Alerte infécondité des béliers : Pour limiter les effets de la fièvre catarrhale en élevage ovin, détecter les béliers infertiles

Christian PETIT / Dr Didier GUERIN - D'après une information CIIRPO

Face à la forte pression virale fièvre catarrhale de cet été en Creuse, les impacts en élevage ovin, au-delà des mortalités, peuvent concerner de manière très significative les béliers d'où l'importance d'une approche préventive.

Se trouvant sur le front de l'épizootie de fièvre catarrhale, les élevages ovins creusois ont été largement touchés par cette maladie. Pour diverses raisons (disponibilité du vaccin, retards dans les demandes d'intervention…), nombre d'élevages se sont trouvés confrontés à la maladie avec des impacts à court terme dont les mortalités et à moyen terme dont les infertilités des béliers.

Un nombre d'élevages touchés conséquent, une vaccination efficace

A ce jour, une suspicion clinique ayant donné lieu à une confirmation virologique de la maladie a été enregistrée dans 348 élevages. Seulement 11 élevages valablement vaccinés (sur 882 enregistrés à ce jour) ont fait l'objet d'une confirmation positive sur au moins un animal, représentant moins de 20 ovins sur 70.900 qui ont été vaccinés. Cette situation est plutôt rassurante et confirme bien l'efficacité du vaccin. Cependant, des impacts sur la fertilité peuvent exister sur des animaux chez lesquels des signes cliniques n'ont pas été observés. Etant donné la mise en place tardive de la vaccination par rapport à la circulation virale, tout bélier sera à contrôler de manière spécifique pour limiter les conséquences catastrophiques d'une infertilité.

Une formation des éleveurs à la détection des béliers infertiles

Devant cette alerte, ce lundi 29 septembre, la Chambre d'Agriculture, les Organisations Professionnelles, CCBE et CELMAR, avec la participation de Laurence SAGOT du CIRPO et de la Fédération Départementale Ovine, ont organisé un après-midi de formation des éleveurs à la détection des béliers infertiles, à partir de l'examen des testicules. Dans le cadre des informations sanitaires hebdomadaires, le GDSCC, en concertation avec les promoteurs de cet après-midi et afin d'informer le maximum d'éleveurs, vous précise dans cet article les points essentiels à partir des éléments développés dans la plaquette d'information du CIRPO et observés sur les béliers à l'occasion de cet après midi.

 

Des luttes d'automne sous haute surveillance

La mise en lutte dans les élevages va donc demander une vigilance particulière avec une prise en compte de cette problématique béliers basée sur deux éléments :
Les béliers vus malades au cours de l'été ou de l'automne ne doivent pas lutter avant le prochain printemps. Ils présentent de forts risques d'être infertiles pour 3 mois minimum.
Pour les béliers non-vus malades, la palpation des testicules permet de détecter une partie des béliers infertiles. Ceux qui présentent des défauts visibles à l'oeil nu ou palpables au toucher sont inaptes à la reproduction pour une durée d'au moins 3 mois.
Les points à prendre en compte dans l'examen visuel sont les suivants : à l'observation, sur un animal au repos vue de l'arrière, les testicules doivent être suffisamment volumineux, bien symétriques, d'égales grosseurs et descendre au moins jusqu'au niveau du jarret. La palpation permettra de préciser ces différents points. De plus, il sera pratiqué un palpé plus approfondi de la queue de l'épididyme, situé à l'extrémité de chaque testicule, à la base des bourses, c'est la réserve où se trouvent les spermatozoïdes. Au palpé, on doit avoir une sensation de volume bien gonflé et souple. Si une partie dure est palpable, le bélier est infertile. Les mâles repérés infertiles ne doivent en aucun cas être mis en lutte. Malgré cet examen, les contreperformances de certains mâles ne sont pas à exclure.

 

Des solutions à envisager pour pallier une pénurie de béliers, une vigilance pour les éventuelles introductions

En cas de manque de béliers pour cet automne, trois solutions de remplacement, telle que l'insémination, l'achat de béliers ou l'utilisation d'agneaux pubères de plus de 8 mois issus de l'élevage sont à envisager. Concernant, l'achat de béliers, au-delà de l'investissement que cela constitue, il sera également pris en compte les risques sanitaires que toute introduction représente. Dans ce cadre, le GDSCC propose le billet de garantie conventionnelle avec une prise en charge de 50% des frais d'analyses (contrôles sanitaires et génotypage). Pour l'utilisation de jeunes agneaux, il sera bien intégré la perte génétique importante que cela peut entrainer à moyen terme.

Un repérage rapide des brebis vides

Dans ce contexte d'incertitude et de suspicion qui pèse sur la fertilité des béliers, il devient indispensable de repérer le plus rapidement possible les brebis vides, pour les luttes de fin d'été et de début d'automne. Le constat de gestation par échographie reste la solution la plus fiable quand elle est réalisée par un opérateur expérimenté. Celle-ci peut être réalisée à partir de 45 jours après le retrait des béliers. Son coût se situe entre 0,50 € à 1,20 € par brebis. La technique du harnais marqueur est une autre solution, mais moins fiable que l'échographie. Les béliers touchés par la fièvre catarrhale restant ardents, une partie des brebis marquées à la craie peuvent ne pas être pleines. Il convient dans ce cas de changer la couleur des craies des harnais marqueurs après 17 jours de lutte, si plus de 30% des brebis sont de nouveau marquées avec de nouvelles couleurs, ceci caractérisera qu'un ou plusieurs béliers sont stériles.

Une adaptation du mode de conduite de la lutte

Même si toutes les précautions sont prises lors du tri des béliers pour la mise à la lutte, des contreperformances de certains mâles ne sont pas à exclure. Afin de maitriser au mieux ce risque, il est recommandé :
• D'adopter un ratio mâle/femelle supérieur, soit 1 bélier pour 25 à 30 brebis.
• De préférer des lots de lutte de taille importante, plutôt que de petits lots de brebis avec 1 ou 2 béliers, les conséquences d'un bélier stérile sont alors amoindries.
• De privilégier des périodes de lutte courte. Avec des animaux bien préparés, une durée totale de deux cycles, soit 40 jours, est suffisante pour optimiser les résultats de reproduction. De plus cette technique permettra le repérage des brebis vides plus rapidement.
• Dans le cas de plusieurs lots constitués, il est envisageable de faire tourner les béliers tous les 17 jours. Attention à ne pas trop « bousculer » le troupeau lors de cette manipulation, le remède deviendrait alors pire que le mal.

Conclusion

Les risques d'infécondité et donc de baisse du niveau de productivité sont largement accentués cet automne par rapport à cet épizootie de fièvre catarrhale. Il est donc nécessaire, plus que jamais, que tous les acteurs s'impliquent avec rigueur et détermination et appliquent consciencieusement les principales règles que nous venons d'évoquer.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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