Bâtiments d'élevage : Fini le temps des cathédrales

François d'Alteroche

Le coût de réalisation des stabulations du type « cathédrale » tend à devenir prohibitif par rapport aux revenus dégagés par les systèmes allaitants. D'autres solutions existent, mais il faut accepter de chasser les idées reçues.

En termes de bâtiments d'élevage, il existe d'autres possibilités que les seules « cathédrales » à plus de 2500 € la place ! Pour l'instant, le contexte économique a mis en sommeil bien des projets de construction, mais les besoins de modernisation demeurent, tant pour respecter les obligations de mise aux normes que pour améliorer les conditions de travail et la productivité. Toutes les opportunités ont toujours été bonnes à étudier pour réduire les coûts de construction, mais les contractions de revenus liées à cette crise qui s'éternise rendent plus que jamais nécessaire, cette recherche de solutions particulièrement économes. Le plein air est possible dans certaines exploitations. Il représente cependant un surcoût pour l'alimentation des animaux et un impact difficile à mesurer sur le niveau de production fourragère des parcelles dévolues à cet usage.

Les années 90 et 2000 ont été marquées par l'abandon massif des systèmes entravés et la vulgarisation de la stabulation libre. Suivant leurs possibilités de financement et leur disponibilité en paille, la plupart des éleveurs se sont alors orientés vers l'aire paillée intégrale, le couloir raclé ou le caillebotis. La plupart du temps, ces stabulations sont des structures en dur, aux volumes impressionnants, avec des coûts d'édification conséquents pour des investissements le plus souvent utilisés seulement cinq à six mois par an. Parallèlement à la construction de ces bâtiments « cathédrales », d'autres éleveurs avaient déjà pris à cette époque d'autres options pour réduire de façon sensible le coût de construction de leurs bâtiments. Ils avaient alors opté pour des structures plus légères, donc moins coûteuses avec une part importante d'auto-construction.

Une étude sur trois ans

Pour faire un point sur les différents bâtiments économes existants, l'Institut de l'élevage a procédé entre 2006 et 2009 à une étude dont les premiers résultats ont été dévoilés par Stéphane Mille et Jacques Capdeville, du service bâtiment et environnement, à l'occasion d'un colloque organisé dans le cadre du Sommet de l'élevage. Ce travail a consisté au suivi de 23 élevages bovins en production laitière et allaitante où a été mis en service un bâtiment dit « économe » en faisant un suivi du projet depuis son démarrage jusqu'à sa mise en fonctionnement. Le but des auteurs de cette étude était de présenter des solutions certes moins coûteuses, mais qui pour autant ne pénalisent pas les performances des animaux et maintiennent pour l'éleveur un confort de travail satisfaisant.
« Compte tenu du nombre de réalisations suivies, ces données ne sont pas exhaustives, mais elles permettent d'obtenir des indications sur le niveau des économies qu'il est possible de réaliser », expliquait Stéphane Mille. Ce dernier soulignait aussi dans son préambule que si le coût du bâtiment en lui-même est une chose, son coût de fonctionnement (paille…) doit lui aussi être bien appréhendé. A quoi sert d'avoir un bâtiment économique à construire si son usage est ensuite particulièrement dispendieux ?

Nouvelles solutions

Bien entendu, pour des éleveurs ou des techniciens attachés aux surfaces et aux volumes des stabulations traditionnelles, ces solutions peuvent paraître peu crédibles, car trop « légères ». « Ce ne sont pas des modes de logement adaptés à toutes les régions, mais cela permet d'élargir la gamme des solutions possibles. Tous les éleveurs n'ont pas forcément les mêmes attentes pour leurs bâtiments d'élevage, mais je comprends que certaines des solutions proposées puissent surprendre. Il est normal que les éleveurs s'interrogent, mais nous avons des arguments sur les volets performances des animaux, bien-être, conditions de travail, intégration paysagère et respect de l'environnement », précise Stéphane Mille.
Les éleveurs réticents pour envisager ces solutions sont ceux très attachés à l'image que peut véhiculer la qualité de la présentation et des abords de leur élevage. Un bâtiment dit « économe » a inévitablement moins d'allure qu'une magnifique et imposante construction en bois. C'est particulièrement vrai pour le public des sélectionneurs, très attentifs à donner une bonne image de leur exploitation auprès de leurs collègues et clients.

Mais l'objectif de cette étude n'est pas de convaincre tous les éleveurs d'opter pour des bâtiments économes. L'idée est davantage de présenter et de rappeler l'existence de ces solutions. Elles constituent autant d'alternatives qui méritent d'être analysées avec un oeil attentif. Bien entendu, tout n'est pas reproductible partout. Des facteurs comme l'altitude, la pluviométrie et la disponibilité en paille restreignent d'autant les possibilités.

Les bâtiments conventionnels simplifiés, les tunnels et les parcs stabilisés d'hivernage sont les trois pistes étudiées pour monter des bâtiments économes en élevage allaitant. (B. Griffoul)

Les bâtiments conventionnels simplifiés, les tunnels et les parcs stabilisés d'hivernage sont les trois pistes étudiées pour monter des bâtiments économes en élevage allaitant. (B. Griffoul)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Bovins Viande de décembre 2009 : « Fini le temps des cathédrales ». RBV n°166, p. 14 à 32.

Source Réussir Bovins Viande Décembre 2009

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