Bovins : la demande molle ne permet pas de dynamiser la filière

Jacques MATHE

Bovins : la demande molle ne permet pas de dynamiser la filière

L’évolution des marchés du maigre (export) et du gras (marché intérieur) ne semble pas impacter l’organisation de la filière bovine française. Dommage ! Année après année, le constat est identique. La demande dans les différents marchés de la viande bovine (maigre à l’export, en frais sur le marché français ou européen) se tasse et ne permet de revitaliser la filière bovine.

Pourtant on observe des modifications dans le comportement des consommateurs avec une attirance confirmée pour le steak haché qui limite le tassement général. Avec une conséquence sur le débouché du piéçage des carcasses. Les vaches de réforme représentent la moitié de la production bovine française et sont plébiscitées alors que les morceaux à griller des races de haute qualité bouchère sont plus difficiles à valoriser. La France reste d’ailleurs le premier débouché de la vache en Europe. L’étude de l’institut de l’élevage révèle le différentiel de prix très favorable aux éleveurs français sur cette catégorie d’animaux. Pourtant en un an, les prix ont diminué de -6% mais sur 5 ans, ils sont orientés à la hausse de +8%. 

Le marché du maigre pour sa part est déprécié en raison de la faiblesse de la demande des engraisseurs italiens impactés par la dégringolade de la consommation intérieure. L’exposition de l’élevage bovin maigre français aux marchés de l’export nécessite une vraie réflexion dans la filière pour imaginer des alternatives à ce débouché unique. Faut-il modifier notre offre sur nos clients historiques (type d’animaux, conditions de finition…) ? Faut-il se désengager des marchés historiques (Italie, Grèce, qui réalisent 80 % de nos exportations) pour se rééquilibrer vers d’autres clients (Maghreb, Moyen-Orient… ?) Quelles conséquences sur notre offre en maigre ? Bref des questions que la filière doit aborder pour donner les orientations et les signaux dans la conduite des ateliers bovins. Il est bien évident qu’à l’échelle des exploitations, l’évolution des débouchés à l’export aura des conséquences sur le métier de l’éleveur. 

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Les engraisseurs pour leur part sont plus orientés sur le marché français, notamment pour les races de haute qualité bouchère. Les prix ont fléchi depuis l’exceptionnel cru 2013/2014. Plus inquiétant, la demande des consommateurs en produits hachés les détourne des morceaux plus nobles, à griller. De sorte que l’équilibre matière devient plus problématique pour des animaux très bien conformés qui se valorisaient grâce à la demande sur les morceaux arrières. Enfin que ce soit en naisseur (surtout) mais aussi chez les engraisseurs, il faut insister sur l’intérêt économique de bien finir les animaux et spécialement les vaches de réforme. Gagner quelques kilos sur la finition est toujours rentable, sur le poids de la carcasse mais aussi sur le classement de l’animal.

La décapitalisation du cheptel bovins viande européen continue

Sur 4 ans la baisse atteint 4 % dans l’UE, avec un marquage fort en Grande Bretagne (-6,5%) ou Espagne (-8%). En France, elle se limite à -2.7% soit 130 000 vaches allaitantes en moins depuis 2010. Pourtant on note un regain dans l’Hexagone depuis un an avec + 16 000 VA.

Dans le même temps, on assiste à la reconstitution du troupeau laitier de l’UE Le moule à veau laitier devrait alimenter l’offre de viande (femelles et Jeunes bovins) dans les étals pour les années à venir, notamment sur le segment des viandes « tout venant ». 

Face aux contextes marchés, la redistribution des soutiens vers l’élevage aura-t-il un effet structurant, permettant l’adaptation du secteur naisseur aux marchés à l’export ? Ou bien jouera-il seulement le rôle de complément de revenu et pour certains éleveurs une incitation à ne pas modifier le pilotage de leur élevage ?

Source : CERFRANCE - Lettre Veille Economique - décembre 2014 - n° 40

 

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