Elevage européen et OGM : Une étude de la Commission entre catastrophisme et lobbying

Bernard Griffoul

OGM : un scénario catastrophe pour l'élevage», titraient récemment plusieurs journaux agricoles. Diable ! L'article faisait référence à une étude publiée l'été dernier par la Direction générale pour l'agriculture et le développement rural (DG Agri) de la Commission européenne.

La thèse a été développée par un représentant de la DG Agri lors de la dernière assemblée générale de la Fédération nationale bovine. Que dit-elle ? Les procédures d'autorisation pour la mise sur le marché de nouveaux OGM destinés à l'alimentation humaine et animale dans l'Union européenne (UE) est plus longue que celles permettant leur production dans les pays tiers exportateurs. De plus, l'UE n'admet aucune trace d'OGM non autorisé dans les produits importés.

Ce décalage entre production d'un côté, exportation de l'autre, pourrait entraîner une rupture temporaire d'approvisionnement. Notamment en tourteau de soja, difficilement remplaçable par autre chose. L'étude examine ainsi trois scénarios (optimiste, pessimiste, médian) selon que les pays producteurs prendraient en compte ou pas le marché européen dans leurs stratégies d'autorisation et de production de nouveaux OGM. Dans le cas du scénario pessimiste, c'est-à-dire la situation où à la fois Argentine et Brésil feraient fi du marché européen, l'impact serait très important pour les productions porcines et avicoles – un « véritable effondrement » interprète l'un des communiqués – mais moindre pour le secteur de la viande bovine. Pour toutes, elle conduirait à des importations massives de viande à partir de pays utilisant les OGM non autorisés dans l'UE.

Selon l'étude , une rupture temporaire d'approvisionnement, notamment en tourteau de soja, est envisageable. (C. Gérard)

Selon l'étude , une rupture temporaire d'approvisionnement, notamment en tourteau de soja, est envisageable. (C. Gérard)

 

Lobbying à Bruxelles

Or, l'Europe est le plus grand importateur de tourteau de soja au monde. L'Argentine et le Brésil peuvent-ils se passer de ce marché ? L'étude elle-même reconnaît leur dépendance vis-à-vis de l'Europe, mais affirme qu'ils pourraient se tourner vers la Chine dont la demande ne cesse d'augmenter. Sauf que celle-ci n'achète que de la graine de soja car elle a ses propres usines de trituration. Que feraient-ils du tourteau ? Le but de cette étude n'est-il pas de mettre la pression sur les états membres pour qu'ils accélèrent les procédures d'autorisation des nouveaux OGM et surtout introduisent une « tolérance praticable » aux OGM non autorisés dans l'UE ? Le lobbying est une activité florissante à Bruxelles ; chacun est autorisé à y défendre ses intérêts. De là, à prendre à témoin les éleveurs en leur laissant penser qu'une nouvelle catastrophe est imminente, cela relève du cynisme. Les éleveurs connaissent trop bien le sens du mot catastrophe. Les producteurs de porcs peuvent en parler en ce moment. Les éleveurs de bovins ou de volailles ont eu leur lot de crises catastrophiques. Pas la peine d'en rajouter ! Pourra-t-on un jour aborder sereinement le dossier des OGM sans verser dans la manipulation d'information, d'où qu'elle vienne ?

Source Réussir Bovins Viande Mars 2008

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