Des abattoirs sous utilisés et géographiquement mal répartis

François d'Alteroche - Réussir Bovins Viande Juillet-Août 2012

Des abattoirs sous utilisés et géographiquement mal répartis
Pierre Chevalier : « On ne réussira pas le maintien d’un bon réseau d’abattoirs sans avoir bien pris en compte les problèmes de la production ». © F. d'Alteroche

Le monde de l’élevage regrette l’époque où il y avait des abattoirs harmonieusement répartis sur tout le territoire. Les choses ont bien changé depuis.

Nombreux dans le Grand Ouest, plus disséminés dans d’autres régions, voire même quasi-absents dans certaines… La répartition et l’activité des outils d’abattage sur le territoire français a monopolisé une partie des débats lors de la dernière assemblée générale d’Elvea France, organisée à Roanne dans la Loire. Une évidence tout d’abord : la localisation des cheptels, des abattoirs et des principaux bassins de consommation fait qu’entre les transports d’animaux, de carcasses, de muscles sous vide ou de barquettes, la viande bovine multiplie les kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes.
« L’exemple le plus frappant est la Bretagne qui attire dans ses outils des bovins venus de toutes les régions périphériques voire au-delà », expliquait, chiffres à l’appui, Fabien Champion, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage. Les bovins sont déjà trop souvent mis à l’index pour leur bilan carbone au cours de la phase élevage. Attention à ce que cette multiplication des transports entre leur départ pour l’abattoir et l’utilisation de leurs muscles par le consommateur ne vienne pas aggraver le bilan carbone de la viande bovine. De plus, ses détracteurs pourraient être tentés d’y rajouter le bien-être animal et donc la durée du transport pour le vif.

Ne pas aggraver le bilan carbone de l’élevage bovin

« Face aux attaques sociétales, faire abattre en Bretagne des Charolais produits près de Roanne suscite quand même légitimement quelques interrogations. Il faut absolument maintenir des outils de proximité », plaidait Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine. Reste qu’il n’est pas possible de les maintenir si on ne produit pas sur place suffisamment d’animaux finis. « Pour avoir des outils d’abattage dynamiques, il faut du ‘grain à moudre’ », justifiait Bernard Lebel, représentant de la FNICGV. Mais si on veut apporter une dynamique à la production pour ensuite insuffler une dynamique à l’activité d’abattage, il faut un prix du bétail fini suffisamment incitatif pour donner envie de produire ! « On ne pouvait pas avoir de filière dynamique avec les prix pratiqués il y a un an », reconnaissait Bernard Lebel. « Mais depuis quelques mois, il s’est passé des choses. Aujourd’hui le prix de la viande a évolué. On a réussi à faire passer des hausses à l’aval. Pour autant, il ne faut surtout pas dire que cette viande est chère. Elle est simplement à son prix. A partir de là, il me semble qu’il est désormais possible de bâtir quelque chose. »
L’un des grands enjeux pour maintenir une activité d’élevage et donc d’abattage dans des régions intermédiaires est aussi désormais lié au mode d’attribution des différentes aides compensatoires dans le cadre de la future PAC. Elles devront permettre à l’élevage bovin d’être suffisamment attractif comparativement aux productions végétales.

Image 2

Le choix entre la prairie et les champs de céréales

« Si ce n’est pas le cas, l’érosion du cheptel allaitant entamée l’an dernier va inévitablement se poursuivre. Pourquoi ? Tout simplement car dans beaucoup de zones intermédiaires (Bourgogne, nord du Massif central, Pays de la Loire, Poitou-Charentes…), il est économiquement plus rentable sur certaines surfaces de faire des céréales ou des oléagineux plutôt que d’avoir des prairies. Or on ne réussira pas à maintenir un bon réseau d’abattoirs si auparavant on n’a pas bien pris en compte les problèmes de la production. Et ça, les abatteurs doivent se le mettre dans la tête ! », insistait Pierre Chevalier. « Actuellement il ne manque pas de candidats à l’installation dans les zones céréalières. C’est beaucoup moins vrai dans les zones d’élevage. Il y a l’aspect revenu bien entendu, mais également l’astreinte de notre métier. Les jeunes veulent pouvoir vivre comme le reste de la société, d’autant que la plupart du temps leurs conjointes travaillent à l’extérieur », précisait Gilbert Delmond, vice-président d’Elvéa.
Les outils d’abattage n’ont pas à être forcément synonymes d’unités de grosses dimensions. Les abattoirs de taille modeste ont un rôle important, même si la tendance de ces dernières années a été d’aller vers une restructuration et une privatisation des outils. « Dans les années cinquante, pratiquement toutes les villes et villages avaient leur abattoir. Dans les années 70, les abattages publics représentaient plus de 62 % du tonnage abattu. Cette proportion est passée à 8,8 % en 2009. Par contre, même si nous avons perdu quelque 300 000 tonnes d’activité entre 2002 et 2010 nous représentons actuellement 36 % du nombre d’abattoirs en service », complétait Eric Barnay, président de la Fédération nationale des exploitants d’abattoirs publics en rappelant aussi que quelle soit la taille, les exigences d’hygiène étaient les mêmes. Les gros volumes traités permettent en revanche de sérieuses économies d’échelles.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires