, et pour pouvoir respecter leur obligation de collecte sans réserve auprès de leurs associés-coopérateurs. On peut aussi estimer que ces entreprises caressent l’objectif d’être les contributeurs majeurs du maintien, voire de la progression de la place du lait français au sein du marché européen et mondial.

On peut analyser que d’une certaine manière, à l’inverse des autres industriels, ceux qui choisissent de pratiquer deux prix imposent à leurs livreurs de partager avec eux les incidences de leur contribution accrue à l’approvisionnement des marchés internationaux. Et ce n’est pas par hasard que ces derniers temps, les frictions constatées s’observent particulièrement dans les rapports entre elles et leurs éleveurs, car ceux-ci sortent tout juste d’une longue période, celle des quotas (1984-2015), où ils ont sans aucun doute appris à produire plus, mieux (en qualité) et moins cher, mais guère à « encaisser » les fortes variations de cours qui s’observent depuis moins de dix ans.

10e

Temps. A long terme, hors produits traditionnels et de grande consommation à destination du marché domestique et un peu vers l’export, c’est bien vers des produits industriels que s’oriente la tendance mondiale aujourd’hui, ce qui a pour conséquence qu’il faudra un jour ou l’autre apprendre à produire nettement moins cher.

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

UN RETARD DE RESTRUCTURATION DE LA FILIÈRE À RATTRAPER À MARCHE FORCÉE

Aujourd’hui, force est de constater que face à la crise des prix, la filière française révèle des retards de restructuration, tant en amont qu’en aval. En effet, si le prix proposé par les laiteries ne satisfait pas les producteurs, c’est avant tout parce qu’une partie de ceux-ci ne produisent pas à des coûts de revient suffisamment compétitifs. Et comme c’est au sein même de l’Union européenne que ce déficit de compétitivité se fait sentir, il n’existe guère de solutions, hormis le rattrapage.

En effet, la fin des quotas met en lumière l’ambiguïté du modèle d’élevage laitier français : la filière paie aujourd’hui brutalement le choix de trente années de gestion départementalisée des quotas, qui a plus qu’ailleurs préservé la répartition géographique des volumes. Au moment où l’on mesure la place qu’a pris le coût de collecte dans le prix à payer par le transformateur, il devient flagrant que les seuls volumes laitiers pérennes hors des territoires à forte densité d’élevage sont ceux qui trouvent un débouché à forte valeur ajoutée, comme les fromages d’appellation. La période qui s’ouvre verra forcément s’accélérer le transfert des volumes surtout vers l’Ouest, et vers les marges Nord et Est du territoire national.

La démographie des exploitations laitières va jouer un rôle important dans la restructuration à venir. Les départs naturels conduisent à une réduction minimale du nombre d’exploitation de 15 % d’ici 5 ans, de plus d’un tiers d’ici 2030. Compte tenu de la répartition des aides européennes, désormais largement liées à la préservation environnementale du territoire, il restera sans doute plus d’opportunités aux élevages des régions de piémont et de montagne de percevoir des revenus non directement liés à la production. La conséquence, c’est que le nombre des exploitations s’y réduira peut-être moins vite et que leur taille s’accroîtra plus lentement. En revanche, à l’Ouest, entre la capacité à intensifier, la déprise humaine attendue et la contrainte des prix, les agrandissements de fermes se poursuivront et l’émergence d’un modèle laitier résolument industriel, à l’image de ce qu’on observe désormais couramment en Europe du Nord, ne fait pas de doute.

Reste à gérer, et ce n’est pas le moindre aspect, l’acceptation sociétale de ce nouveau modèle plus compétitif. Dans un avis courageux émis fin 2014 (1)  le Conseil National de l’Alimentation mettait en garde le monde agricole et agro-alimentaire sur la distorsion croissante entre la réalité de cette industrie et l’image idéalisée trop souvent véhiculée auprès du consommateur (« Martine à la ferme »). L’enjeu est d’autant plus fort dans le domaine laitier qu’on ne peut nier que cette filière dispose d’une bonne image, en général. Pour éviter qu’elle ne s’abime, une information plus sincère sur les pratiques nécessaires devient urgente.

Dans l’immédiat, la crise de cet été a eu le mérite de souligner que les éleveurs vivent naturellement très mal de ne pas pouvoir se rémunérer correctement. Il est possible aussi qu’elle ait été exacerbée par l’incertitude du contexte où les prix payés s’effondrent : la concomitance de la fin des quotas en avril et de la chute des prix au deuxième trimestre décourage les producteurs, d’autant qu’ils ne prennent toujours connaissance de leur rémunération qu’avec près de deux mois de retard... D’autres pistes sont à examiner pour espérer revenir à une détermination apaisée du prix du lait. 

QUELLES AUTRES PISTES QUE LA DIFFÉRENCIATION DES PRIX ? 

Hormis la gestion des volumes par la différenciation des prix, il existe de façon habituelle deux manières de gérer le risque de prix, pour un produit soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande : recourir aux marchés à terme ou à un système assurantiel.

11e

❙ Les producteurs céréaliers et leurs acheteurs connaissent bien les marchés à terme. Le principe consiste à assurer par avance un prix de vente en procédant à la vente d’un contrat à terme sur un volume équivalent, contrat racheté à l’échéance. L’intérêt est de neutraliser en majeure partie un risque de baisse du cours d’ici à la récolte, moyennant une prime d’autant plus importante que les anticipations d’évolution sont fortes. Sur le marché à terme, les producteurs rencontrent en principe des acheteurs potentiels qui ont, pour leur part, intérêt à se couvrir à terme d’une hausse éventuelle des cours. Malheureusement pour que cela fonctionne, le produit considéré doit être stable physiquement et très précisément formaté. On est donc très loin du lait frais et des préoccupations des éleveurs.

Un tel marché pourrait en revanche intéresser les industriels du lait, qui assureraient ainsi leur propre prix de vente. Un marché à terme de la poudre et du beurre existe aux USA, mais il n’a pour l’instant jamais pris corps en France. A cela rien d’étonnant, d’une part parce que le mix produit global français reste en lui-même suffisamment valorisant, d’autre part parce que l’incertitude sur les volumes et l’approvisionnement est aujourd’hui à peu près nul pour les acheteurs des éleveurs. Compte tenu des primes de risques, le recours au marché à terme ne peut se révéler attrayant.

❙ Tout à fait à l’opposé de la philosophie du marché à terme, où chacun cherche individuellement la meilleure rémunération présente et à venir de son produit, il est intéressant de se pencher sur la construction d’un système assurantiel qui garantisse un prix ou une marge minimum au producteur. Le système mis au point par les autorités américaines sur les productions agricoles vise à indemniser les agriculteurs lorsque la marge calculée se situe sous un seuil minimum. Appuyée sur une aide financière significative de la part des autorités fédérales, dans le cadre du Farm Bill, le premier palier - plutôt réduit - de cette aide s’applique moyennant une contribution symbolique. En revanche, la souscription d’une garantie de marge plus élevée demande un effort nettement plus conséquent à l’éleveur.

A l’image de ce qui est fait aux États-Unis, le recours à des systèmes assurantiels est sans doute une piste intéressante, qu’au demeurant, certains des principaux syndicats de producteurs européens demandent aux autorités de Bruxelles de creuser pour offrir aux éleveurs un outil de compensation efficace, en cas de marasme durable sur les prix. Mais le coût de sa mise en œuvre pourrait se révéler élevé, alors que la restructuration des filières laitières déjà accomplie dans la plupart des pays européens rend son intérêt immédiat peu évident.

Sans attendre, certains industriels commencent à mettre au point avec leurs éleveurs des systèmes de garantie de marge sous conditions : ce n’est plus un prix, mais bien une marge qui est garantie au producteur, avec cependant une contrepartie de taille : le respect de seuils technico-économiques concernant les charges d’exploitation : le but étant bien entendu de conduire l’agriculteur à réduire ses coûts de revient. L’intervention de l’industriel au cœur de la conduite de l’élevage devient encore plus forte et c’est là une option que tous les producteurs ne sont pas prêts à prendre.

En définitive, la solution à la question du prix du lait passe par une question préalable : l’éleveur souhaite-t-il avant tout sécuriser son revenu, au risque d’un « lissage » de sa rémunération et d’une intrusion plus forte de l’aval dans la gestion de son outil ? Ou bien entend-il pouvoir continuer à bénéficier des périodes de cours élevés, en gardant plus d’indépendance vis-à-vis de l’industriel qui lui prend son lait, mais avec le risque de travailler régulièrement à perte ? La volatilité croissante des cours internationaux qui va découler d’une ouverture accrue des marchés des produits industriels laitiers tendrait à conseiller la première option, comme plus raisonnable. Mais est-ce envisageable en même temps que les mutations de l’agriculture confortent le statut d’entrepreneur indépendant de l’éleveur laitier ? 

[vidéo] Lait : quelles pistes pour un apaisement de la filière ?

UN NOUVEAU FARM BILL POUR LES ÉLEVEURS :

Outil financier alloué par le Congrès à l’exécutif américain, destiné à permettre la mise en œuvre de la politique publique des États-Unis pour sécuriser à la fois l’agriculture et l’aide alimentaire aux plus démunis, le Farm Bill est déterminé pour une durée de cinq ans. Le nouveau Farm Bill (2015-2019) s’est montré particulièrement innovant vis-à-vis des éleveurs laitiers, en ajoutant au soutien traditionnel de prix minima une offre fédérale de sécurisation des marges. Chaque année et pour un an, l’éleveur choisit d’assurer une part de sa production de référence (entre 25 à 90 %) en déterminant une marge à protéger comprise entre 4 USD et 8 USD pour 100 livres (soit environ 6 à 12 $ cents par kilo). Cette marge est calculée chaque mois par l’USDA et la compensation est perçue lorsque celle-ci descend sous le niveau choisi pendant deux mois consécutifs. Pour le niveau de protection minimal de 4 USD/100 livres, l’inscription est forfaitaire, à 100 USD/an. Au-delà, la prime à verser peut atteindre 1,36 USD/100 livres.

Bien entendu, le fait d’appuyer l’indemnisation sur une marge calculée par les autorités fédérales en fonction du prix du lait et du coût des intrants oblige l’éleveur à contrôler sa propre marge, et par voie de conséquence à rester vigilant sur ses propres coûts de production.

 Source : Centre d’Étude et de Prospective, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

                                                                                            source : dossier PRISME n° 10 - octobre 2015 - voir tout le dossier en pièce jointe.

Pièces jointes

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 2

Beber12

Traitez plus pour gagner moins ! Vous y serez pour du boulot en plus. Ce n'est pas nouveau sauf qu'il y a maintenant beaucoup trop de capital engagé pour un entrepreneur individuel....et pas assez de marge pour motiver un apporteur de capitaux.

s

et la piste de la transformation

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires