En agriculture biologique, attention au rapport finition-autonomie du système

Cyrielle Delisle - Réussir Bovins Viande Janvier 2012

Julien Belvèze, Institut de l’élevage.
« Malgré des charges élevées, les naisseurs en vente directe dégagent un revenu supérieur aux autres groupes étudiés. »

Pour la première fois, lors d’une conférence au Sommet de l’élevage, l’Institut de l’élevage a présenté des chiffres sur les performances économiques des élevages bovins viande en agriculture biologique.

Trois groupes d'exploitations

Selon les chiffres du réseau, un éleveur en bio gagne en moyenne autant qu'un éleveur en conventionnel. © C. Delisle

« A partir du mode de commercialisation de ces 42 élevages, j’ai constitué trois groupes pour les comparer. Le premier comprend tous les naisseurs au taux de finition inférieur à 50 %. Ce sont schématiquement les producteurs de broutards avec 17 % de finition sur la voie mâle », explique Julien Belvèze. Le second groupe est constitué des élevages qui finissent plus de 50 % des animaux – en moyenne 83 % - et les commercialisent dans la filière biologique (boucherie, GMS) via un intermédiaire. La finition sur la voie mâle atteint 66 %. Enfin, le dernier regroupement concerne les exploitations qui finissent plus de 50 % des bêtes – 87 % au total – avec un débouché en vente directe. Dans ce dernier cas, le taux de finition sur la voie mâle se chiffre à 83 %.

Lors du Sommet de l’élevage, Julien Belvèze, chef de projet réseaux bovins viande Midi-Pyrénées a présenté une comparaison des marges brutes et des coûts de production entre 42 éleveurs bio des réseaux d’élevages bovins viande à ceux d’élevage conventionnels. « J’ai poursuivi la comparaison en fonction de leurs modes de commercialisation. »
Les exploitations se répartissent sur l’ensemble du territoire avec principalement un noyau d’une quinzaine d’élevages dans le Massif central et un autre d’environ dix fermes dans le Grand Ouest.

En agriculture biologique, attention au rapport finition-autonomie du système

Aller vers de plus en plus de définition

« La conduite extensive des surfaces et le moindre recours aux concentrés permettent, en comparaison avec des fermes conventionnelles, de diminuer les charges opérationnelles aux 100 kilos vifs produits. Autre point fort des systèmes bio, leurs résultats de reproduction sont de même niveau que ceux des conventionnels (fermes comparables). Leur dernier atout correspond à leur mode de commercialisation. En effet, l’engagement de nombreux éleveurs dans des démarches en circuit court, leur procure une meilleure rémunération. »

En moyenne, un éleveur bio avec le même nombre d’animaux vendus, produit de l’ordre de 40 à 50 kilos vifs par UGB de moins, par rapport à un conventionnel. D’où une baisse de productivité. Par contre, cette observation a tendance à se réduire avec la finition. « En système biologique, il faut autant que possible aller vers la finition. Et ce constat est d’autant plus vrai pour des élevages situés dans le Massif central. En effet, souvent en système extensif, il est difficile pour eux de produire du broutard repoussé – comme cela est courant dans la région. Leurs animaux moins bien conformés, sont par conséquent, moins bien payés. Ainsi, la perte de poids en bio, par rapport à des conventionnels, n’est pas compensée par la diminution des charges observées pour ce système de production. Les élevages qui maintiennent leurs kilos produits en passant en agriculture biologique et diminuent leur consommation d’intrants, peuvent réellement améliorer leur résultats économiques. Par contre en allant vers la finition, il est important de faire attention au rapport finition/autonomie du système, point primordial en système bio », commente Julien Belvèze. Autre constatation, les charges fixes pèsent plus dans les coûts (mécanisation, bâtiments et foncier), conséquence du nombre inférieur de kilos de viande produits. L’amortissement est donc plus difficile. En 2009, un éleveur en agriculture biologique gagne en moyenne un Smic brut, soit autant qu’en système conventionnel selon les chiffres du réseau.

Des prix de vente supérieurs au conventionnel

Les carcasses de femelles issues des exploitations biologiques sont plus légères qu’en conventionnel (- 8 %) mais le différentiel de prix allant de + 13 % à + 16 % est favorable au bio à l’exception de la filière veaux sous la mère. En effet, dans cette dernière, « les veaux vendus dans le circuit conventionnel sont souvent valorisés sous label rouge, filière déjà plus rémunératrice », note Julien Belvèze.

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Des marges variables selon la démarche de commercialisation

Les naisseurs au taux de finition inférieur à 50 % ont un coût de production faible et une bonne maîtrise des charges quel que soit le poste (alimentation, frais d’élevage, mécanisation…). Ces exploitations vendent principalement des broutards – non valorisés dans un circuit bio – et présentent un déficit de valorisation des produits commercialisés par rapport à la moyenne du groupe des 42 élevages. Il est en partie compensé par une productivité maîtrisée, supérieure de deux tonnes par travailleur. Ces naisseurs possèdent la marge brute par UGB la plus faible des trois groupes.

Souce : réseaux d'élevage bovins viande 2009

Analyse des marges selon les démarches de commercialisation

Les naisseurs au taux de finition supérieur à 50 % et vendant par l’intermédiaire de la filière bio manquent de kilos vifs produits (veaux sous la mère) pour permettre l’amortissement des charges fixes. Ces exploitations de taille moyenne possèdent par contre une bonne autonomie fourragère et achètent peu d’aliments. La rémunération finale est de 0,9 Smic brut par UMO.

Les naisseurs en vente directe qui finissent plus de 50 % des bêtes, présentent les charges les plus élevées des trois groupes, conséquence de la finition et de la vente directe (frais d’alimentation et de commercialisation). Ces exploitations de petites dimensions représentent une alternative économique rémunératrice, car elles gagnent 1,4 Smic brut par UMO, « mais elles sont par contre, souvent dépendantes d’une main-d’œuvre bénévole. »

Coûts de production supérieurs en vente directe

De cette étude, il ressort une forte variabilité des coûts de production entre ces trois groupes, mais également au sein de ces groupes. Par exemple au sein du groupe naisseur supérieur à 50 % de finition en vente directe, les extrêmes vont de 440 €/100 kilos vifs à 946 €/100 kilos vifs pour produire de la viande (exploitation de petite taille : 25 hectares 100 % herbe pour 28 vaches, finition à 100 % en veaux sous la mère et vaches de réforme finies pour une rémunération permise de 1,6 Smic brut par UMO). On constate que plus on va vers la finition, avec une commercialisation en vente directe, plus cela coûte cher de produire de la viande. « Cette variabilité existant au sein de chaque groupe induit que des marges de progrès sont possibles », note Julien Belvèze.

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