Agroforesterie : Planter des arbres pour mieux valoriser ses parcelles

Cyrielle Delisle

Le remembrement des parcelles agricoles s'est accompagné de la disparition de beaucoup d'arbres et de haies. L'agroforesterie leur permet de faire un retour sans pénaliser les méthodes actuelles de culture.

« L'agroforesterie est un système de production qui associe sur une même parcelle des arbres à des cultures ou des arbres à des pâtures », explique Fabien Liagre d'Agroof, bureau d'études en agroforesterie. Cette association pouvant paraître incongrue est pourtant loin d'être farfelue. Elle est connue depuis l'Antiquité. Dans les pays industrialisés, l'agroforesterie a massivement régressé au xxe siècle, en raison du développement de la mécanisation. Aujourd'hui, cette technique s'y est adaptée pour être compatible à la mécanisation de l'agriculture.

L'agroforesterie était autrefois une pratique courante dans de nombreuses régions. Depuis cette technique revient au goût du jour mais en s'adaptant aux techniques modernes. (Agroof)

L'agroforesterie était autrefois une pratique courante dans de nombreuses régions. Depuis cette technique revient au goût du jour mais en s'adaptant aux techniques modernes. (Agroof)

Des arbres multi-services

Actuellement, la surface conduite est estimée à environ 160 000 hectares dont 140 000 sont des pré-vergers, association d'arbres fruitiers et de pâturages.(1) Sur les 20 000 hectares restants, on retrouve des associations de cultures intercalaires avec des fruitiers, de cultures intercalaires avec des arbres à bois… A chaque région, sa déclinaison. On peut citer les associations de pêchers et maraîchage dans le Roussillon, de noisetiers avec grandes cultures dans le Sud-Ouest, d'oliviers avec vigne en Méditerranée, de chênes truffiers associés à la lavande en Drôme provençale ou encore des pommiers bocagers en Normandie…
Avec l'augmentation du coût des intrants et du pétrole, l'arbre est un ‘système' redevenant particulièrement apprécié. « En effet, l'arbre agricole fournit du bois de chauffe, ainsi que du bois d'oeuvre sans apport d'intrants. La filière bois est par ailleurs très demandeuse en feuillus précieux de qualité de plus en plus difficile à trouver et que l'agroforesterie est en mesure de produire », explique Fabien Liagre.

Les études menées par l'Inra « ont montré que le mélange bois-culture est plus productif que la séparation des arbres et des cultures sur des parcelles différentes. Sur une même surface, on peut compter obtenir une productivité supérieure de 30 à 40 % voire 50 % en mélange grâce à la complémentarité du bois et de la culture pour le partage des ressources en eau, lumière et nutriments. Non seulement, les arbres poussent plus vite, en quarante ans, on peut envisager de faire une récolte pour certaines essences, mais ils possèdent également une croissance plus régulière. Ils sont donc de très bonne qualité », précise Christian Dupraz, chercheur agroforestier à l'Inra.

Le rôle écologique des arbres est à mentionner. Ils ont en effet un impact positif sur la fertilité des sols et sur le taux de matière organique. Une parcelle agroforestière permet de stocker de 1,5 à 3 tonnes de carbone par hectare selon la densité et la vitesse de croissance des arbres grâce à la mortalité racinaire des arbres. La stimulation et la diversification de l'activité biologique et de la faune sauvage sont aussi à citer. Grâce aux arbres, nous remettons de l'écologie dans les cultures », ajoute Christian Dupraz. Autres rôles écologiques importants, la captation des nitrates que les cultures laissent échapper, un bilan hydraulique positif (meilleure infiltration des pluies, réduction de la transpiration des cultures…). On peut également citer les effets bénéfiques des arbres par leur effet brise-vent et leur ombrage sur le comportement animal.
Dans les systèmes agroforestiers modernes, les arbres sont établis en lignes avec un espacement interligne de 25 à 50 mètres, défini en fonction de la largeur des machines agricoles pour une densité de 30 à 100 arbres à l'hectare.

Fabien Liagre, Agroof : « Aujourd'hui, l'agroforesterie se développe car les collectivités s'y intéressent de plus en plus. » (Agroof)

Fabien Liagre, Agroof : « Aujourd'hui, l'agroforesterie se développe car les collectivités s'y intéressent de plus en plus. » (Agroof)

 

Ne pas se tromper d'arbres

« Ces préconisations garantissent la production de la culture jusqu'à la récolte et le maintien du revenu agricole. Il ne faut par ailleurs pas choisir l'espèce d'arbre uniquement en fonction de son intérêt économique. On ne plante pas du noyer partout ! Un diagnostic pédoclimatique est à réaliser au préalable avec un conseiller pour déterminer l'espèce qui conviendra le mieux à son type de sol », prévient le spécialiste de l'Inra. Les experts de l'agroforesterie préfèrent par ailleurs associer des cultures d'hiver ou une prairie à des arbres, car leur croissance étant plus précoce, elles forcent les racines de l'arbre à descendre, lui procurant un enracinement en profondeur très efficace sur le long terme et une meilleure résistance face à la sécheresse.
« Une contrainte de ce système est la demande régulière de soins des arbres. Un suivi rigoureux à l'implantation est nécessaire. Les premières années, il faut désherber autour des jeunes arbres pour éviter la végétation concurrente. Les dix à vingt premières années, un élagage annuel est également obligatoire », explique Fabien Liagre.

Christian Dupraz, Inra de Montpellier :  « L'association arbres-cultures se traduit par une amélioration de la productivité par rapport à une production de bois et de céréales en culture pure. » (DR)

Christian Dupraz, Inra de Montpellier : « L'association arbres-cultures se traduit par une amélioration de la productivité par rapport à une production de bois et de céréales en culture pure. » (DR)

 

Un investissement pour l'avenir

L'arbre permet de capitaliser pour l'avenir et de créer un patrimoine pour les futures générations. « On estime l'investissement à l'implantation à 10 €/arbre (protection, plants…) mais des mesures de soutien sont disponibles en Europe. Elles couvrent jusqu'à 70 % du coût jusqu'en 2013 en fonction des régions », estime Fabien Liagre.
Du point de vue économique, la rentabilité est comparable à celle des systèmes agricoles classiques. Christian Dupraz recommande de mettre progressivement en place 20 % de la SAU en agroforesterie car au-delà de ce seuil, le revenu diminue et le temps de travail engendré par les arbres est trop important. A ce niveau, l'exploitant peut estimer un doublement de son revenu au moment de la récolte des arbres. Des questions subsistent. Le développement de cette technique nécessite des travaux de recherche sur des variétés de céréales et de plantes fourragères adaptées à l'association avec des arbres.

Comparaison du rendement de céréales entre une culture de plein champ et une parcelle agroforestière

 

Les premières années, le rendement des cultures intercalaires est compris entre 80 et 90 % du rendement en culture pure. Les dernières années avant la récolte du bois, ce rendement varie en fonction de l'espacement des lignes d'arbres. Les experts de l'agroforesterie préconisent une distance entre les lignes d'arbres égale à deux fois la hauteur de l'arbre adulte (courbe jaune). (Source : Agroof)

Les racines passent en dessous des cultures, captant ainsi les éléments minéraux que les céréales laissent échapper. (Source : Inra)

Les racines passent en dessous des cultures, captant ainsi les éléments minéraux que les céréales laissent échapper. (Source : Inra)

 

Source Réussir Bovins Viande Février 2010

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