Ecosystèmes : Voyage au centre de la bouse de vache

Emilie Durand

La bouse de vache est un écosystème méconnu mais qui mérite de s'y arrêter. Elle intéresse depuis longtemps les entomologistes, scientifiques spécialisés dans l'étude des insectes car, avant de retourner à la terre et d'enrichir la prairie, une longue épopée l'attend.

« Moins de 3,6 secondes après l'émission d'une bouse, les insectes arrivent », annonce
Marc Giraud, auteur d'un article dans le journal Insectes n° 149. Une vache émet en
moyenne 12 bouses par jour qui vont être très rapidement prises en charge par les
coprophages, nom savant pour désigner les insectes mangeurs d'excréments. Là
commence une lutte sans pitié pour pouvoir profiter au maximum de cette apport de
nourriture tombée du ciel, ou presque ! « Si la bouse de vache est aussi attractive pour les
insectes, c'est parce qu'elle contient beaucoup d'eau, et jusqu'à 80 % de matière organique
assimilable. » Ce que la vache n'a pas pu digérer, comme la lignine, fera leur délice. Les
premiers insectes à « abousir » sont les mouches, qui reconnaissent l'emplacement
stratégique à l'odeur, puis les coléoptères comme le bousier. « Tous s'attaquent à la bouse
quand elle est encore fraîche, car il faut exploiter la provende avant qu'elle ne sèche. Dans
une prairie méditerranéenne, par exemple, une bouse exposée au soleil perd son pouvoir
attractif en 36 heures. »

La bouse est un mouchodrome particulièrement attractif. Asilidés, Empilidés, Syrphidés, Muscidés… s'y retrouvent pour manger, se reproduire et pondre. (E. Durand)

La bouse est un mouchodrome particulièrement attractif. Asilidés, Empilidés, Syrphidés, Muscidés… s'y retrouvent pour manger, se reproduire et pondre. (E. Durand)

Un lieu de rendez-vous incontournable

Avec le temps, la bouse se transforme en une galette à trois niveaux : la croûte sèche qui
l'enveloppe, la zone intermédiaire et la zone profonde, riche en eau et donc recherchée par
les larves. C'est là que se joue une bataille pour la vie à la recherche des endroits restés
humides. Une trentaine de Diptères, insectes possédant deux paires d'ailes, comme la
fameuse mouche à merde – pardon ! la Scatophage du fumier – fréquentent ce lieu de
rendez-vous incontournable qu'est la bouse. Qu'elle soit asiatique, européenne ou nord-
américaine, la Scatophage du fumier utilise la bouse comme lieu de rencontre, maternité et
garde-manger. « Les mâles, reconnaissables à leur belle fourrure jaune miel, arrivent en
principe une heure avant les femelles. Un mâle peut s'accaparer une bouse contre ses
congénères. Lorsqu'il trouve une femelle, il la chevauche avec rudesse et se fait alors
souvent attaquer par d'autres mâles désireux de s'accoupler. Le plus fort joue les gardes
du corps de sa conquête contre les rivaux. Il arrive que ces mouches grouillent sur les
bouses tout à leur excitation amoureuse. » Après un flirt rapide et efficace, madame
Scatophage pond ses oeufs ; oeufs qui ont la particularité de présenter des protubérances
latérales leur permettant de s'enfoncer mécaniquement dans la bouse, preuve d'une longue
adaptation au substrat. Les asticots comme leurs parents sont carnivores et se délectent
des autres larves présentes sur le site.

Bouse séchée montrant les trous de circulation de différents insectes. (E. Durand)

Bouse séchée montrant les trous de circulation de différents insectes. (E. Durand)

 

Mouches, scarabées et compagnie

Nous passerons rapidement sur la Mésembrine de midi que l'on voit souvent se chauffer au
soleil – d'où son nom – ou les Sepsidés, minuscules mouches ressemblant à des fourmis
volantes qui forment parfois des essaims de centaines de milliers d'individus, pour nous
concentrer sur les coléoptères. « Sphaeridium scarabaeoides nage littéralement dans la
bouse fraîche, sortant et entrant à vive allure, rarement en repos. C'est lui qui perce les
dizaines de trous que l'on observe sur les galettes de bouse séchées. » En France, ce sont
plus de 130 espèces de bousiers qui travaillent pour les éleveurs en recyclant la matière.
Le plus connu est le Scarabée sacré d'Égypte qui roule sa boule de bouse séchée avec
l'entêtement d'un enfant buté. La ferme intention de notre ami est d'y déposer ses oeufs tout
en assurant nourriture et protection à sa future progéniture. La bouse attire aussi des
papillons, des abeilles et même des escargots comme le Zonite d'Algérie, escargot
méditerranéen, surnommé à juste titre mange-merde. Dans cet écosystème qu'est la
bouse, il faut aussi chercher les parasites comme les acariens – chacun sa taille ! – et les
prédateurs que sont d'autres coléoptères mais aussi oiseaux, blaireaux, marmottes et
même la taupe qui ne dédaigne pas un petit bousier de temps en temps lorsque ses
galeries passent sous la bouse.

Tous les bousiers ne roulent pas leurs boules comme on le croit souvent, certains creusent des galeries verticales sous la bouse, rebouchées après la ponte. (E. Durand)

Tous les bousiers ne roulent pas leurs boules comme on le croit souvent, certains creusent des galeries verticales sous la bouse, rebouchées après la ponte. (E. Durand)

 

source : revue Insectes n° 149

Source Réussir Bovins Viande Octobre 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires