Alimentation : Des repères sur l'efficacité alimentaire des régimes broutards

Sophie Bourgeois

Les régimes lait, foin et concentré pour broutards ont été étudiés par l'Inra. Les Salers se distinguent par une consommation importante de lait et les Limousins valorisent légèrement mieux le lait et le concentré.

Au fur et à mesure que la production de lait de sa mère diminue, et que son appareil digestif évolue vers une fonction de ruminant, le broutard boit de moins en moins de lait et consomme de plus en plus de fourrage, et éventuellement du concentré quand il en dispose. À quel rythme s'opère cette transition et comment est valorisée l'énergie de ces trois sources alimentaires ? L'équipe de recherche sur les herbivores de l'Inra a étudié le sujet à l'unité expérimentale des Monts d'Auvergne de Marcenat, dans le Cantal.
L'essai portait sur des veaux Salers et Limousins âgés de trois à neuf mois. Ils étaient maintenus en bâtiment pour pouvoir mesurer les consommations alimentaires, et têtaient leur mère deux fois par jour.

Les veaux Salers, dans les trois conduites étudiées, ing§rent plus de lait que les veaux Limousins. (F. d'Alteroche)

Les veaux Salers, dans les trois conduites étudiées, ing§rent plus de lait que les veaux Limousins. (F. d'Alteroche)

Modalités de conduite

Trois modalités de conduite ont été comparées. Dans la première, les broutards disposaient du lait de leur mère et de foin à volonté.
Dans la seconde, un apport supplémentaire de lait leur était offert avec en plus de celui de leur mère, l'offre de celui d'une vache laitière une fois par jour, du foin à volonté et pas de concentré.
Dans la troisième, les broutards accèdaient à une offre croissante avec l'âge d'un concentré, en plus du lait de leur mère et de foin à volonté. Cet apport de concentré d'1 UFL et 215 g MAT/kg MS, « presque à volonté », correspond à des pratiques de distribution au nourrisseur. Il a représenté de 0,5 kg à 4,5 kg bruts par jour.

Quantités de lait bues

« Les quantités de lait bues ont diminué régulièrement, en suivant la diminution de production des mères », note Florence Garcia-Launay de l'Inra. D'importantes différences dans l'ingestion de lait ont été mises en évidence entre races et modalités.
• Les veaux Salers, à qui on offrait du lait à volonté, se distinguent par une consommation largement supérieure à celle des autres lots. Ils ont, au bout de quatre semaines, atteint un pic de consommation à 9 kg par jour pour 100 kg de poids vif. Leur consommation moyenne entre l'âge de 3 et 9 mois s'est alors établie à 5,5 kg/ 100 kg de poids vif par jour.
• Les veaux Limousins, disposant du même régime, ont consommé nettement moins, avec un pic à 6 kg/100 kg poids vif par jour au bout de cinq semaines et une moyenne de 3,6 kg/100 kg poids vif par jour. Ceux qui ont bu le moins de lait au cours de l'expérimentation sont les Limousins qui disposaient de concentré, avec 1,8 kg lait/100 kg poids vif par jour de moyenne. Les autres lots se situaient entre 1,8 kg et 2,8 kg lait/100 kg poids vif par jour. « Dans cette expérimentation, les quantités de lait bues sous la mère n'ont pas été modifiées par les apports supplémentaires de foin ou de concentré. »

La substitution entre lait et foin — quantité de foin ingérée en moins par kilo de lait bu en plus — a été en effet très faible, entre 0,03 et 0,07, et ne variait pas avec l'âge des animaux. « D'autres études suggèrent que la substitution entre lait et herbe pâturée est plus élevée, entre 0,15 et 0,3, voire même 0,6 et que le stade de développement de l'herbe influence fortement la substitution », remarque Florence Garcia-Launay.
Les consommations de foin ont varié entre 0,5 et 1,5 kg MS/100 kg poids vif par jour pour les différents lots au cours de l'expérimentation. Les lots qui ne recevaient pas de concentré ni de lait, autre que celui de leur mère, ont progressivement augmenté leur ingestion de foin pour atteindre des niveaux de 1 kg à 1,3 kg MS/100 kg poids vif par jour. Cet essai a aussi montré que lorsqu'un concentré est distribué, la substitution entre foin et concentré qui se met en place augmente régulièrement avec l'âge. À 3 mois, elle est de 0,23 (soit 0,23 kg MS de foin ingéré en moins pour 1 kilo de concentré ingéré en plus) et pour des broutards âgés de 9 mois, elle est de 0,64.

 

Efficacité comparable

Les broutards ayant reçu des apports supplémentaires de lait ou du concentré ont réalisé des croissances linéaires et de même niveau, autour de 1470 grammes par jour, et ceci pour les deux races étudiées. Par contre, la croissance de ceux qui ne disposaient que du lait de leur mère et de foin à volonté a fléchi après leur septième mois ; à 9 mois, ils pesaient en moyenne 65 kg de moins que les autres.
L'efficacité alimentaire moyenne était comparable pour les conduites avec apport supplémentaire de lait ou apport de concentré, que ce soit pour les Limousins ou les Salers. « L'utilisation de l'énergie est identique pour des compositions de rations variables, et est donc peu modifiée par l'augmentation de la densité énergétique », explique Florence Garcia-Launay. « Les Limousins ont néanmoins beaucoup mieux valorisé les régimes avec apport de lait ou de concentré, en réalisant 40 grammes par jour de croissance supplémentaire par UFL ingérée que les Salers, probablement en raison de la production laitière plus faible de leur mère. »
L'efficacité alimentaire des Salers pour les lots recevant un complément de lait ou de concentré s'établit autour de 265 grammes de gain de poids vif par UFL ingérée, contre environ 305 grammes pour les Limousins. Il a été aussi vérifié que l'efficacité alimentaire diminue avec l'âge et le développement des animaux, mais dans cet essai celle du lait est restée constante tout au long de la croissance des broutards.

Source : journées 3 R 2008.

Source Réussir Bovins Viande Avril 2009

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