Conjoncture : Le marché de la laitonne toujours à la peine

Bernard Griffoul

Déstabilisé par la FCO, le marché de la laitonne n'arrive toujours pas à reprendre des couleurs malgré une bonne demande en Italie. Mais, l'Espagne semble aux abonnés absents.

Voici maintenant un an que le marché des laitonnes est déprimé. « Cours toujours en baisse » ou stabilisés à des « niveaux étonnamment bas », relève invariablement depuis plusieurs mois l'Institut de l'élevage (GEB) dans sa note mensuelle de conjoncture Tendances. « Sur la campagne 2008 - 2009, la cotation moyenne des Charolaises de 270 kilos affichait 2,10 € le kilo, soit 3 % sous la campagne 2007/2008 et 10 % sous 2006/2007 », estimaient en fin d'année les experts du GEB. Cependant, les différences sont assez marquées selon les bassins de production et les races. Ce début d'année est « catastrophique », n'hésite pas à dire Gérard Delage (Sofrelim) à propos des génisses maigres Limousines, avec des prix de 2,20 € le kilo pour les meilleures bêtes, « la marchandise moyenne ne trouvant même plus preneur ». « Ca se dégrade de semaine en semaine », confirme Michel Vigneron, négociant (Eurofrance) dans la même région. « En Charolais, nous arrivons à nous débrouiller grâce aux filières, en particulier le non OGM », assure Pierre Richard (Deltagro). « La Charolaise s'en est sortie mieux que la Limousine ou les croisées », acquiesce Jean-Baptiste Barré (Charolais Accor). « Aujourd'hui, les génisses croisées de qualité ordinaire sont quasiment invendables en Italie », se désole par contre Serge Rieutort, négociant en Lozère.

Dans un atelier italien. Sur la campagne 2008-2009, la cotation moyenne des Charolaises de 270 kg était de 2,10 €/kg, affichant une baisse de 10 % en deux campagnes. (F. d'Alteroche)

Dans un atelier italien. Sur la campagne 2008-2009, la cotation moyenne des Charolaises de 270 kg était de 2,10 €/kg, affichant une baisse de 10 % en deux campagnes. (F. d'Alteroche)

Offre supérieure à la demande

La fièvre catarrhale ovine a incontestablement déstabilisé le marché de la laitonne. « Fin 2008, les éleveurs ont vacciné en priorité les mâles pour les dégager, explique Mélanie Richard, de l'Institut de l'élevage. Si bien que les femelles, n'étant pas en condition d'être exportées, sont restées plus longtemps dans les exploitations. Elles sont sorties en décalé, ce qui a provoqué une forte disponibilité en fin de campagne. »
« Nous avons été privés de génisses tout l'été et une partie de l'automne, puis nous avons retrouvé des volumes importants et nous avons été obligés de baisser le prix, confirme Jean-Baptiste Barré. Fin 2009, nous avons commercialisé à 0,15 euro de moins par kilo qu'en 2008. Et ça redémarre sur les mêmes bases en 2010. »
Si le phénomène est difficile a évaluer, cette offre supérieure en génisses est peut-être due aussi à une désaffection de certains éleveurs français pour la finition des femelles, découragés par les prix peu attractifs de la viande, et qui auraient fait moins de mises en place en 2009 ? « L'embouche en France a diminué, donc il y a un excédent de femelles qui est exporté notamment en Italie », estime Benoît Albinet (Calexport). Un constat que partage Gérard Delage dans le Limousin.

Alourdissement des génisses

Mais, la plupart des opérateurs voient également dans ce marasme les conséquences de l'asthénie du marché espagnol. « Le bétail médiocre n'est pas parti en Espagne. Ces génisses ont été repoussées et ont engorgé le marché avec des bêtes alourdies dont on n'a pas l'habitude et pas de très bonne qualité », constate Martial Tardivon (Sicafome : marché au cadran de Moulins-Engilbert dans la Nièvre). Souvent, en plus, trop vieilles pour pouvoir être finies en Italie avant l'âge de 20 mois, donc fortement dévaluées. Cet alourdissement des génisses maigres a surpris tous les opérateurs et leur pose pas mal de difficultés. Les éleveurs espérant ainsi peut-être compenser par le poids ce qu'il perdaient sur le prix. « C'est la première fois que je vois ça, s'étonne Pierre Richard. En Charolais, nous n'avons plus de laitonnes de 300 à 320 kilos comme avant. Nous tournons plutôt à 350 kilos de moyenne et il n'est pas rare de trouver des femelles de 350 à 400 kilos. Cela ne nous pose pas de problème pourvu qu'elles soient jeunes, moins de 15 mois, pour pouvoir rentrer dans la filière non OGM. » Jean-Baptiste Barré estime néanmoins que les génisses de plus de 350 kilos ne collent pas bien au marché italien. L'intérêt des engraisseurs pour la génisse tient notamment au fait qu'elles représentent un capital moins important que les mâles. Trop lourdes, cet avantage s'estompe. « Nous valorisons beaucoup mieux une génisse de 300 à 320 kilos bien conformée que celles de 350 à 400 kilos. »

Dans les croisées Aubrac, cet alourdissement s'avère catastrophique, affirme Serge Rieutort : « Les engraisseurs italiens attendent des génisses légères, maigres, de 280 à 300 kilos. Depuis quelques années, les éleveurs se sont mis à repousser les génisses comme ils le font avec les mâles. Il nous arrive des femelles mi-engraissées de 350 à 400 kilos. Nous sommes obligés de les faire tuer en France, à 3 €/kg carcasse, et beaucoup repartent sur le marché italien. D'un côté, on veut vendre du maigre cher, de l'autre on vend du gras bon marché aux Italiens. »
Les engraisseurs italiens ont néanmoins joué le jeu en 2009 en termes d'achats. Ils ont en effet importé davantage de génisses maigres en provenance de France : en 2009, 103 000 laitonnes ont franchi la frontière contre seulement 81 000 l'année précédente.

 

Importantes concessions

« Au prix d'importantes concessions sur le prix d'achat vu le niveau de l'offre, rappelle Mélanie Richard. D'autant que le marché de la génisse de boucherie n'a pas été très bon fin 2009 en Italie. » « L'an dernier, les femelles étaient à 4,20 € le kilo carcasse alors que cette année, elles ne sont qu'à 3,90 €. La consommation n'est pas bonne », précise Jean-Baptiste Barré. Tous les opérateurs confirment cette progression des ventes de laitonnes, sentant les engraisseurs italiens alléchés par des prix « plus attractifs » que ceux des mâles. « La proportion de femelles exportées sur l'Italie a beaucoup augmenté cette année. D'habitude, nous faisons 75 % de mâles et 25 % de femelles. Actuellement, nous sommes plutôt à 28 % de femelles », indique Benoît Albinet.


 

Source Réussir Bovins viande Mars 2010

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