Chaulage : Maintenir le pH du sol des prairies permanentes au-dessus de 5

Sophie Bourgeois

Dans les prairies dont la flore est sensible à la toxicité de l'aluminium, le pH de l'eau des cinq premiers centimètres du sol doit être maintenu au-dessus de 5 afin de préserver des conditions favorables à la croissance des plantes.

Dans les prairies permanentes ou temporaires de longue durée, la trop forte acidité du sol a pour conséquence d'induire la toxicité de l'aluminium qui affecte la nutrition des plantes. « Dans ce cas, l'aluminium est présent sous des formes toxiques qui réduisent la croissance d'autant plus que leur concentrentration est importante dans la solution du sol. Les racines sont courtes, épaisses et peu ramifiées et ne permettent qu'un accès limité aux réserves d'eau et d'éléments minéraux dans le sol », explique Pierre Castillon d'Arvalis Institut du Végétal(1).
La flore d'une prairie est plus ou moins sensible à la toxicité de l'aluminium (voir graphi- que). Les espèces les plus intéressantes sur le plan fourrager – ray-grass, fétuques, dactyle – sont aussi les plus sensibles. Certaines espèces tolèrent la toxicité aluminique, mais leur productivité est généralement assez faible et leur qualité ne permet pas de satisfaire les besoins d'animaux à haut niveau de production.
Si l'eau de pluie dont le pH d'équilibre avec le CO2 atmosphérique est de 5,6 contribue à acidifier les sols basiques ou faiblement acides, la forte acidification observée dans certaines prairies est principalement due à l'oxydation de l'azote ammoniacal ou organique et à la production de substances acides par les racines.

Apport de marnes sur une prairie permanente. La forme de l'amendement ne doit pas être trop grossière. (S. Bourgeois)

Apport de marnes sur une prairie permanente. La forme de l'amendement ne doit pas être trop grossière. (S. Bourgeois)

Flore plus ou moins sensible

Pour les prairies permanentes, le chaulage s'impose donc finalement pour maintenir le pH eau des cinq premiers centimètres du sol au-dessus de 5,0 si des espèces peu tolérantes à la toxixité aluminique sont présentes.
L'idée que les légumineuses sont plus sensibles à un pH faible du sol est répandue. En réalité, elles ne le supportent pas plus que les graminées, selon Arvalis Institut du Végétal. « Une fois implantée, la luzerne peut supporter des pH eau nettement inférieurs à 6,0 qui est le pH requis pour permettre l'installation rapide des bactéries fixatrices d'azote sur les racines. Par contre, en raison de la fixation symbiotique d'azote sur les racines qui induit une absorption plus importante de cations (K+, Ca2+, Mg2+) que d'anions (NO3-, H2PO42-, SO42-…) les légumineuses tendent à acidifier le sol plus rapidement que les autres espèces. Il faut donc surveiller le pH du sol quand les légumineuses sont abondantes dans une prairie. »
Si la prairie permanente comporte des espèces tolérantes à la toxicité aluminique, chauler n'améliore pas la production de la prairie. Dans ce cas, seule la fertilisation N P K permet d'améliorer la production même à un pH inférieur à 5.

(Source : Arvalis Institut du Végétal)

(Source : Arvalis Institut du Végétal)

 

Minéralisation accrue de la matière organique

On parle de chaulage de redressement si le pH est inférieur à 5. Un chaulage d'entretien consiste à maintenir le pH au-dessus du seuil de toxicité aluminique. Sur prairie, l'apport ne peut être réalisé qu'en surface et n'agit à court et moyen terme que sur les premiers centimètres du sol. Les modifications de pH en profondeur ne se manifestent qu'à très long terme.
Les effets du chaulage sur le fonctionnement du sol et de la prairie sont multiples. D'abord, le chaulage augmente la vitesse de minéralisation de l'azote de la matière organique du sol. Mais cet effet, dû à la dispersion d'une fraction de la matière organique du sol, est d'autant plus intense que le sol est acide et la dose d'amendement élevée. Il est aussi variable selon le type de sol. Cela représente de zéro à, dans le meilleur des cas, un supplément de fourniture d'azote par le sol de 60 kg N/ha. Cet effet décroît avec le temps et cesse en général après une à trois années, indépendamment du pH du sol.
Le chaulage a aussi un effet sur les états chimiques des autres éléments. La disponibilité du phosphore est maximale pour un pH voisin de 6. Les amendements contribuent à accroître la concentration de calcium dans la solution du sol et enrichissent l'herbe en cet élément après un chaulage. Bore, manganèse, zinc, cuivre… voient leur disponibilité réduite par le chaulage. La sensibilité des espèces prairiales aux carences en ces oligo-éléments est toutefois très mal connue. Enfin, l'effet du chaulage sur l'évolution de la flore est difficilement prévisible. Dans les prairies permanentes, l'élévation du pH ne peut permettre l'émergence dans la prairie d'espèces sensibles à la toxicité de l'aluminium que si ces espèces sont introduites, soit par sur-semis soit grâce à leur présence dans l'environnement proche.

Pour en savoir plus, voir le dossier de Perspectives Agricoles n°374, janvier 2011.

Source Réussir Bovins Viande Avril 2011

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