Coccidioses bovines. Gérer les facteurs de risque de votre élevage

Dr Didier GUERIN

Coccidioses bovines. Gérer les facteurs de risque de votre élevage

Facteurs de risque coccidiose => Le danger « coccidiose » est fortement lié aux facteurs de risque présents dans votre élevage qui permettent de limiter l’immunité et d’augmenter la pression infectieuse.

La coccidiose demeure la plus courante des parasitoses digestives du veau. Alors que les coccidies sont présentes dans 85 % des élevages, seuls 20 % sont confrontés à de la coccidiose (plus de 15 % des veaux présentant des symptômes de coccidiose). Sont présentées dans cet article les conditions permettant l’expression de la coccidiose. Retrouvez les éléments fondamentaux sur les coccidies et la coccidiose dans notre précédent article du 28/02/2014 sur notre site.

Une ingestion massive d’ookystes et de l’immunodéficience pour une coccidiose

De nombreux facteurs interviennent dans l'installation puis dans l'expression de la coccidiose, parmi ceux-ci, deux semblent essentiels :

  • L’ingestion massive d'ookystes sporulés grâce à la capacité de multiplication de ce parasite (potentiellement, un ookyste ingéré peut engendrer trente deux millions nouveaux ookystes !) dans un milieu défavorable et souillé.
  • La multiplication active du parasite chez le veau grâce à la présence de stress, de déséquilibres alimentaires et de parasitisme associé, sources d'immunodéficience.

Comme pour la cryptosporidiose, on observe dans un même lot, la coexistence de veaux et/ou de jeunes bovins porteurs, excréteurs à bas bruit, non malades. Ces derniers sont sources de contamination de sujets plus réceptifs, multiplicateurs du parasite qui, à leur tour, vont produire une contamination environnementale massive, responsable d'un « foyer » de coccidiose. La maladie ne touche au départ qu'une proportion réduite des animaux exposés puis se propage au sein du lot, avec une expression plus ou moins différée (en 1 à 2 semaines) sur plusieurs autres sujets.

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Des facteurs de risques multiples et associés

Des facteurs de risques vont permettre l'expression de la coccidiose, ceux-ci sont multiples et souvent associés. Ils peuvent être brièvement résumés comme suit :

  • Une relative prédisposition génétique pouvant expliquer la sensibilité plus particulière des veaux et jeunes bovins dans des élevages à facteurs de risques quasi-similaires.
  • L'âge et le statut immunitaire conditionnant hautement la réceptivité à la coccidiose.
  • Les défauts d'hygiène. Le risque s'accroît considérablement avec la taille de l'effectif et la densité excessive. A effectif égal, la pression ookystale varie exponentiellement avec la densité, l'accumulation des litières, la différence d’âge des veaux, la rotation des lots sur une même zone. Lorsque les vêlages se succèdent dans les mêmes parcs, les premiers veaux contaminent massivement la litière par l'émission d'ookystes. Ceux-ci représentent un risque infectieux majeur pour les veaux qui naissent ultérieurement.
  • Etat nutritionnel. Un mauvais état nutritionnel va diminuer la capacité des veaux à résister aux infections pathogènes comme la coccidiose. Les carences en sel et en oligoéléments vont favoriser le pica, facteur supplémentaire de dynamique de contamination.
  • Les stress. Le sevrage qui allie stress psychique et physique couplé à un changement alimentaire majeur présente une incidence particulière. Chez les veaux de moins de un mois, l'inconfort du logement, les stress thermiques et/ou climatiques selon la saison ou les insuffisances de surfaces disponibles en stabulation sont les plus impactants.

Une immunité initiale passive d’intérêt collectif

Le veau reçoit d'abord de façon passive, par transfert colostral, des immunoglobulines. Cette immunité passive, au-delà de l’intérêt général pour le veau, limite la multiplication des coccidies pendant les deux premières semaines de vie et, ainsi, la dynamique de contamination. Si la prise colostrale a été insuffisante, la décroissance des anticorps d’origine maternelle est très rapide, la sensibilité augmente plus rapidement et la contagion est favorisée.

Une immunité acquise très performante

Les veaux vont facilement développer une immunité contre les infections coccidiennes. Même s'ils sont exposés à une quantité limitée d'ookystes, ils développent une immunité efficace en quelques semaines. Cette immunité est spécifique de l'espèce : un veau ayant été en contact avec Eimeria bovis par exemple, ne sera pas protégé contre une infection ultérieure par Eimeriazuernii. L'immunité va décliner si elle n'est pas continuellement stimulée par de faibles et régulières infections coccidiennes. En milieu infecté avec une pression ookystale forte, une immunité solide sera générée mais avec des risques cliniques et subcliniques élevés. Il convient donc de limiter la dynamique de contamination afin que le veau acquière son immunité sans être dépassé par la pression infectieuse. Un traitement anticoccidien trop précoce réduit l’immunité naturelle des jeunes bovins et peut donc s’avérer contreproductif. Les bovins présentent une résistance marquée aux réinfections, ne s'exprimant cliniquement que de façon exceptionnelle lors d'états d'immunodéficience ou de rupture d’immunité (mise à l’herbe, à l’engraissement…).

Une association de « malfaiteurs » avec d’autres parasites

Les conditions de développement de la cryptosporidiose sont identiques à celles d’apparition de la coccidiose. La recherche des facteurs de risque dans votre élevage et leur gestion par rapport à l’une ou l’autre des problématiques permettra d’agir sur les deux. L’infestation par les strongyloïdes ou les ascaris constitue une situation à risque de coccidiose avérée. Comme pour Eimeria, l'élevage en bâtiment sur des litières accumulées, humides avec de la chaleur ambiante sont des facteurs favorisants de développement de ces parasites. Là aussi, leur gestion sanitaire sera bénéfique pour l’ensemble de ces pathologies.

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Une gestion sanitaire pour un résultat durable et collectif

En matière de coccidiose, les objectifs peuvent se résumer ainsi : éviter tout épisode clinique, minimiser les répercussions zootechniques avec une optimisation de la croissance en contrôlant la coccidiose subclinique et permettre l'installation d'une immunité solide et durable. Si vous êtes confronté à de la coccidiose clinique ou si vous réalisez un traitement préventif systématique, une recherche des facteurs de risques propres à votre élevage est à effectuer avec une détermination de ceux qui favorisent la dynamique de contamination (augmentation de la pression infectieuse) et ceux qui limitent le niveau de défenses immunitaires. Ensuite, un plan d’action sanitaire sera défini, il sera éventuellement accompagné de mesures médicales face à des facteurs de risque difficilement maitrisables. C’est une étape essentielle de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! », cela contribuera à apporter un résultat durable, efficace pour différentes pathologies de même profil épidémiologique et d’impact collectif sur l’ensemble du troupeau. Vous pouvez analyser cette problématique de manière plus approfondie avec votre vétérinaire lors de votre bilan sanitaire d’élevage (BSE) annuel. Pour plus de renseignements, contactez-nous et rendez-vous le 14 mars à notre journée portes ouvertes pour échanger sur ce sujet et d’autres…

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