Baisse de la productivité du troupeau : La FCO n'est pas le seul facteur en cause

Dr Sophie Mémeteau

Jusqu'à ce que le sérotype 8 du virus de la fièvre catarrhale arrive en Europe du Nord, on considérait la FCO comme une maladie des ovins. L'atteinte clinique des bovins fut donc une « nouveauté ».

Comme le laisse entendre son nom, la fièvre catarrhale ovine (FCO) est une maladie qui était connue pour toucher les ovins. Les bovins étaient considérés comme des réservoirs du virus, n'exprimant pas la maladie. Cela a complètement changé en 2007, quand les cheptels bovins ont également été touchés, jusqu'à représenter 80 % des cas recensés. Des travaux menés par l'Institut de l'élevage et par l'Anses, en lien avec de nombreuses organisations nationales et locales, ont cherché à évaluer l'impact technico-économique du passage de la maladie en 2007.

D'après une étude menée sur la base de données nationale d'identification, la FCO aurait provoqué une surmortalité d'animaux dans des cheptels déjà fragilisés. (Dr Guérin)

D'après une étude menée sur la base de données nationale d'identification, la FCO aurait provoqué une surmortalité d'animaux dans des cheptels déjà fragilisés. (Dr Guérin)

Des signes cliniques divers

Cela passe par l'étude de nombreux critères, dont le premier est la description du tableau clinique. Enquêtes et observations de terrains réalisées lors du passage du virus en 2007 dans le Nord et l'Est de la France ont permis de tracer les grandes tendances de la maladie chez les bovins.
Une grande diversité de signes, souvent associés, a été observée. Les plus fréquemment exprimés en élevage bovin allaitant étaient la fièvre, l'abattement, des troubles locomoteurs, du jetage, des ulcères et des croûtes sur le nez, et de la conjonctivite. Chez les veaux, on constatait essentiellement de la fièvre et du jetage. On a mis également en évidence un lien entre le passage du sérotype 8 et des troubles de la reproduction. Chez les vaches, cela s'explique par une prédilection du virus pour l'utérus des vaches gestantes, richement vascularisé. Il provoque des lésions vasculaires au niveau du placenta. Des contacts sont alors possibles entre le sang maternel et le sang du foetus. Ainsi, l'infection est associée à une augmentation de l'intervalle vêlage-vêlage, une baisse de la fertilité en général, des avortements, des vêlages prématurés, des mort-nés, ou encore des malformations des nouveau-nés. Chez les mâles, on a également observé de l'infertilité.

Variable d'un élevage à un autre

Une caractéristique de cette maladie est une très grande variabilité des situations dans les élevages, que ce soit sur le nombre d'animaux atteints, la gravité des signes observés et le taux de mortalité. L'état sanitaire des élevages semble un élément important dans l'expression clinique de la maladie. Le stade physiologique des animaux contaminés a également son importance, le stade le plus à risque étant la gestation. Une enquête menée dans 45 élevages a en effet montré des situations très différentes. En règle générale, les animaux adultes étaient les plus touchés, la maladie évoluant sur une période de plusieurs semaines, avec un taux de guérison le plus souvent supérieur à 90 % (taux de mortalité des animaux malades moyen de 3,2 %, le maximum observé étant de 13 %). Dans 60 % des élevages étudiés, aucune vache n'est morte de FCO. Par contre, si les veaux étaient moins souvent atteints, ils l'étaient de manière plus sévère, avec davantage de mortalité (taux de mortalité moyen de 9,5 %, les taux observés allant de 1 à 31 % dans les élevages enquêtés). De plus, une augmentation de la mortalité des veaux a été observée dans 38 % de ces élevages, sans pour autant que la FCO soit clairement identifiée comme la cause de cette mortalité.

