Ces kilos de jeunes salers purs qui valent des euros

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15

Lors d’une première journée consacrée à la valorisation des salers via des cycles courts de finition, l’intérêt, les itinéraires et points de vigilance de ces productions ont été exposés.

Il y a les discours et il y a les chiffres, les éleveurs étant bien évidemment plus attentifs aux seconds. Vendredi, lors de la première d’une série de réunions organisées par la Chambre d’agriculture sur l’engraissement des voies mâles et femelles salers(1), les chiffres, justement, ont parlé : 113 euros de marge brute(2) par tête de très jeune bovin (TJB) engraissé (filière Salers primeurs du Cantal) en ration sèche et 224 €/tête pour des veaux conduits en ration maïs ensilage. Des marges loin d’être négligeables donc à l’heure où rien n’indique que la prochaine campagne du maigre ne sera pas aussi hiératique que celle qu’ont vécue les éleveurs de broutards cantaliens à l’automne 2012. À l’heure aussi où, comme l’a affiché Gilles Amat, élu Chambre, en introduction de cette matinée proposée en lien avec le GDA de Maurs sur l’exploitation de Bernard Lacoste à Saint-Antoine, la demande n’a jamais été aussi pressante du côté des abattoirs.

Maître-mot : trier les veaux

Mais alourdir des veaux salers ne s’improvise pas, même sur un cycle court qu’ont détaillé Bernard Lafon (Bovins croissance) et Yannick Péchuzal (Service références). Le facteur de réussite prépondérant ? Avant tout la rigueur apportée au choix des animaux à engraisser : en ne retenant que des veaux de 320-330 kg minimum (en dessous, une phase transitoire s’impose), présentant une bonne croissance de la naissance au sevrage (1,15 kg GMQ(3) minimum, en-deçà le retard ne se rattrape plus), alliant de la longueur, du volume et du muscle sur les filets et arrondis de culotte. “On n’insistera jamais assez sur le tri des animaux, dans les lots on voit des GMQ qui vont du simple au double, a abondé Martial Benoit d’Estivaud (Groupe Altitude), soulignant la nécessité de pesées régulières des animaux. Si on fait une erreur sur l’alimentation, ce n’est pas à la fin qu’il faut s’en apercevoir.” Des animaux dont la morphologie doit s’approcher finalement de celle d’une vache laitière, dont ils sont amenés à prendre le relais dans les rayons. Les tests réalisés durant quatre ans par le Syndicat salers, la Chambre d’agriculture et le Groupe Altitude, de même que ceux conduits plus récemment avec la SVA-Jean-Rozé ont en effet démontré que des veaux purs salers, abattus entre 14 et 16 mois autour de 600 kg vif disposent des meilleures caractéristiques - tant en termes de texture, saveur et couleur - pour se substituer à des laitières qui font aujourd’hui défaut.

Une quarantaine de personnes dont une bonne vingtaine d’éleveurs ont suivi les exposés autour de ces voies de valorisation des veaux salers.

Rations, bâtiment, surfaces : tout est question d’équilibre

Autres exigences de la conduite de ces TJB : une mise en lot groupée avec des petits lots homogènes dans un bâtiment aéré, ventilé et si possible isolé des autres animaux. “Le premier objectif est de répondre aux besoins des animaux, on leur demande d’être performants, il faut donc leur en donner les moyens”, a insisté Bernard Lafon. Traduction : l’élaboration d’une ration équilibrée, là encore proche du régime d’une laitière, est indispensable, avec une analyse de fourrages préconisée en amont. Selon les ressources fourragères de l’exploitation, deux types de rations sont envisageables : ration sèche avec foin-enrubannage d’herbe et regain, ou ration maïs ensilage (voir ci-contre). En ligne de mire : atteindre un GMQ minimum de 1,25 kg de la mise en lot à l’abattage et un poids vif fini autour de 600 kg pour un poids carcasse compris entre 320 et 350 kg (rendement 58 %). Sachant que pour Bovins croissance, l’animal exprime son potentiel d’engraissement entre 450 et 600 kg, “après, la croissance ralentit”. Pour y parvenir, pas question d’un service minimum côté distribution : distribution deux fois par jour, eau d’abreuvement maintenue propre, sel toujours disponible. De même en régime maïs, la paille doit être accessible en libre service et renouvelée ; tandis qu’en ration sèche, quantité et qualité des fourrages et concentrés sont primordiales, tout comme de marier les types de fourrages en association avec du foin. Ce schéma est-il envisageable pour tous les éleveurs ? À certaines conditions, ont répondu les experts de la Chambre d’agriculture. “Un veau de plus, c’est des besoins en plus” : 1,2 tonne de foin sur le cycle pour un TJB par exemple. Des facteurs limitants sont donc à prendre en compte dans ce secteur de Maurs et la Châtaigneraie où les chargements sont souvent élevés. Immobiliser cinq à dix broutards ou babynettes pose donc la question du bâtiment, des surfaces fourragères en l’absence de stocks... Si l’éleveur doit acheter du fourrage, la marge brute descend au-dessous de 50 €, autant dire que ce n’est plus viable, a précisé Yannick Péchuzal. Autre option : remplacer quelques hectares de céréales par du maïs, une piste qui conduit à une valorisation du TJB bien plus intéressante. Enfin, en ration maïs, il s’avère tout aussi - voire plus - rentable de remplacer quelques vaches allaitantes non primées par des TJB en restant cependant vigilant à l’équilibre stocks/pâtures.

(1) Les itinéraires et résultats de la production de babynettes (génisses croisées) ont également été présentés et feront l’objet d’une future communication. (2) Hors amortissement bâtiment, eau, électricité et rémunération de l’éleveur. (3) Gain moyen quotidien.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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