Elevage allaitant : Les causes et les moyens d'amélioration de l'infécondité

Dr Didier GUERIN / Marien BATAILLE

La maîtrise rationnelle de la reproduction avec un retour sur investissement pouvant être très conséquent nécessite une approche méthodique adaptée à l'élevage allaitant.

L'infécondité en élevage allaitant constitue une source de pertes économiques conséquente d'où la nécessité de la réalisation d'un bilan de reproduction et son analyse de manière régulière (cf. article précédent). Avec des femelles potentiellement fertiles, trois causes principales risquent d'entraîner une mauvaise fécondité du troupeau : le retard de la mise à la reproduction, l'infertilité des mâles et la non-observation des chaleurs dans le cas d'insémination artificielle. Ces facteurs peuvent être globalement imputés à la conduite de la reproduction. Dans d'autres circonstances, la non-fécondation résulte de troubles propres aux femelles. On parle alors plus spécifiquement d'infertilité.

Une mise à la reproduction rapide à assurer

Pour que l'intervalle optimal entre vêlages soit respecté, il est nécessaire que la vache soit fécondée dans les trois mois qui suivent son vêlage. Or, la vache allaitante se caractérise par un anoestrus physiologique long (de l'ordre de 8 semaines) dû à l'allaitement du veau. Par contre, la présence du mâle dans le lot de femelles stimule l'activité hypotalamo-hypophysaire. On observe ainsi un plus grand nombre de vaches cyclées en stabulation si le taureau est présent dans le troupeau.

Une fertilité des mâles à surveiller de manière étroite

Aux causes infectieuses telles que campylobactériose, catthare granuleux et génital, exanthème coïtal, infections pyogènes, s'ajoute l'infertilité consécutive à un manque de libido ou à une incapacité à effectuer le saut : lombalgies, lésions articulaires. Un nombre de femelles supérieur à 25/30 par taureau, surtout s'il est jeune et a une croissance médiocre, est également facteur d'infécondité par absence de saillie ou par diminution de la qualité du sperme.

Une infertilité des femelles à causes multiples

Les insuffisances ou déséquilibres nutritionnels ont des répercussions directes sur le fonctionnement de l'appareil sexuel mais également des effets indirects par le biais des conditions de vêlage. De plus, les maladies infectieuses de l'appareil génital entraînent des lésions qui retardent ou empêchent la fécondation. Les mortalités embryonnaires interrompent la gestation à son début (avant deux mois) et les avortements à différents stades plus tardifs.

 

Un fort impact de l'alimentation

L'appareil sexuel est très rapidement sensible à un déficit énergétique marqué. Une sous-alimentation énergétique modérée n'a pas d'effet notable sur la reproduction si les animaux sont au départ en bon état. La perte de poids ne doit pas dépasser 8 à 9% du poids initial (vêlage compris). En période de lactation, la perte de poids ne doit pas excéder 15 à 20 kg. Aucune sous-alimentation ne doit être tolérée ni pour les femelles en mauvais état, ni pour les génisses au 1er veau qui n'ont pas encore achevé leur croissance. Il faut noter que dans quelques situations, c'est l'inverse, une suralimentation peut causer l'infertilité en favorisant des retards d'involution utérine. Le maintien d'une note d'état supérieure à 2,5 et inférieure à 4 (note d'état de 1 à 5) à n'importe quel stade physiologique est une meilleure garantie de bonne fécondité ultérieure. Les apports énergétiques peuvent correspondre aux recommandations, mais souvent, en l'absence de complémentation, les déséquilibres sont la règle avec les fourrages conservés utilisés pour l'alimentation hivernale : déficits azoté, vitaminique (vitamine A) et minéraux. Ces carences sont susceptibles de favoriser des métrites et des troubles fonctionnels de l'appareil sexuel en général. L'absence de transition entre la stabulation et le pâturage, au moment de la mise à l'herbe constitue un facteur de risques important.

Une appréciation initiale du degré de l'infécondité

Toute action préventive repose d'abord sur l'appréciation de degré d'infécondité initiale du troupeau en tenant compte de l'ensemble des critères définis dans l'article précédent. Il convient de vérifier si elle est le fait de l'ensemble des vaches ou relève d'une situation hétérogène. D'une façon générale, l'analyse vise à identifier les individus qui pénalisent la fécondité globale du troupeau et à rechercher s'ils ont des caractéristiques communes. La période du vêlage peut les singulariser par rapport aux autres : si les vaches à mauvaise fécondité ont mis bas, en général, postérieurement à la date moyenne, les causes sont plus vraisemblablement pathologiques (infertilité); si elles ont vêlé tôt, les causes les plus probables sont zootechniques : mise à la reproduction des premières vêlées tardive par rapport au vêlage, déficits alimentaires prolongés à la fin de la gestation ou au début de la lactation. Dans un deuxième temps, l'objectif est de porter le diagnostic d'infécondité au moment même de la dégradation des performances de reproduction, c'est à dire lorsqul'on s'aperçoit que moins de vaches risquent d'être fécondées dans les délais souhaitables.

Une analyse de correction des facteurs d'infécondité au fur et à mesure de leurs manifestations

Cela débute par une analyse des aspects alimentaires pour la période deux mois avant, deux mois après le vêlage. Il faut aussi tenir compte d'un élément qui interfère sur le métabolisme, à savoir les infestations parasitaires, en particulier, la fasciolose (grande douve), en cas de pâturage sur des prairies humides à l'automne. Lors de toute problématique au vêlage, un contrôle de l'involution utérine 1 à 1,5 mois après le vêlage peut être très utile pour prévenir les métrites chroniques qui représentent 70% des infertilités. Les vaches non-vues en chaleur dans les trois mois qui suivent le vêlage feront l'objet d'un examen spécifique pour vérifier l'activité ou non des ovaires. De même, toute vache vue en chaleur une 3ème fois fera l'objet d'un examen le jour des chaleurs.

 

En conclusion, une gestion de la reproduction adaptée

La fécondité du troupeau est un élément déterminant de la rentabilité d'un élevage allaitant. Il est donc nécessaire d'avoir une gestion de la reproduction adaptée à la conduite de l'élevage du troupeau allaitant. Cette bonne gestion passe par un diagnostic précoce de gestation, par un contrôle de l'involution utérine 1 à 1 mois et ½ post-partum afin d'assurer une détection précoce des infections utérines, par un contrôle des reproducteurs mâles avant la saison de monte et par un contrôle des vaches infertiles. En fonction des éléments d'analyses du bilan de reproduction effectué annuellement et des éléments d'observation obtenus par l'éleveur, le schéma type ci-dessus sera adapté à chaque élevage selon l'importance des problèmes observés et les catégories d'animaux concernées. Cela permettra, d'une part, d'identifier les causes avec des analyses complémentaires si nécessaire et, d'autre part, de mettre en place des mesures correctives curatives très rapidement puis préventives. Cela constitue une maîtrise rationnelle de la reproduction avec un retour sur investissement pouvant être très conséquent.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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