Caroline Guinot, chef de projet environnement au CIV : Nous sommes face à une remise en question de la viande rouge »

Propos recueillis par Bernard Griffoul

Caroline Guinot, chef de projet environnement au CIV : Nous sommes face à une remise en question de la viande rouge »

L'élevage bovin français est victime d'une information réductrice quant à son impact sur l'environnement. Un discours qui contribue à la remise en question de la viande rouge.

Depuis quelques années, les bovins sont accusés de tous les maux avec des chiffres repris en boucle par les médias. Quels sont-ils et d'où proviennent-ils ?
Caroline Guinot - Suite à un rapport de la FAO(1), un certains nombre d'idées et de chiffres liés à l'empreinte carbone circulent en effet dans les médias. L'élevage serait ainsi responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. De son côté, l'Ademe affirme qu'un kilo de boeuf serait équivalent en émissions de gaz à effet de serre à 70 km kilomètres parcourus en voiture et un kilo de veau à 220 km. La thématique de la compétition alimentaire est également très clairement reprise avec notamment ce chiffre indiquant qu'un kilo de viande bovine pour être produite nécessiterait sept kilos de céréales ou encore, un boeuf offre 12 fois moins de repas que les céréales qu'il aura consommées, selon la fondation Nicolas Hulot. Dans le registre de la consommation d'eau, un kilo de boeuf nécessiterait 20 000 litres d'eau pour être produit. Nous sommes confrontés àa une information mondialisée qui ne correspond pas à la réalité des systèmes d'élevage français.

Quels chiffres pouvez-vous opposer à cette vision simpliste de l'élevage ?

C. G. - Pour mieux comprendre ces chiffres, nous avons réalisé deux études avec l'Institut de l'élevage. Au sujet de la quantité de céréales nécessaire pour produire un kilo de viande nette, en faisant une moyenne pondérée de tous les systèmes de production, nous arrivons (en kilo de matière sèche par kilo de viande commercialisable) à deux kilos de céréales (ou coproduits), 0,80 kg de concentré azoté, 3,7 kilos de maïs ensilage et 25 kg d'herbe. Ces chiffres relativisent la notion de compétition alimentaire pour les céréales en montrant notamment que les bovins en France consomment surtout de l'herbe. Le chiffre qui circule sur l'eau est très contestable aussi parce qu'il prend en compte toute l'évapotranspiration des cultures et prairies qui ont servi à nourrir le bovin. En excluant cette évapotranspiration, nous arrivons à 200 litres par kilo de viande commercialisable. Pour les gaz à effet de serre, la méthodologie de calcul est encore en construction, y compris à la FAO. Mais, la FAO et l'Ademe(2) ont entériné le principe d'inclure le stockage de carbone dans les bilans de l'élevage.

Quelles conséquences peuvent avoir ces attaques contre la viande rouge sur la consommation ?

C. G. - De l'information, on arrive rapidement à la prescription sur les gestes à faire en matière d'environnement. Aujourd'hui, nous sommes face à une remise en question de la viande rouge dans les collectivités et auprès des acheteurs particuliers. De plus en plus d'écoles et de collectivités établissent leur bilan carbone. Un des gestes simples parfois conseillés par des consultants consiste à diminuer la consommation de viande rouge dans les cantines pour améliorer le bilan carbone. L'obligation d'intégrer 20 % de produits bios dans les cantines d'ici à 2012 pourrait conduire aussi à une diminution de la consommation. Nous constatons auprès des acheteurs qu'une des solutions pour intégrer ces produits bios, qui coûteront beaucoup plus cher, serait de faire des économies sur la viande rouge.

Quelles actions va mener le CIV dans les prochains mois pour contrecarrer cette désinformation ?

C. G. - Nous souhaitons participer de plus en plus à des salons liés à l'environnement et à la consommation durable pour aller à la rencontre d'un public différent. Nous souhaitons étendre l'information auprès du grand public sur l'élevage en France, en utilisant des supports de masse, pour les rassurer vis à vis des images de feed-lots qu'ils ont pu voir et leur montrer que les systèmes français ont des vertus écologiques. Nous voulons également aller auprès des prescripteurs qui diffusent des informations nous semblant erronées pour discuter avec eux et essayer de se mettre d'accord sur des données et sur une méthodologie de calcul.

(1)Chargée des dossiers environnement au Centre d'information des viandes, Caroline Guinot a notamment réalisé une brochure sur l'élevage et l'environnement intitulée « l'actu » dédiée aux adolescents, téléchargeable sur le site du CIV : www.civ-viande.org.
(2)FAO : Agence de l'alimentation et de l'agriculture des Nations Unies.
(3) Ademe : Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2009

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