Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir : Nous demandons des explications sur la divergence des prix »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

L'UFC Que choisir a publié une étude fouillée sur l'écart grandissant entre les prix agricoles et les prix en rayon de la viande. L'effet d'aubaine datant des crises de l'ESB est loin de tout justifier.

Quels enseignements donne votre étude de l'écart entre prix agricoles et prix en rayon des viandes ?

Alain Bazot - Entre 1990 et 2008, alors que le prix agricole du boeuf a baissé de 10 %, le prix en rayon de la viande de boeuf a augmenté de 47 %. Nous avons estimé l'impact des surcoûts apparus dans la filière bovine depuis 1990 : mesures de sécurisation de la filière après les crises de l'ESB (traçabilité, taxe d'équarrissage, déséquilibre avant-arrière), coûts croissants de la main-d'oeuvre et de l'énergie. Or la modélisation que nous avons faite sur l'exemple de l'entrecôte, ne permet d'expliquer que 2 € à 2 € 30 d'augmentation au kilo, sur les 8 € au kilo que cette pièce a gagné, soit un tiers de l'augmentation totale. Nous interpellons donc la distribution sur les deux tiers restants qui demeurent parfaitement inexpliqués.

Alain Bazot : « Il est urgent de faire toute la lumière sur la construction des prix alimentaires. » (UFC-Que choisir)

Alain Bazot : « Il est urgent de faire toute la lumière sur la construction des prix alimentaires. » (UFC-Que choisir)

Comment a joué cet effet d'aubaine lors des crises de l'ESB ?

A. B. - Une certaine opacité résulte du défaut de données publiques, sur le détail précis des charges à chaque étape intervenant entre l'éleveur et le consommateur. Les quelques indices intermédiaires publiés par l'Insee ne sont disponibles que depuis 2000 et ne permettent donc pas de savoir comment s'est répartie précisément la valeur avant cette date, notamment lors des deux crises de la vache folle. Or c'est justement à cette époque que s'est constitué cet écart entre prix agricoles et prix en rayon. Cependant, malgré l'insuffisance de chiffres officiels, on constate par exemple depuis 2000 que le prix de gros à Rungis de la viande bovine suit de très près les évolutions à la hausse et à la baisse du prix agricole, à la différence des prix en rayon qui connaissent une croissance aussi linéaire qu'inexplicable.

Cet effet ciseau est-il dû au développement du marketing, au niveau d'élaboration des produits… ?

A. B. - Il est effectivement très surprenant de voir cet effet ciseau continuer à s'accentuer après la fin de la crise et en l'absence de surcoûts nouveaux. En matière de marketing par exemple, les frais restent globalement réduits, s'agissant d'une filière où la majorité des volumes sont vendus sans marque. Quant à la valeur ajoutée nouvelle, on ne peut pas dire non plus qu'il y a eu une révolution de l'offre au rayon boucherie qui pourrait expliquer la progression continue des prix en rayon. C'est donc bien un des prolongements nécessaires de notre étude que d'obtenir des professionnels qu'ils livrent enfin aux consommateurs les détails de la formation de leurs prix.

Que peut-on savoir de l'évolution des prix intermédiaires entre le producteur et le consommateur ?

A. B. - Une certaine opacité résulte du défaut de données publiques, sur le détail précis des charges à chaque étape intervenant entre l'éleveur et le consommateur. Les quelques indices intermédiaires publiés par l'Insee ne sont disponibles que depuis 2000 et ne permettent donc pas de savoir comment s'est répartie précisément la valeur avant cette date, notamment lors des deux crises de la vache folle. Or c'est justement à cette époque que s'est constitué cet écart entre prix agricoles et prix en rayon. Cependant, malgré l'insuffisance de chiffres officiels, on constate par exemple depuis 2000 que le prix de gros à Rungis de la viande bovine suit de très près les évolutions à la hausse et à la baisse du prix agricole, à la différence des prix en rayon qui connaissent une croissance aussi linéaire qu'inexplicable.

L'Observatoire des prix et des marges peut-il être un moyen d'avancer ? Y-a-t-il volonté politique ?

En tant que membre du Comité de pilotage de l'Observatoire des prix et des marges*, nous allons bien sûr demander que cette instance se saisisse du problème. A ce titre l'UFC-Que Choisir et la FNSEA envisagent une communication commune sur la construction des prix alimentaires.
Il semble qu'il y ait également une volonté politique de faire la lumière. Mais les informations publiées jusqu'à présent ne sont pas à la hauteur des attentes générées par les annonces gouvernementales. L'observatoire s'est contenté de donner les niveaux d'évolution des marges sans publier leur montant, ce qui n'est d'aucune aide pour connaître les processus de formation des prix.

* créé en février 2008.

Source Réussir Bovins Viande Mars 2009

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