Dans le Marais poitevin : Les Maraîchines entretiennent la biodiversité

Cyrielle Delisle

Si la Maraîchine s'est trouvée proche de l'extinction, il y a vingt ans, l'engagement d'éleveurs locaux a permis sa sauvegarde. Partons à sa découverte au gré des marais de l'Atlantique.

La Maraîchine est une vache de grande taille, au squelette bien développé. Sa robe est froment claire à fauve grisâtre. Ses muqueuses et oreilles sont noires, avec parfois une extension du noir autour des yeux. Elle possède des cornes longues en lyre, généralement blanches avec les extrémités noires. Les femelles font de 600 à 850 kilos et les taureaux de 900 à 1200 kilos. Robuste, faisant preuve d'une bonne longévité et fécondité, la Maraîchine s'adapte aux conditions d'élevage rencontrées dans les marais.

C'est au milieu des années 1980 que la sauvegarde de la Maraîchine s'est engagée. Trois passionnés, Jean Guillaud, agriculteur, René Rozoux, directeur, à l'époque, du muséum d'histoire naturelle de La Rochelle et Christian Des Touches, expert lainier, cherchent alors à ‘restaurer'cette race. Ils vont ainsi explorer des élevages du Poitou-Charentes et des Pays de la Loire pour trouver des animaux. En 1988, avec l'aide de l'Institut de l'élevage, du Conseil général de Vendée et du Parc naturel régional du Marais poitevin, l'Association pour la valorisation de la race bovine Maraîchine et des prairies humides est créée. En 1990, la race comptait 41 femelles, vingt ans plus tard, grâce à l'engagement d'éleveurs locaux, leur nombre est passé à 1 057 pour 63 éleveurs. « Au début du xxe siècle, les Maraîchines étaient principalement utilisées comme animal de trait. Également traites, leur lait a fait la réputation du beurre de Charentes-Poitou. Dans les années 50, l'arrêt de la traction animale et la sélection des races spécialisées ont entraîné son déclin », raconte Jacques Gelot, président de l'Association pour la valorisation de la race bovine Maraîchine et des prairies humides.

Ce futur reproducteur fait partie des huit taureaux placés dans l'atelier taureaux de l'association, cette année. (C. Delisle)

Ce futur reproducteur fait partie des huit taureaux placés dans l'atelier taureaux de l'association, cette année. (C. Delisle)

 

Une race à part entière

Son territoire d'origine se localise dans les marais atlantiques allant du Sud Loire à la Gironde, et leurs régions bordières. La Maraîchine appartient au groupe des races dites Vendéennes ou Poitevines, composé des races Nantaise, Maraîchine et Parthenaise. Le type maraîchin actuel comprend des souches vendéennes et de vieilles souches parthenaises n'ayant pas évolué vers le type spécialisé d'aujourd'hui. « Jusqu'en 1999, les bêtes étaient référencées sous le code race de la Parthenaise (71). Depuis, la Maraîchine a acquis son autonomie et son propre code race, le 58 », continue Jacques Gelot.
L'association a pour objectif la conservation des ressources génétiques au travers de la race bovine Maraîchine, mais également le maintien des prairies de marais et de leurs bassins versants et plus largement de la biodiversité présente. Elle travaille ainsi à la création d'une filière de valorisation qui s'appuie sur l'utilisation en priorité de l'herbe et du foin dans l'alimentation. « Cette orientation s'est concrétisée par un cahier des charges ‘Valorisation' destiné aux éleveurs voulant s'engager dans cette voie et dans le projet collectif CTE (Contrat territorial d'exploitation) Maraîchine. » Aujourd'hui, la Maraîchine mobilise de nombreux partenaires pour son programme de sauvegarde et de son milieu d'origine. Le soutien des collectivités territoriales par le biais du Cregene (voir encadré page suivante) géré par le Parc, le lycée agricole de Luçon-Pétré, l'Institut de l'élevage et l'Inra de Saint-Laurent de la Prée sont importants pour la pérennité de ces actions.
D'autre part, tous les éleveurs qui souhaitent acquérir des Maraîchines doivent signer le cahier des charges « Conservation ». Ce dernier précise les modalités de gestion de la population animale et décrit le fonctionnement du programme de conservation.

