Bovins allaitants : Face à un taux anormal de vaches non-gestantes : diagnostiquer, analyser, agir

Dr Didier GUERIN

Face aux nombreuses observations faisant part d'un taux anormal de vaches non-gestantes, une approche rationnelle urgente s'avère nécessaire dans les élevages afin de limiter les conséquences.

Durant ces dernières semaines, nous sommes régulièrement alertés, au GDSCC, sur des situations anormales, de manière dramatique parfois, avec des taux élevés d'avortements ou de vaches trouvées non-gestantes dans certains troupeaux bovins allaitants. Face à cette problématique, une approche rationnelle et préventive peut s'avérer opportune pour en limiter les conséquences économiques.

Une forte pression départementale de la fièvre catarrhale…

En élevage bovin, l'impact majeur de la fièvre catarrhale, sérotype 8, se situe au niveau de son action sur la vache gestante, notamment la capacité du virus de cette maladie à traverser la barrière utérine et contaminer l'embryon ou le foetus. En cas de mortalité embryonnaire ou d'avortements précoces (1ère moitié de gestation), pas ou peu de signes sont alors observés chez la vache concernée qui est revue en chaleur quelques temps plus tard. Lors d'avortements plus tardifs, le foetus est remarqué, une non-délivrance peut être associée. Des complications de métrite aigüe ou chronique peuvent intervenir. En cas de non-mortalité du foetus, le virus peut entraîner des malformations congénitales vues au vêlage. Se situant au front de l'épizootie cet été et ayant connu une contamination massive, l'ensemble de la Creuse est concerné avec un gradient nord-est / sud-ouest. Au niveau des élevages, sont à risques tous ceux qui n'ont pas pu être vaccinés avant la forte circulation virale, soit tous ceux qui n'ont pas eu la primovaccination début juin avec, là aussi, une différenciation en fonction de la géographie mais également de la date de mise en place de la vaccination.

… sans oublier les conséquences des déficits alimentaires de l'hiver dernier

L'hiver 2007/2008 a été marqué par des fourrages de qualité moindre avec de multiples conséquences à court (mortalités chez les adultes), moyen (implications sur les veaux) et long termes (reprise de la fertilité postpartum retardée). Les explications vous seront apportées dans une prochaine série d'articles sur l'impact sanitaire de l'alimentation. Cette insuffisance alimentaire 2007/2008 a impliqué deux conséquences majeures concernant la problématique d'infécondité rencontrée actuellement dans certains élevages :
• Une période d'anoestrus (non-retour en chaleur) allongée de façon très importante pour certaines vaches. Cet anoestrus, au départ d'origine alimentaire a pu être prolongé par l'impact de la fièvre catarrhale.
• Une capacité de défenses naturelles diminuée. Les insuffisances énergétiques, protéiques et minérales engendrées par la sous-alimentation quantitative et qualitative de la période hivernale ont perturbé le système immunitaire et favorisé l'expression clinique de la maladie dont les atteintes embryonnaires et foetales.

Un état de gestation à constater avec un diagnostic différentiel pour pouvoir statuer sur l'avenir des vaches concernées

Afin de pouvoir anticiper un minimum, tout élevage suspect d'infécondité (avortements, vaches revues en chaleur… même en nombre minime) fera contrôler l'état de gestation de ses vaches. Cela permettra de quantifier la réelle part d'infécondité. Lors de la fouille rectale, pour les vaches vides, le vétérinaire vérifiera l'état de cyclicité de la vache et l'absence de métrite chronique, ces deux éléments étant nécessaires pour envisager un avenir reproductif pour l'animal. Dans le cas contraire, vache non-cyclée et/ou avec métrite chronique, l'avenir reproductif de cette vache est sombre et, ceci, d'autant plus que la période improductive a été importante. En fonction de ces différents éléments et du renouvellement disponible, une gestion rationnelle de ces animaux pourra être effectuée.

Pour les avortements en série, « une maladie peut en cacher une autre »

En préambule, rappelons que tout avortement doit être obligatoirement déclaré auprès de son vétérinaire sanitaire avec une prise en charge de la visite et de l'analyse brucellose dans le cadre de la police sanitaire de cette maladie. Lors d'alerte vis à vis des avortements (taux d'avortement supérieur à 2% sur une campagne ou à 3 cas répétitifs sur une courte période), un diagnostic précis est à mettre en place afin d'adapter les mesures de lutte et de prévention (voir article dans GDSCC Mémo n°7 ou sur www.gdscc.fr). En cette période particulière d'induction de nombre d'avortements par la fièvre catarrhale, il ne faut pas oublier que les autres maladies peuvent également intervenir et, donc, il ne sera pas négligé la recherche des autres causes. Rappelons que pour les élevages confrontés à une problématique “ avortements ”, le GDSCC intervient à deux niveaux. Dans le cadre de sa mission “ lutte contre les maladies contagieuses ”, en relation avec le vétérinaire en charge du suivi de l'élevage, il peut étudier les mesures sanitaires de 1ère urgence et les analyses à mettre en place. Dans le cadre de sa mission “ mutualisme ”, une prise en charge de 50% des frais d'analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan est effectuée.

Une remontée des données pour un retour individuel et collectif

Face à la situation actuelle, le recueil de données présente un intérêt tant individuel que collectif. Le GDSCC est donc intéressé par la remontée des données quant à la situation des différents cheptels vis à vis de la reproduction. Tout éleveur volontaire est donc invité à nous fournir ses données. D'un point de vue plus collectif à l'échelle du département, l'analyse, notamment, des bases de données d'identification sur l'ensemble de la campagne permet une analyse globale. Nous sommes en attente des chiffres pour les départements confrontés la saison dernière à la fièvre catarrhale. Nous ferons de même pour la Creuse à l'issue de cette campagne, l'été prochain. Dans l'attente, en relation avec l'EDE et la DDSV, nous sommes attentifs à certains critères d'alerte comme les mort-nés et les avortements.

En conclusion, en cas de suspicion, agir sans attendre

Face à toute suspicion d'infécondité dans son troupeau, un état précis de la situation s'avère nécessaire pour pouvoir initier une analyse précise et engendrer un plan d'action adapté. Pour tout renseignement complémentaire, n'hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou le GDSCC.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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