Alimentation, facteur de risque : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire

Dr Didier GUERIN

Etant donné l'impact de l'alimentation sur le nombre et la santé des veaux, une approche globale et pragmatique de l'intendance alimentaire en troupeau allaitant constitue un acte de gestion incontournable de son élevage.

Maîtriser de façon raisonnée l'alimentation des vaches allaitantes, notamment aux alentours du vêlage, c'est donner toutes leurs chances aux veaux qui vont naître et être élevés. C'est aussi maintenir intact le capital animal d'une exploitation. Bien que les vaches allaitantes aient une faible production et qu'elles possèdent un puissant volant énergétique, protéique et minéral, veiller à la couverture à peu près correcte des besoins constitue une facette indispensable de la vue d'ensemble de l'élevage.

Une approche de l'impact sanitaire de l'alimentation

Cet article et ceux qui vont suivre dans les prochaines semaines présentent comme objectif, non pas une analyse détaillée des rations qui demande des spécialistes de l'alimentation mais une détermination des facteurs de risques de chaque élevage après observation des résultats du troupeau rapportés aux objectifs de l'éleveur. Pour répondre à ces objectifs, seront abordés dans cet article et les suivants :
Les bases du fonctionnement ruminal.
Les besoins de la vache allaitante et le cas particulier de la génisse.
Les impacts sur la santé, notamment des veaux, des insuffisances, excès ou déséquilibres alimentaires.
L'illustration par deux exemples : l'hiver 2007/2008 et le plan diarrhée creusois.
La synthèse des recommandations.
La démarche d'intervention en élevage.
Ce 1er article présente des éléments fondamentaux (d'où la nécessité d'une certaine attention dans la lecture) qui vont nous être utiles pour les prochaines explications.

Un fonctionnement ruminal essentiel à connaître

La disponibilité en nutriments est, évidemment, étroitement liée à la nourriture dont l'animal dispose, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, avec la nécessité de prise en compte du rôle clé que constitue le fermenteur ruminal. La qualité et la quantité des nutriments dépendent d'un grand nombre de facteurs liés au profil fermentaire et l'activité de la microflore :
• Le pH, grandement dépendant de la qualité de la salivation.
• La composition chimique des aliments et leur présentation physique.
• La vitesse de transit ruminal et la vitesse de résorption des acides gras volatils par les papilles.
Les nutriments mis à la disposition du ruminant sont principalement issus de la micropopulation de la panse qui transforme profondément les aliments et peuvent se répartir en trois catégories :
• Les acides gras volatils.
• La micropopulation morte riche en protéines.
• La partie de la matière organique non-dégradée.

 

La panse constitue un milieu complexe de 80 kg pour un volume d'environ 200 litres dans lequel disparaissent environ 60 à 65% de la matière organique, 40 à 70% de la matière azotée, 100% des glucides solubles, 60 à 90% de la cellulose et 80% des hémicelluloses. La population microbienne ruminale est composée de bactéries, protozoaires et champignons qui dégradent la matière organique, soit quelques milliards de microorganismes par ml de jus de panse pour environ 2 kg de matière sèche. La densité de population, son activité et la masse bactérienne quittant le rumen sont proportionnelles à la quantité d'aliments dégradables apportés par la ration et à la quantité d'énergie libérée, à condition que cette population dispose d'un apport suffisant de glucides simples fermentescibles, de constituants azotés simples, de minéraux (phosphore et soufre) et d'oligoéléments. De plus, la population doit être adaptée au substrat, ce qui ne sera pas le cas lors de changement brutal d'alimentation qui entraîne une modification profonde de la population microbienne dans les 15 jours qui suivent avec toutes les conséquences (diminution de la digestibilité, acidose…) et demande 2 mois pour retrouver un équilibre.

Une composition de la ration déterminante pour le niveau d'ingestion

La lignine des fourrages, parfaitement indigestible par les microorganismes, constitue l'obstacle majeur à la dégradation des glucides pariétaux. Sa teneur augmente avec l'âge de la plante, la digestibilité des hémicelluloses des graminées âgées se trouve ainsi réduite. La vitesse d'évacuation des particules est fonction de la densité et de la taille des particules alimentaires. Lorsque les aliments sont ingérés, les particules alimentaires sont dirigées par les contractions du rumen dans le sac dorsal. Seules sont évacuées du rumen par l'orifice réticulo-omasal (ORO) les particules denses de moins de 3 mm. C'est la dégradation de la matière organique fermentescible qui va densifier ces particules tandis que le recalibrage est l'oeuvre de la mastication lors de la rumination. Au-delà de la densité de la ration (énergie, protéines, minéraux…), la vitesse de transit va influer sur la capacité d'ingestion et donc la quantité des différents nutriments absorbés, la panse maintenant un niveau constant de remplissage.

Trois piliers régulateurs de l'ingestion

On peut distinguer trois piliers de la régulation physique ou volumétrique de l'ingestion :
• La quantité de parois ingérées et leur dégradabilité. La rapidité de la dégradation est inversement proportionnelle à la teneur en éléments indigestibles des parois au premier rang desquels on trouve la lignine et la cutine. Globalement, plus la ration est digestible, plus elle est ingestible car ce sont les constituants pariétaux, moins facilement réduits en fines particules qui, retenus plus longtemps dans le rumen, retardent sa vacuité.
• L'intensité de l'attaque microbienne. Son efficacité dépend de l'adaptation du milieu microbien au substrat (pas de changements de rations brutaux) et demande toute l'intendance, en particulier azotée et minérale.
• La possibilité pour les particules de transiter rapidement vers la caillette. Ceci est obtenu par leur fractionnement lors de la rumination. La présentation physique des aliments (taille des brins) va donc influer.

Une rumination salvatrice

L'intensité de la rumination détermine l'importance de la salivation (150 à 200 litres de salive quotidiens apportant 1,5 à 2 kg de bicarbonate) qui influe à deux niveaux :
• Contrepoids à l'acidité des AGV, elle est le facteur essentiel de la stabilité du pH grâce à sa basicité de 8,2.
• Elle contribue grandement à renouveler rapidement la phase liquide du rumen (5 à 12% par heure), facilitant la sortie rapide des digestats.

Les recommandations d'apports dans un prochain article

Le prochain article sur ce sujet abordera les besoins des vaches allaitantes avec un point particulier sur la génisse.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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