 

Un atelier taureaux

Afin de garantir la diversité génétique au sein des élevages et faciliter l'accès à des taureaux de qualité, l'association de la race Maraîchine a fait le choix d'être le propriétaire de tous les taureaux utilisés. Tous les ans, un Groupe technique conservation (GTC) fait le tour des fermes pour sélectionner des jeunes mâles, âgés de 9 mois. Ces futurs reproducteurs sont achetés par l'association à un prix fixe de 700 euros, avant d'être placés en pension à l'atelier taureaux, situé chez Jacques Gelot. « Quand l'éleveur adhère à l'association, il s'engage, en signant le cahier des charges, à laisser la priorité à celle-ci sur les mâles. Les taureaux sont ensuite remis à disposition gratuitement, à l'âge de 18 mois, et ce, en fonction des besoins des éleveurs. L'association possède 55 taureaux utilisés en monte naturelle. Les éleveurs ont également le choix d'utiliser l'insémination animale avec à leur disposition, les paillettes de 33 mâles », note Jacques Gelot. En moyenne, une dizaine de taureaux rentre à l'atelier chaque année. A leur arrivée, les broutards sont génotypés. Les animaux homozygotes culards (mh/mh) sont systématiquement éliminés du programme. « Les hétérozygotes sont conservés. » Autre particularité, depuis cette année, l'association prend en charge le coût de l'insémination chez l'éleveur.

Les boeufs de 3 à 4 ans, finis à l'auge et le veau rosé sont les principaux produits rencontrés en race Maraîchine. (C. Delisle)

Les boeufs de 3 à 4 ans, finis à l'auge et le veau rosé sont les principaux produits rencontrés en race Maraîchine. (C. Delisle)

 

La race ne souffre pas de problèmes de consanguinité structurelle. Elle est issue d'un stock génétique important. « Toutes les souches qui devaient être gardées, ont été sauvegardées par les fondateurs de l'association », commente Christophe Rossignol, responsable du volet zootechnique de l'Inra de Saint-Laurent de la Prée. En 2006, le taux de consanguinité des femelles a été évalué à 1,8 %, l'un des plus faibles de France parmi les races à petits effectifs. De plus, « un répertoire de tous les animaux présents dans l'ensemble des élevages est actualisé régulièrement. Cet inventaire avec les filiations des bêtes est réalisé annuellement par l'Institut de l'élevage. Il permet de réaliser un plan d'accouplement évitant la consanguinité », précise Jacques Gelot. Les taureaux ne restent par ailleurs pas plus de deux à trois ans sur un élevage. Passé ce délai, ils sont soit placés dans une autre exploitation, soit engraissés au frais de l'éleveur en disposant, pour être envoyés à la boucherie.

L'élevage de Maraîchines s'inscrit dans un travail de conservation de la race et maintien des prairies de marais et de leurs bassins versants. En 2012, la Maraîchine sera présente au SIA. (C. Delisle)

L'élevage de Maraîchines s'inscrit dans un travail de conservation de la race et maintien des prairies de marais et de leurs bassins versants. En 2012, la Maraîchine sera présente au SIA. (C. Delisle)

 

Vente sous circuits courts

« En montant cet élevage de vaches maraîchines, j'ai retrouvé le goût de l'élevage et la passion des vaches. Je suis également satisfait de réaliser ce travail de conservation à la fois de la race et des prairies humides avec l'ensemble des éleveurs de l'association », précise Jacques Gelot. Nombre de travaux incombent à ces exploitants notamment vis-à-vis de la valorisation de la race, pour obtenir une rémunération correcte. Les bêtes commercialisées sous le code race 58 restent encore mal valorisées dans les circuits classiques. « Notre objectif est de produire de la biodiversité tout en assurant la viabilité économique de nos élevages. »
Les animaux sont principalement valorisés et commercialisés sur place, en circuits courts. D'où la taille encore restreinte des exploitations de Maraîchines, constituées en moyenne de 11 mères par troupeau. Les productions les plus représentées sont le veau rosé (5-6 mois) élevé sous la mère et le boeuf de 3 à 4 ans, fini à l'auge. Certains broutards sont vendus dans le circuit classique. « Mais ils sont nettement moins bien valorisés que les animaux d'autres races allaitantes, ou même croisés, du fait d'une conformation et de poids de carcasses insatisfaisants du point de vue du marché conventionnel. Mes boeufs de 3 à 4 ans font des carcasses de 420 à 550 kg, classés en R = voire R+, et sont vendus autour de 4,20 €/kg », commente Jacques Gelot. « Nous travaillons au niveau de l'association sur la communication pour faire connaître la race. On essaie ainsi de participer aux festivités locales. On possède une paire de boeufs pour présenter le travail de traction des animaux et on propose des dégustations de viande. Notre projet est de combiner la conservation d'une race, la valorisation de son milieu et de ses produits. »

Source Réussir Bovins Viande Septembre 2011

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