Une étude a été menée également sur la base des informations de la BDNI, pour mettre en évidence une éventuelle surmortalité des bovins, liée au passage de la FCO. Ce travail s'est appuyé sur la comparaison d'élevages témoins (non connus infectés) et des élevages foyers (avec ou sans signes cliniques). Au final, on a observé sur le second trimestre de 2007 une surmortalité de 50 000 animaux (laitiers et allaitants) dans les élevages foyers. Les augmentations les plus importantes concernaient les veaux de 1 à 2 mois, ceux de moins de 7 jours et les bovins de plus de 10 ans. Concernant le cas particulier des bovins allaitants, on observe une mortalité des veaux de moins d'un mois en moyenne plus élevée dans les élevages foyers, mais la différence n'est pas réellement significative, du fait de la très grande hétérogénéité des situations dans cette catégorie d'élevage. De plus, on a constaté que les élevages foyers avaient déjà en 2006 un taux de mortalité des veaux plus élevé que les élevages témoins. Cela pourrait indiquer que la FCO a provoqué des surmortalités d'animaux dans des cheptels déjà fragilisés. Ces études permettent de dire qu'il y a un lien entre l'augmentation de la mortalité et le passage du virus de la FCO, mais n'établit pas un lien de cause à effet systématique. En effet, d'autres explications peuvent conduire, en partie, à cette conséquence. La mauvaise qualité des fourrages peut expliquer une moins bonne qualité de l'alimentation et donc une moins bonne protection des animaux, et en particulier des veaux, vis-à-vis d'autres problèmes sanitaires. Le contexte de la crise et les difficultés de trésorerie, ou le surplus de travail, ont pu amener certains à négliger certaines mesures de prévention.

Impact économique

L'impact technico-économique de la FCO 8 a été évalué à partir des données de 2007, en associant l'analyse des données de mortalité de la BDNI, la réalisation d'enquêtes en élevages foyers, et la modélisation de l'impact économique au niveau de l'élevage. Cette étude a été faite pour les différentes productions « ovins allaitants », « bovins allaitants » et « bovins laitiers ». En élevage allaitant, la FCO a pu entraîner des pertes économiques allant en moyenne de 6 % dans le cas d'impact faible de la maladie, à 17 % de la marge brute dans le cas d'impact fort. Dans ce dernier cas, la perte la plus importante observée a atteint 43 %. Cet impact économique tient compte de la mortalité et du nombre d'animaux malades, entraînant des pertes plus ou moins directes. Il y a un impact sur la performance des animaux : une baisse de production de lait a été observée qui pourrait expliquer une moins bonne croissance des veaux. Pour les animaux à l'engrais, la FCO s'est traduite par une baisse de la croissance des animaux touchés ou issus de mères malades, ce qui a conduit les éleveurs concernés à allonger la durée d'engraissement. La restriction des échanges commerciaux a particulièrement touché les éleveurs allaitants, avec dans certains cas, le blocage d'animaux. Enfin, les troubles de la reproduction ont conduit à une augmentation de la surveillance et à une diminution des naissances. A cela s'est ajouté un surplus de travail, estimé dans les élevages enquêtés entre 1 et 4 heures de travail supplémentaire quotidien. Dans certains élevages, on a pu ainsi aboutir à une situation économique et/ou psychologique critique, conduisant parfois à d'autres difficultés sanitaires.

Impact sur la reproduction

Mais une partie des conséquences de la FCO ne peut être perçue que de manière décalée dans le temps et n'ont pu être prise en compte dans ces premières études : l'infertilité, l'allongement de l'intervalle vêlage-vêlage… entraînent dans un premier temps une baisse du nombre de naissances, puis un décalage de ces naissances. Son évaluation et l'estimation de ses conséquences économiques ne peuvent se faire qu'a posteriori. Une étude de l'Institut de l'élevage est en cours pour évaluer la part réelle des deux épizooties successives sur le nombre de naissances (sur la base des données nationales recensées dans la BDNI).
En examinant quelques données locales (cf. p.18), on constate un effet général sur le nombre des naissances suite au pic important de FCO de l'été-automne 2008. Comme pour la surmortalité observée en 2007, la FCO est certainement en cause. Mais là encore peuvent aussi être incriminés des problèmes de fourrages de mauvaise qualité cette année-là. Les effets indirects de la FCO (trésorerie en baisse, temps passé…) ont aussi pu conduire à négliger certains aspects de surveillance et de prévention habituellement mise en oeuvre. Les études en cours devraient permettre de mettre en évidence la part réelle de la FCO à l'échelle nationale sur le nombre des naissances, et l'impact économique que cela a pu avoir dans la filière allaitante (déficit du nombre d'animaux sur le marché ou pour le renouvellement dans les élevages, modification des pratiques et des circuits commerciaux…).

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Bovins Viande de novembre 2010. (R. Bovins Viande n°176 p. 14 à 38).

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2010

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