Colloque Interbev : Les vaches font aussi du bien à l'environnement

Bernard Griffoul

La viande bovine est attaquée de toutes parts sur son empreinte carbone. Mais, les systèmes herbagers ont aussi des impacts positifs sur l'environnement qui doivent être pris en compte.

C'est le parfait exemple du mensonge répété de nombreuses fois et qui devient une vérité aux yeux de la société », constatait Javier Lopez, directeur de l'association espagnole des producteurs de viande bovine, Asoprovac, lors du Sommet de l'élevage. Les invités d'Interbev au colloque annuel planchaient sur l'environnement et plus particulièrement sur les attaques subies par la viande bovine quant à sa responsabilité vis à vis des émissions de gaz à effets de serre (GES). Le fameux « mensonge » qui tourne en boucle depuis plus de deux ans sur de nombreux sites Internet et dans la quasi-totalité des médias généralistes, c'est ce chiffre accusateur de la FAO(1), publié en 2006, qui impute 18 % des GES à l'élevage. Un taux calculé à l'échelle mondiale et qui porte sur tout le cycle de vie de la viande ; une partie de ces GES pourraient donc être attribuée à d'autres secteurs tels que les transports ou l'industrie. Mais, surtout, il ne prend pas en compte le stockage du carbone dans les sols des prairies. De véritables puits de carbone qui, dans nos systèmes herbagers, compensent une bonne part des émissions de GES.

Et c'est bien là tout l'enjeu de la filière élevage européenne qui a été mis en avant lors de ce colloque : apporter au débat des chiffres cohérents et y introduire l'ensemble des impacts de l'élevage sur l'environnement, parce qu'il y a aussi beaucoup d'effets positifs.

Mais, à l'heure où l'on multiplie les bilans environnementaux, institue des taxes carbone et où se profile un étiquetage environnemental, toute la difficulté est de chiffrer ces impacts et surtout d'harmoniser les méthodes de calcul. Une tâche d'envergure pour la recherche.

Face aux attaques dont est l'objet la viande bovine, la filière européenne a conscience de la nécessité de faire valoir la contribution positive de l'élevage à l'environnement. (B. Griffoul)

Face aux attaques dont est l'objet la viande bovine, la filière européenne a conscience de la nécessité de faire valoir la contribution positive de l'élevage à l'environnement. (B. Griffoul)

 

Intégrer le stockage du carbone

Comme toutes les activités humaines, l'agriculture et l'élevage ont une responsabilité dans les émissions de GES. Le chiffre couramment admis à l'échelle française est de l'ordre de 11 % pour le secteur herbivore dont la moitié imputable aux bovins allaitants. Il va falloir « partager les efforts » pour lutter contre le réchauffement climatique, s'est chargé de rappeler Manuel del Pozo Ramos, de la Commission européenne. Notamment ceux fixés par l'Europe qui s'est donné l'objectif de réduire de 20 % les émissions de GES d'ici 2020, taux qui pourrait être porté à 30 % au prochain sommet de Copenhague. « L'agriculture va être soumis à un nouveau paradoxe : l'écologie productive, a-t-il affirmé. Elle devra s'adapter pour augmenter la productivité tout en respectant l'environnement. » Et de préciser que la PAC évoluera pour accompagner cette mutation. De son côté, la recherche travaille sur les pistes d'amélioration du bilan carbone de l'élevage. « Il est important de considérer toutes les voies possibles de réduction des émissions, en réduisant notamment la consommation d'intrants, a indiqué Tiphaine Tallec de l'Inra. Des synergies entre adaptation de l'agriculture au changement climatique et réduction des émissions de gaz à effet de serre peuvent également être trouvées. »

Mais, le secteur de l'élevage demande que l'on porte à son crédit le stockage de carbone dans la matière organique des sols. Ainsi, une prairie permanente de moins de 30 ans stocke 500 kilos de carbone par hectare et par an. Autant que dans le sol d'une forêt. Le stockage s'effectue lentement ; en revanche, le déstockage par le labour peut être très rapide. La préservation des stocks existants est donc essentielle. « La conservation des prairies permanentes est devenue un enjeu pour le cycle du carbone », affirme Jean-François Soussana, directeur de recherche à l'Inra de Theix. Et qui mieux que les herbivores peut assurer l'avenir des prairies permanentes ?

25 à 30 % des émissions sont compensées

Pour intégrer cet effet bénéfique des prairies dans la comptabilité carbone, l'Institut de l'élevage propose de raisonner en émissions nettes, c'est-à-dire de soustraire les quantités de carbone stocké dans les sols des prairies aux émissions brutes de GES. « Dans les systèmes de production allaitants, compte tenu d'une part de prairies relativement importante, le stockage du carbone compense de 25 à 30 % des émissions », affirme ainsi Jean-Baptiste Dollé. L'Institut de l'élevage a également évalué sur ce même principe l'empreinte carbone du produit, à savoir la viande qui sort de l'exploitation. Un élevage de broutards, dont l'empreinte carbone (émissions brutes) est de 15 kilos de CO2 par kilo de viande vive produite, compense de 25 à 50 % de ses émissions grâce à ses prairies. Au cours de l'engraissement, la compensation est très faible parce que cette phase est rarement associée à de la prairie. Si on cumule les deux phases (élevage et engraissement), les émissions nettes s'élèvent en moyenne à 7 kilos de CO2 par kilo de viande vive. A titre de comparaison, l'empreinte carbone de la viande de porc et de volaille est respectivement de 2,3 kg et 1,4 kilo.

Mais, souligne Jean-Baptiste Dollé, « il ne faut pas se laisser enfermer dans un débat unilatéral sur les gaz à effet de serre. Il faut élargir l'analyse à d'autres indicateurs environnementaux pour avoir une vision plus globale ». Une réalité moins simple qu'il n'y paraît et désormais reconnue par la FAO qui est en train de réviser son rapport sur les gaz à effet de serre en distinguant les régions du monde et les types de production et, surtout, en intégrant le stockage de carbone. Mais que de dégâts ont été faits avec le premier rapport !

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2009

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