Élevage : les raisons d’y croire mais du “pain sur la planche”

Patricia Olivieri

Invité du groupe Altitude, Vincent Chatellier de l’Inra de Nantes, a décrypté le contexte mondial des filières animales et redonné le moral aux producteurs cantaliens.

 

S’il n’avait qu’un message à délivrer à un jeune fils de paysan passionné qui doute, ce serait celui-ci : “Si tu as envie de faire ça, n’écoute pas trop ton père s’il te dit de ne pas t’installer. Mais sache que si tu n’es pas bon, tu ne seras pas paysan toute ta vie”. Car plus que jamais depuis qu’il écume le milieu et les sphères agricoles en France, à Bruxelles et désormais un peu partout dans le monde, Vincent Chatellier, économiste à l’Inra de Nantes, en est convaincu : lait et viande sont des produits d’avenir et les éleveurs cantaliens, pas moins que d’autres, ont de bonnes raisons de croire à des lendemains plus prospères. Des raisons qu’il a développées au cours d’une intervention fleuve mais ­passionnante, jeudi, devant les adhérents des coopératives Centraliment, Volcalis et Éleveurs du pays vert, réunis à Arpajon-sur-Cère.

La balle dans le camp industriel

 

Dans le secteur laitier d’abord : avec un tour de la planète qui a d’abord montré que la production mondiale a clairement du mal à suivre la croissance de la consommation, notamment celle de l’Asie, et celle de la Chine en particulier qui devrait doubler dans les décennies à venir. Pour autant, l’Europe et la France sont-elle bien placées pour se positionner sur ces marchés ? “Vous êtes de tout petits offreurs de lait”, a certes confirmé Vincent Chatellier. Tout en ajoutant dans la foulée que l’ultra-performante Nouvelle-Zélande laitière, dont la production est déjà accaparée par l’Asie, ne pourra seule - et de loin - fournir les 42 milliards de kilos de lait supplémentaires que devrait d’ici peu consommer l’Empire du Milieu. Et de mettre en avant également la part majeure (30 %) de l’Europe à 27 dans les échanges mondiaux de produits laitiers et la diversité de ses clients. Deux bons points néanmoins ternis par les piètres performances à l’export de la filière française : “Là où il va y avoir de la croissance, on est mal positionné, il faut absolument que la France redresse la barre”, a exhorté l’économiste. Seul créneau où la France et l’UE tirent leur épingle du jeu : celui des fromages, actuel moteur de l’industrie laitière européenne. “Mais il y a deux problèmes majeurs, a une nouvelle fois nuancé Vincent Chatellier. L’Allemagne et l’Irlande”, qui aujourd’hui dament les pions à la France alors même que - l’expert l’assure - l’Hexagone a le plus gros potentiel de développement de production laitière à l’horizon 2030. Le potentiel est là mais la filière française aura-t-elle la capacité à l’exploiter ? Pour Vincent Chatellier la balle est clairement dans le camp de l’industrie : “Est-ce que nos industriels vont être capables d’aller prospecter les marchés à l’export ?” Une question centrale à ses yeux. Quant à la production, elle doit selon lui gagner en productivité et, surtout, “consolider toute la génération de producteurs installés il y a 20 ans pour diminuer leurs frais fixes. Si on ne fait pas ça, il y aura de la casse”, a prédit l’économiste, bousculant le principe de priorité donné à l’installation. Dernier message : même si l’essor des volumes se fera à l’évidence dans le Grand Ouest, “on aura besoin aussi du lait de l’Auvergne”.... dès lors que les entreprises réussiront à exporter vers les pays tiers.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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