Avortements bovins : Face à des avortements. Agir de manière raisonnée lors de toute alerte

Marien BATAILLE / Dr Didier GUERIN

Avortements bovins : Face à des avortements. Agir de manière raisonnée lors de toute alerte

L'apparition d'avortements dans un élevage entraîne toujours des interrogations auxquelles il convient de répondre par un plan d'action raisonné.

En élevage bovin, l'avortement correspond à la mort et l'expulsion du foetus entre le 42ème jour et le terme de la gestation. Avant, il s'agit de mortalité embryonnaire et de mortinatalité lors du vêlage à terme d'un mort né.

Une déclaration obligatoire de tout avortement (police sanitaire de la brucellose)

En élevage bovin, les avortements doivent susciter une attention particulière du fait de l'incidence qu'ils peuvent avoir, tant sur le plan économique (perte du veau, décalage de lactation) que sanitaire, car ils sont souvent associés à des maladies contagieuses : brucellose, fièvre Q, chlamydiose, salmonellose, BVD… Rappelons que le 1er signe de brucellose est l'avortement et que la déclaration de tout avortement est obligatoire auprès de son vétérinaire sanitaire avec une prise en charge par l'Etat de tous les frais afférents à ce contrôle brucellose (frais de déplacement et d'intervention du vétérinaire sanitaire, frais d'analyses). Dans d'autres situations, ils peuvent être les premiers révélateurs du passage d'un agent infectieux ayant d'autres conséquences (ex. de la BVD).

Un plan diagnostic avortement lors de toute atteinte des seuils d'alerte

Dans tous les cas, dès que le taux d'avortement est supérieur à 2% sur une campagne ou à 3 cas repérés sur une courte période, une recherche de la cause permettra de mettre en place les mesures préventives indispensables pour juguler le problème et empêcher des pertes supérieures à celles déjà subies. Il est primordial de ne pas se focaliser sur des aprioris. C'est pourquoi le plan de diagnostic avortement est un outil indispensable afin d'améliorer l'identification des origines et ainsi d'élaborer un plan raisonné et adapté à l'élevage. Il intègre de simples, mais primordiales, mesures sanitaires et des recherches analytiques. La mise à disposition de nouveaux outils ces dernières années permet d'améliorer le taux d'élucidation. Le taux de réussite sera fortement dépendant de l'observation stricte des 5 étapes suivantes.

1) L'isolement impératif de la vache avortée, de l'avorton et du placenta ; le contrôle de l'eau et de l'alimentation

La 1ère phase de conseils initiaux peut paraître symbolique. Elle s'avère cependant essentielle quant à l'importance potentielle de l'épidémie que l'on risque d'observer au sein du troupeau. Dès la constatation d'un avortement et le plus rapidement possible, il sera isolé de façon systématique, la vache avortée, l'avorton et le placenta expulsé (en prenant les mesures d'hygiène nécessaires). Cela représente les premières dispositions à prendre pour éviter la contamination des congénères étant donné la forte charge infectieuse que peuvent présenter ces éléments et ainsi limiter la contamination du cheptel. La qualité de l'eau et de l'alimentation (ensilages mal conservés et contaminés par des rats, aliments avec des moisissures) s'avère primordiale car elles peuvent être de formidables relais de contamination, notamment en matière de contamination bactérienne.

2) Le recueil des commémoratifs

Le recueil des commémoratifs est indispensable même si parfois l'exploitation en est décevante. Les objectifs sont de définir la nature des avortements dans l'exploitation, de recueillir des renseignements cliniques (stade d'avortement) et épidémiologiques (lot concerné, mouvement d'animaux, signes particuliers) permettant d'orienter les recherches. Le calcul du taux d'avortement permet de se situer par rapport au seuil d'alerte : supérieur à 2% des femelles en production sur une année ou 3 avortements sur une courte période.

3) La prescription des analyses

La qualité des analyses dépend de la qualité des prélèvements (en particulier pour les recherches bactériologiques et mycosiques) et de la précision de la prescription qui sont du ressort du vétérinaire de l'élevage. Les grands principes retenus devant un épisode d'avortements répétés sont la recherche de l'agent pathogène sur la vache ayant avorté et/ou l'avorton dans la mesure où, pour l'agent concerné, il est admis ou démontré que l'excrétion est concomitante de l'avortement et la recherche des anticorps chez les vaches ayant avorté depuis plus de 15 jours. L'échantillon sera complété par des vaches ayant présenté des troubles de la reproduction compatibles avec l'intervention de l'agent (retours tardifs, métrites, …) sans oublier les mères de veaux morts-nés. Le statut immunitaire du troupeau peut s'avérer intéressant pour pallier le manque de sensibilité de certaines analyses et décider de la suite à donner. Pour la BVD, en élevage allaitant, les veaux après l'âge de 8 mois représentent d'excellentes sentinelles. Pour l'ehrlichiose, chez les vaches du groupe ayant une ou plusieurs avortées, la sérologie est la méthode de choix. En cas de leptospirose, c'est le seul moyen de détecter une infection du troupeau car les avortées ont tendance à être redevenues séronégatives au moment de l'avortement.

4) L'interprétation des résultats

Les résultats d'analyse ne donnent pas forcément la réponse : l'interprétation doit être faite de façon rigoureuse en tenant compte de la nature du prélèvement, du contexte… Les phases prescription – interprétation s'avèrent donc primordiales. Seuls, un choix rigoureux des animaux prélevés, des prélèvements, une prescription méthodique, une rigueur dans l'interprétation des résultats permettent de poser sinon un diagnostic de certitude, au moins un diagnostic de forte présomption, ou, et cela est loin d'être négligeable, d'éliminer certaines causes.

5) Le “ plan de prévention ”, quelles suites ?

Les suites à donner seront fonction du diagnostic mais également d'autres critères pour l'utilisation d'une politique basée sur la mise en place de seules mesures sanitaires ou associées à des mesures médicales (vaccinations, antibiotiques…) voire utilisant seulement des mesures médicales.

Une aide technique et financière de GDS Creuse

Pour les élevages confrontés à une problématique “ avortements ”, GDS Creuse intervient à deux niveaux. Dans le cadre de sa mission “ lutte contre les maladies contagieuses ”, en relation avec le vétérinaire en charge du suivi de l'élevage, il peut étudier les mesures sanitaires de 1ère urgence et les analyses à mettre en place. Dans le cadre de sa mission “ mutualisme ”, une prise en charge de 50% des frais d'analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan est effectuée.

En conclusion, une approche sanitaire et raisonnée

L'application d'un protocole “ avortements répétés ” donne des résultats “ positifs ” dans plus de 60% des cas. La présence de l'avorton pour réaliser les analyses permet de multiplier par trois ou quatre le nombre de chances d'obtenir un résultat de certitude. N'oublions pas que l'impact global d'une épidémie de maladies abortives sera fortement fonction de la qualité et de la rapidité de l'application des mesures sanitaires. On retrouve là encore le fameux adage que tout éleveur doit, maintenant, bien connaître : “ le respect des mesures sanitaires de base permet d'éviter 95% des problèmes sanitaires ”.

Source Groupement de Défense Sanitaire de la Creuse

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