Aubrac : Sibérie, terre d’élevage… dans le temps

C. Fournier

Jean-Pierre Lemarchand, directeur de Météo France Cantal, invité du syndicat aubrac cantalien.

Aubrac : Sibérie, terre d’élevage… dans le temps

 

“Trente pourcents du PIB national dépend de la météo, lance Jean-Pierre Lemarchand, directeur de Météo France Cantal, qui intervenait récemment devant les éleveurs d’aubracs Cantaliens. En France, le centre de Toulouse, alimenté par une dizaine de stations automatiques par département, entre dans ses ordinateurs 250 types de mesures.” Pression, température, humidité, vent, rayonnement solaire et hauteur de neige. “Même les réserves en eau du sous-sol, importantes dans le déclenchement des orages, car elle les alimente.” Tous ces paramètres analysés font avancer cette science : “Ainsi, tous les dix ans, on gagne un jour de prévision grâce aux ordinateurs et à la recherche. Dans deux à trois ans, dit-on, il sera possible de faire une prévision sur chaque commune. Il y a cinq ans, les monts du Cantal étaient vus comme une seule montagne. Maintenant, on arrive à voir se dessiner les grandes vallées.” C’est dire si la technique progresse, ce dont profite aussi l’agriculture pour laquelle on sait l’importance de la prévision du temps. Une météo enfin épaulée par 30 bénévoles par département qui, depuis 50 ans, collectent les mesures.

Le Cantal très ensoleillé

 “Ainsi, depuis 60 ans, nous sommes passés de 120 cm à 70 cm de neige en hiver et aussi à la moitié du nombre de jours enneigés.” Un Cantal où il fait froid mais où il y a aussi “un soleil pas possible mesuré par des satellites”. Le triangle Pierrefort-Saint-Flour-Chaudes-Aigues bénéficierait ainsi “d’un meilleur ensoleillement que Clermont et Massiac où il pleut deux fois moins qu’à Saint-Flour où les données météo sont collectées depuis 1923, le plus vieux fichier de collectes des données météo du Cantal”. Concernant la sécheresse 2011, Jean-Pierre Lemarchand est catégorique : “Sans la pluie de juillet, c’était catastrophique, mais il a quand même manqué dans l’année 15 à 20 jours de pluie” avec des disparités. L’Aubrac témoigne ainsi “d’un déficit plus accentué d’un tiers d’eau en moins sur l’année. Une partie Planèze a bien récupéré à l’automne”. En résumé, “cette sécheresse est la plus importante après 1953. Elle bat celle de 1976 où elle était limitée au premier semestre, ce qui ne veut pas dire qu’elle était moins sévère”.

De nouveaux producteurs

 Globalement, si partout en France, depuis 80 ans, “nous avons gagné un degré, autant en hiver qu’en été”, c’est bien le signe que “le changement climatique est là et il va s’amplifier”. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur l’agriculture : “Le Kazakhstan a déjà gagné quatre à cinq degrés, c’est énorme, et l’on prévoit 15 degrés de plus en 50 ans. C’est que la banquise fond. La glace réfléchissait les rayons solaires et empêchait donc terre et mer de (trop) se réchauffer. La perte de l’enneigement fait que le mouvement est exponentiel et que, dans les régions polaires, comme la Sibérie, les degrés vont monter et faire de ces régions des exportateurs de blé et de sérieux concurrents de l’élevage. Là où la terre était permafrost, se dessineront de très grandes prairies, et (ils) pourront devenir de grands producteurs agricoles.”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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