Amérique du Sud : Une hausse sensible du prix du bétail

François d'Alteroche

Depuis le début de l'année, le prix du bétail est en nette hausse dans les deux principaux pays producteurs d'Amérique latine.

Dans certains pays, gros producteurs de denrées alimentaires, la hausse des tarifs constatée ces derniers mois ne concerne pas seulement les productions végétales. Contrairement à ce qui se passe en France et en Europe, la viande bovine est elle aussi largement concernée par cette hausse.
« À Sao Paulo, le prix entrée abattoir des bouvillons de bonne qualité est passé d'environ 3,5 reais le kilo de carcasse en 2006 à plus de 6 reais fin septembre. Soit une hausse de 40 %, ce qui est considérable », expliquait Philippe Chotteau, responsable du pôle Économie à l'Institut de l'élevage lors des dernières journées portes ouvertes organisées à la ferme de Jalogny, en Saône-et-Loire.
Tous les producteurs brésiliens ne bénéficient pas de ces tarifs. Ces chiffres sont forcément un peu moins élevés en raison du transport pour les animaux produits dans le Centre Ouest du pays. Mais la tendance est la même. Compte tenu des évolutions du taux de change et de la réévaluation du real, une fois ces tarifs traduits en euro, la différence s'est considérablement réduite comparativement aux tarifs européens, qui eux n'évoluent guère. Pourquoi cette hausse si rapide ? Le phénomène est-il durable ?
« Le nombre d'animaux abattus au Brésil a été particulièrement élevé en 2007. Il a ensuite très nettement diminué jusqu'au début de 2009 et tend actuellement à repartir à la hausse », expliquait Philippe Chotteau.

En Argentine même si la viande se vend mieux, on assiste à une décapitalisation du cheptel au profit du soja et des céréales. (S. Lamy/Archives)

En Argentine même si la viande se vend mieux, on assiste à une décapitalisation du cheptel au profit du soja et des céréales. (S. Lamy/Archives)

Recapitalisation du cheptel au brésil

Cette légère diminution de la production associée au dynamisme de la demande intérieure qui est portée par la forte croissance économique brésilienne sont deux données clés pour expliquer cette hausse du prix des animaux. « Au Brésil, quand les populations les plus pauvres voient progresser leur pouvoir d'achat, les premiers produits achetés en quantité plus importante sont la viande bovine et le fromage. » La répartition entre les différentes catégories d'animaux amenées à l'abattoir est également intéressante à analyser.
« De 2005 à 2007, il y a eu un fort pourcentage de vaches dans les abattages. Cela traduisait alors un mouvement de décapitalisation du cheptel. Depuis 2008 ce pourcentage a diminué. » Les éleveurs brésiliens seraient donc actuellement en cours de recapitalisation pour leur cheptel et ce phénomène devrait se traduire dans les années à venir par une nouvelle hausse des tonnages produits d'autant plus que la tendance est à alourdir les carcasses.

Dans la Pampa

Les Argentins bénéficient aussi de tarifs nettement mieux orientés. « La production argentine a enregistré un record historique en 2009 avec 3,4 millions de tonnes équivalent carcasse. » Mais depuis le début de l'année 2010, c'est la chute. Cet été, le niveau mensuel des abattages argentins était quasiment un tiers moins élevé que l'an passé à la même époque.
Cette forte baisse de l'offre explique la hausse des prix. « Il y a eu ces dernières années une décapitalisation massive dans les élevages argentins. C'est tout particulièrement vrai dans la pampa avec des mises en culture de surfaces jusque-là consacrées à l'élevage. Et malgré la hausse sur la viande, vu les prix actuels du soja, on ne voit pas comment les vaches vont pouvoir revenir sur ces terres désormais consacrées aux cultures de vente. »
En Argentine, même si la viande se vend mieux, il est illusoire de penser qu'il y aura un phénomène massif de recapitalisation vers l'élevage bovin sur des exploitations qui se sont reconverties vers les cultures de vente. Remettre en place un troupeau est coûteux et pourquoi le faire alors que les céréales et le soja se vendent à bon prix !
Même si ce pays restera bien évidemment un gros producteur de viande bovine, il ne devrait pas pouvoir pour des raisons structurelles liées à la dimension de son troupeau et au fort niveau de la demande intérieure revenir de façon très importante sur le marché international.

 

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2010

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