En Argentine, la Brangus conquiert le Nord tropical et l'Ouest aride

Marc-Henry André

En Argentine, la Brangus conquiert le Nord tropical et l'Ouest aride
Vache Brangus noire. La robe de l'Angus sur une morphologie affichant nettement certains des traits caractéristiques des zébus. - © DR

La Brangus, une souche issue du croisement entre l'Angus et des races zébuines, a apporté une solution au déplacement des zones de naissage vers le nord de l'Argentine en associant la bonne adaptation au climat tropical du zébu aux qualités de viande de l'Angus.

Made in USA

La Brangus a été créée aux États-Unis peu avant la seconde guerre mondiale à partir de croisements entre des zébus Brahmans et des Angus. La proportion entre les deux races était à l'origine d'environ 3/8è de sang brahman et 5/8è de sang angus. Depuis, des animaux de cette souche composite ont été exportés dans de nombreux pays (Amérique du Sud, Mexique, Australie...) et en particulier dans ceux situés dans des zones tropicales. En Argentine l'association des éleveurs de Brangus a été créée en 1978. Elle totalise actuellement quelque 200 éleveurs sélectionneurs lesquels revendent les reproducteurs à des producteurs de viande situés dans le nord du pays. Sur le plan morphologique, les animaux brangus ressemblent beaucoup aux Angus par leur format, leur robe (noire ou rouge) avec cependant des caractéristiques rappelant les zébus (fanon développé, peau plus lâche, oreilles tombantes...).

La Brangus a hérité la bosse caractéristique des zébus et la robe noire ou rouge typique de l'Angus. Cette souche composite n'a pas détrôné la reine des pampas, bien sûr, mais déjà 800 000 animaux sont inscrits au registre de l'association argentine des éleveurs de Brangus, créé en 1978. Chiffres qui en font la troisième race à viande du pays derrière l'Angus et la Hereford. « Aujourd'hui, un quart des 54 millions de têtes du cheptel argentin comporte du sang zébu », assure Facundo Rivolta, le directeur de l'association en charge du suivi et de la gestion de cette souche bovine. Cet engouement et cette progression rapide des effectifs est très lié à la récente mise en culture des terres dans toutes les zones tempérées où était élevé jusque-là une grosse partie du troupeau argentin. En effet, dans les immenses exploitations situées sur les riches terres de la pampa dans un rayon de 600 kilomètres autour de Buenos Aires, la tendance de ces dernières années a très nettement été de substituer tout ou partie des surfaces en herbe consacrées à l'élevage par des surfaces désormais dévolues aux cultures et en particulier au soja.

Cette végétalisation des terres agricoles s'est traduite par une délocalisation des zones de naissage, en particulier en direction des zones subtropicales et semi-arides du nord et de l'ouest du pays, en direction des frontières brésilienne et paraguayenne. Des régions qui, sur le plan agricole, ne peuvent être mises en valeur autrement que par l'élevage, mais dont les conditions climatiques et sanitaires nécessitent des animaux suffisamment robustes pour composer avec la chaleur, les aléas climatiques et la forte pression parasitaire liée à la présence des tiques. Dans ces zones de naissage, le climat et les ressources fourragères ne permettent pas à la vache angus de donner à son propriétaire, à coup sûr, un veau par an. Avec sa rusticité, ses bonnes qualités d'élevage et son adaptation au climat tropical hérité du zébu et ses qualités de viande transmises par l'Angus, la Brangus s'avère être un bon compromis pour ces nouvelles zones d'élevage. Cela a permis une « explosion » des effectifs de Brangus au cours des trois dernières décennies.

En Argentine, la Brangus conquiert le Nord tropical et l'Ouest aride

L'Angus trop délicate en zone sub tropicale

« En race pure, l'Angus est trop délicate pour les zones subtropicales du nord de l'Argentine où la pression parasitaire est forte et les prairies de mauvaise qualité », confirme Martín Goldstein, dont l'exploitation dénommée « Cabana tres cruces » se situe à l'est de Buenos Aires. « La Brangus est née aux États-Unis il y a un demi-siècle où elle a été créée en travaillant à partir du zébu Brahman, puis elle est très vite arrivée en Argentine. La version sud-américaine contient aussi du sang d'autres races zébu telles que la Nélore et la Gir. À présent, la race est bien établie. Nous accouplons des Brangus avec des Brangus, sauf exceptionnellement, en introduisant un taureau zébu, pour redonner de la vigueur hybride en veillant aussi particulièrement à maintenir les qualités de fertilité et de rusticité. »

Quand cette nouvelle race a commencé à être élevée en Argentine, les Brangus étaient plus lourds que les Angus. Mais désormais, les gabarits sont presque identiques, la plupart des bouvillons brangus pèsent autour de 450 kilos vifs au moment de leur départ pour l'abattoir, soit le poids maximum accepté par les abatteurs fournissant le marché intérieur qui est aussi le poids minimum exigé par ceux qui exportent. « Cette souplesse compte beaucoup car les opportunités d'exportation fluctuent fortement », note Martín Goldstein.

En Argentine, la Brangus conquiert le Nord tropical et l'Ouest aride

La Brangus bien adaptée au marché intérieur et à l'export

Le prix vif d'un Brangus fini est voisin de celui d'un Angus, sauf en période d'offre abondante, lorsque les acheteurs en position de force demandent un rabais, à cause de la bosse du Brangus... Mais sa viande serait aussi tendre que l'Angus, selon Martín Golstein, une tendreté dépendant avant tout de l'âge de l'animal et de la maturation en chambre froide. En juillet dernier, les prix allaient de 1,73 EUR/kg vif à 1,82 EUR au taux de change officiel de 10,4 pesos argentins pour 1 euro [1,2 EUR et 1,26 EUR au taux de change du marché, à 15 pesos pour 1 euro, NDLR] pour un animal lourd et de 1,92 EUR/kg à 2,02 EUR [ou 1,33EUR à 1,4EUR au taux du marché] pour un jeune bouvillon.

Ainsi, la progression numérique des cheptels de Brangus est le résultat de leur bonne adaptation à des systèmes herbagers sur des parcours et prairies de faible valeur nutritionnelle tout en produisant des animaux dont les carcasses sont bien adaptées aux besoins tant du marché intérieur que des débouchés à l'exportation. D'ailleurs, cette année, au salon de l'agriculture de Buenos Aires, la Brangus est la seule race qui a présenté plus d'effectifs en concours que l'an dernier. Preuve s'il en est de son dynamisme.

Source Réussir Bovins Viande

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