Démographie des élevages allaitants : Jusqu'en 2015, vieillissement rapide sans arrêts massifs

Bernard Griffoul

L'Institut de l'élevage a réalisé une étude sur l'évolution de la population des éleveurs allaitants. Jusqu'en 2015, il ne devrait pas y avoir d'arrêts massifs.

Combien de chefs d'exploitation en 2015 en France ? Quelle sera la taille de cheptels ? Comment évolueront les différentes régions de production ? L'Institut de l'élevage s'est lancé dans une étude ambitieuse (avec le soutien de FranceAgriMer) dont l'objectif est de dessiner le profil de l'élevage allaitant en 2015. Les premiers résultats ont été présentés lors du Sommet de l'élevage. L'exercice est d'autant plus périlleux que l'instabilité économique et la réforme de la PAC en 2013 laissent planer bien des incertitudes sur ces évolutions.
Christophe Perrot, coordonnateur de l'étude rappelle : « les exploitations françaises se caractérisent par une forte intensité capitalistique qui fait que les trajectoires ont une certaine inertie. Il y a une filiation évidente entre les exploitations de demain et celles d'aujourd'hui ». Les auteurs de l'étude ont réalisé des projections démographiques de la population des chefs d'exploitation en s'appuyant sur les tendances des périodes précédentes et sur un certain nombre de critères pour juger de la pérennité des exploitations. D'ici 2015, nous devrions assister surtout à un vieillissement de la population des chefs d'exploitation. C'est au-delà de cette date que le déséquilibre démographique apparaîtra vraiment entre les cédants et les repreneurs potentiels.

Le déséquilibre démographique de la population des chefs d'exploitations devrait appaître après 2015. (C. Perrot)

Le déséquilibre démographique de la population des chefs d'exploitations devrait appaître après 2015. (C. Perrot)

Croissance modérée depuis 1997

En 2007, notre pays comptait 128 000 détenteurs de vaches allaitantes. Parmi eux, moins de la moitié (61 000) étaient des exploitations non laitières dont l'activité d'élevage comportait plus de 20 vaches nourrices. Ce noyau dur totalisait 78 % des reproductrices. L'autre moitié était composée d'une grande diversité d'exploitations : des petits cheptels (retraités, temps partiel ou diversifiés…), des producteurs laitiers mixtes (11 % des vaches) et des très petits troupeaux (moins de 5 vaches), en chute libre. Le noyau dur a renforcé son emprise au fil des ans : il ne représentait que 58 % du cheptel en 1988. La croissance des troupeaux a été très forte entre 1990 et 1997 (11,5 vaches de plus en moyenne). Tandis qu'elle s'est ralentie lors de la période suivante
(6 vaches de plus entre 2000 et 2007), et ce dans toutes les régions d'élevage. Cette pause s'est accompagnée d'une certaine désintensification, notamment dans l'Ouest. Le cheptel global a même diminué entre 2000 et 2003.

 

Un noyau dur assez constant

Mais, cette apparente stabilité cache des trajectoires très diverses au sein du noyau dur. Sur la période 2000-2007, 18 % des exploitations ont réduit leur cheptel de plus de 10 % tandis que 25 % l'ont augmenté de plus de 12 vaches (et 10 % de plus de 25 vaches). En fait, la moitié des exploitations ne l'a agrandi que de trois vaches. Si la taille des cheptels a augmenté, au cours de ces 20 dernières années, le noyau dur est resté assez constant en nombre d'exploitations
(- 0,8 % par an). Il s'est maintenu essentiellement grâce aux reconversions du lait vers la viande bovine. Ainsi, sur la période 2000-2007, 3 900 éleveurs laitiers se sont reconvertis et gèrent désormais un cheptel allaitant de 45 vaches en moyenne, compensant 40 % des arrêts. « Ce flux continu de reconversions lait-viande masque la dégradation de la situation démographique dans les zones concernées par les deux productions », analyse Christophe Perrot. Autant la production laitière a fait l'objet de politiques spécifiques de restructuration et a évolué à guichet fermé, autant l'élevage allaitant est une population ouverte, très influencée par la conjoncture laitière.

Déficit de jeunes éleveurs depuis 2000

Comment va évoluer la population des éleveurs allaitants dans les années à venir ? L'Institut de l'élevage s'est pour cela concentré sur l'année d'installation des chefs d'exploitation en place en 2007 qui est un indicateur du nombre annuel d'installations et donc de la future démographie. Les installations dans la production de viande n'ont cessé de décroître depuis le début des années 1990, mais elles ont atteint un niveau particulièrement bas depuis une dizaine d'années. « Un déficit fort de jeunes chefs d'exploitations s'est créé entre les années 2000 et 2007. Il va se traduire par une situation démographique assez déséquilibrée dans les prochaines années. » Le nombre de chefs d'exploitation de moins de 40 ans diminue très vite : il n'était plus que de 24 % en 2007, contre 35 % au début des années 2000, et le phénomène ne peut que se poursuivre compte tenu de la dynamique passée des installations. Les auteurs de l'étude prévoient donc jusqu'en 2014 « un vieillissement très marqué » des chefs d'exploitation mais « pas encore d'arrêts massifs ». Le nombre d'exploitations devrait toutefois baisser de 1,7 % par an. Cela en considérant que, dans les zones concernées, les reconversions du lait vers la viande se poursuivront au même rythme que les années précédentes.

 

Déséquilibre fort après 2014

En revanche, après 2014, le déséquilibre entre les chefs d'exploitation sur le départ et les éleveurs en place candidats à l'agrandissement sera de plus en plus fort. Ces derniers, beaucoup moins nombreux, seront-ils capables de reprendre les capacités de production libérées par les cessations ? Christophe Perrot entrevoit une situation qui « pourrait ouvrir une page blanche pour une nouvelle politique d'installation, avec des choix d'intensité comparables à ceux que nous avions connus dans les années 1990 lorsque des politiques ambitieuses (préretraites, installations de la PAC 1992) et aux effets spectaculaires en matière de rajeunissement avaient été mises en oeuvre pour gérer l'évolution de la pyramide des âges très déséquilibrée au début de cette décennie ». « L'accélération de la restructuration peut-elle relancer les gains de productivité du travail (NDLR : le nombre de vaches par unité de main-d'oeuvre) qui semblent nécessaires à l'équilibre économique des exploitations qui ont beaucoup investi en bâtiments ces dernières années ? », s'interroge t-il encore. Jusqu'en 2014, la taille des cheptels du noyau dur ne devrait continuer à croître que de façon modérée (moins d'une vache par exploitation et par an) pour atteindre 65 vaches en moyenne.
Néanmoins, tous ces pronostics pourraient être déjoués par la conjoncture laitière, assez imprévisible. Si elle se dégradait fortement, l'accélération des reconversions atténuerait la baisse du nombre d'exploitations allaitantes.

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2010

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